[VOX POPULI] Le top 5 chaos de Thomas Huguenin

Confiné (comme tout le monde), notre lecteur Thomas Huguenin donne ses 5 films Chaos préférés au monde. Vous aussi, envoyez vos textes, tops, critiques… à redaction@chaosreign.fr

Pat Garrett et Billy the Kid (Sam Peckinpah, 1973)
Sam Peckinpah a signĂ© Ă  mes deux chefs-d’Ĺ“uvre absolus: La Horde Sauvage et ce Pat Garrett et Billy the Kid (et Coups de Feu dans la Sierra n’est vraiment pas loin). Ici, il continue son exploration du western crĂ©pusculaire et nous en livre peut-ĂŞtre sa version la plus calme mais aussi la plus pessimiste. Jamais la libertĂ© et l’Ă©panouissement individuel n’avaient semblĂ© aussi inadaptĂ©s Ă  la vie en sociĂ©tĂ©, et aussi contraires aux notions de respectabilitĂ© et de lĂ©galitĂ©. Jamais la sociĂ©tĂ© n’avait paru aussi avilie et corrompue (on tire maintenant dans le dos, on ne respecte plus les règles des duels). Poignant dès son gĂ©nĂ©rique d’une beautĂ© trouble (le superbe montage alternĂ© mĂ©lange dĂ©jĂ  les rĂ´les tueur/tuĂ©), ce western parfois contemplatif met en parallèle les destinĂ©es de ces deux amis dont l’un est aussi vivant bien qu’en sursis que l’autre dĂ©jĂ  mort bien que vivant. Sam Peckinpah ne juge pas les deux hĂ©ros qui reprĂ©sentent les deux faces d’une mĂŞme pièce; le bien et le mal se confondent, aucun n’est jugĂ© meilleur ou plus mauvais que son compère. James Coburn et Kris Kristofferson sont en Ă©tat de grâce et la bande-originale Ă©lĂ©giaque de Bob Dylan confère une inoubliable poĂ©sie dĂ©senchantĂ©e.

Quartier Violent (Hideo Gosha, 1974)
RetirĂ© du monde des affaires après une peine de prison, un ancien yakuza va reprendre du service par vengeance et par sens de l’honneur. Pas de rĂ©demption ni d’Ă©chappatoire pour le hĂ©ros, il ne pourra Ă©chapper Ă  sa destinĂ©e. On pense aux thĂ©matiques du cinĂ©ma de Jean-Pierre Melville, mais ce Quartier Violent vaut bien plus que ces simples similitudes. Il y a d’abord Noboru Ando (un acteur habituĂ© des films de yakusa de Fukasaku, encore un rapprochement…) qui apporte tout son charisme Ă  ce rĂ´le qui lui va comme un gant (l’acteur Ă©tait lui-mĂŞme un ancien yakuza). Il y a aussi cette violence incroyable d’un rĂ©alisme sauvage. Il y a bien sĂ»r Ă©galement tout le talent de mise en scène d’Hideo Gosha, qui saute aux yeux lors des combats ou de la scène de remise de la rançon; son sens du montage, remarquable lors des premières scènes d’un Ă©rotisme brĂ»lant; son lyrisme et son esthĂ©tisation de la violence, que l’on pourrait rapprocher de celui de Sa Peckinpah (mĂŞme si c’est pour le coup moins flagrant qu’avec ses chambaras). Et il y a enfin (et surtout) cette fin amère, gĂ©niale, d’une noirceur crue, qui apporte Ă  la fatalitĂ© qui semblait Ă©treindre le personnage principal une toute autre dimension.

La Chair et le Sang (Paul Verhoeven, 1985)
Une vision du Moyen-Age barbare, sanguinaire, non manichĂ©enne et plus rĂ©aliste. Les preux chevaliers de nos idĂ©aux ont laissĂ© la place Ă  des ĂŞtres rustres, violents, stupides, soumis Ă  une croyance qu’ils suivent aveuglĂ©ment, uniquement intĂ©ressĂ©s par leurs intĂ©rĂŞts personnels (sexe et argent). Atteignant Ă  certains moments des sommets rarement entraperçus dans la violence et la rĂ©pulsion (sort du nouveau-nĂ©, torture, utilisation de la peste comme arme), caressant Ă  d’autres des cimes de sensualitĂ© et de voluptĂ© (la scène du bain et celle de l’Ă©change de mandragore sont sublimes), La Chair et le Sang est probablement l’une des oeuvres ayant le plus contribuĂ© Ă  confĂ©rer Ă  Paul Verhoeven son image de rĂ©alisateur sulfureux, maĂ®tre incontestĂ© dans l’art d’allier sauvagerie et Ă©rotisme

Old Boy (Park Chan Wook, 2004)
Comment moderniser quelques unes de nos meilleures histoires occidentales à la sauce coréenne: Le Comte de Monte Christo, Le Portrait de Dorian Gray, Frankenstein et du bon vieux Sophocle (Œdipe et toutes les tragédies d’il y a 2500 ans avec du sexe transgressif et de l’auto mutilation en guise de châtiment!). Comment créer un film violent sans aucune arme à feu (interdites dans ce pays)? Eh bien, avec un marteau en tout et pour tout! Stylistiquement brillant, ce film fait la synthèse de ce qu’il y a de mieux chez Fincher, De Palma et Leone. Accompagné d’une valse sublime, l’histoire tragique du héros n’en finit de me bouleverser et d’interroger ma morale à la fin.

There Will Be Blood (Paul Thomas Anderson, 2008)
RĂ©cit biblique sur la misanthropie galopante d’un foreur de pĂ©trole, sa famille et sur sa part d’ombre (dans laquelle se retrouve son double Paul Dano, lui aussi en manipulateur des esprits), le film de PTA passe pour quelque chose de classique en surface, mais construit finalement quelque chose d’original et de rĂ©ellement singulier. PTA propose en effet une mise en scène tantĂ´t immersive, tantĂ´t descriptive, tantĂ´t grand guignol Tout auteur ou conteur d’histoires doit avoir comme ambition première de rivaliser avec le plus vieux bouquin du monde: la Bible. Ă€ ce titre, PTA crĂ©e une parabole si simple et si Ă©vidente qu’elle ne rĂ©vèle ses multiples pistes et doubles lectures qu’après l’avoir revue.

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