Notre lecteur Thomas Exbalin donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Akira de Katsuhiro Otomo (1988)
LĂ  oĂą de nombreux rĂ©alisateurs choisissent de dĂ©truire le monde Ă  la suite d’une savante mise en place d’Ă©lĂ©ments qui, tout au long du mĂ©trage, augurent de la catastrophe Ă  venir, Katsuhiro Otomo ne prend pas de pincette: le film s’ouvre directement sur une explosion rasant la ville de Tokyo de la carte, celle-ci Ă©tant remplacĂ©e par un gigantesque cratère. Difficile de faire plus marquant, mĂŞme s’il en faudra plus au rĂ©alisateur-dessinateur-scĂ©nariste pour assouvir sa soif de reconstruction. Ainsi, alors que l’action se dĂ©roule dans une Neo-Tokyo toujours en reconstruction 30 ans après la catastrophe et que les personnages arrivent Ă  peine Ă  comprendre le pourquoi du comment de la première catastrophe, les scientifiques renouent avec les erreurs du passĂ© sans comprendre que certaines forces devraient rester hors de la portĂ©e de l’homme. Et Tokyo d’ĂŞtre dĂ©truite une seconde fois par la force d’un esprit Ă©garĂ©, torturĂ© par la dĂ©tresse sociale qui fut la sienne et dont la fureur n’a d’Ă©gal que l’instabilitĂ© Ă©motionnelle qui l’habite. Bâtiments qui partent en morceaux, fleuves qui dĂ©mĂ©nagent et musique apocalyptique (merci l’incroyable score de Geinoh Yamashirogumi!)… RĂ©sultat des courses: un retour Ă  une vie plus simple au milieu des amas de bĂ©ton, seulement possible grâce Ă  l’amitiĂ© et Ă  l’amour de personnes qui ne se posent pas tant de questions et prĂ©fèrent laisser dormir les fantĂ´mes du passĂ©.

Les ailes d’Honneamise de Hiroyuki Yamada (1987)
Parce que cette merveille de Yamaga, masquée à sa sortie par le non moins génial Akira, marque autant pour son monde au style architectural rétro futuriste que sa substance narrative à la fois mystique, dense et riche. Pour tout ce que ce que cette production Gainax a inspiré par la suite (Oshii, Okiura). Parce que la musique de Ryuchi Sakamoto n’a pas à rougir face à celle, imposante d’un Beethoven. Parce que si on devait trouver un vrai descendant à 2001, ce serait peut-être ces ailes du désir.

Panique dans la rue de Elia Kazan (1950)
Cela peut sembler surprenant mais le grand Elia Kazan semble se poser en prĂ©curseur du genre avec un très bon film noir, Panique dans la rue (1950), dans lequel des malfaiteurs atteints de la peste pulmonaire risquent de propager le virus dans toute La Nouvelle OrlĂ©ans. BaignĂ© dans un magnifique noir et blanc, le long-mĂ©trage de Kazan offre un suspense taillĂ© au cordeau emmenĂ© par l’interprĂ©tation des immenses Richard Widmark et Jack Palance. Ici, la menace vient de l’extĂ©rieur, de l’Ă©tranger, dans la mesure oĂą la peste est amenĂ©e par un immigrĂ© clandestin. Elia Kazan distille avec brio l’angoisse du risque d’une contamination Ă  grande Ă©chelle dans une AmĂ©rique alors en pleine guerre Froide.

Hellraiser de Clive Barker (1987)
C’est au milieu des annĂ©es 80 principalement que cette veine dĂ©viante s’est dĂ©veloppĂ©e, notamment Ă  travers la sĂ©rie des Freddy et les adaptations de Lovecraft par Stuart Gordon (Re-animator et surtout le mĂ©ga-dĂ©jantĂ© From Beyond). TrĂ´nant au-dessus de ces classiques du dĂ©lire en vrille, Hellraiser reste le presqu’unique ambassadeur de son genre, le poĂŞme Ă©rotico-macabre dĂ©diĂ© Ă  l’imagerie sadomasochiste et blasphĂ©matoire. Après le premier volet, enlevĂ© de main de maĂ®tre par l’Ă©crivain Clive Barker en personne, tout semblait dit sur l’univers auto-suffisant des amateurs de plaisirs ultra-extrĂŞmes qui crĂ©aient leur propre enfer, pour une avalanche de satisfactions perverses assimilĂ©es par eux Ă  un Paradis sans Dieu. La vision que donnait Barker de l’accomplissement dans l’auto-sacrifice et de la jouissance Ă©ternelle donnait froid dans le dos, surtout du fait des Ă©tranges maĂ®tres de cĂ©rĂ©monies prĂ©sidant Ă  ces supplices orgiaques: les CĂ©nobites. Gardiens d’une salle des tortures et des plaisirs cachĂ©e dans une dimension accessible par un¨puzzle magique, ils arborent les faciès les plus mutilĂ©s, affichant un plein Ă©panouissement dans la scarification et les piercings extrĂŞmes (qui ne connait pas Pinhead et son crâne dĂ»ment parcellisĂ© par une multitude de clous?). Egalement ode Ă  l’amour fou, Hellraiser n’Ă©tait pas exempt de dĂ©fauts esthĂ©tiques et de fautes de goĂ»t, mais un tel sujet se situait nettement au-delĂ  du bien et du mal, et cela s’appliquait Ă©galement Ă  sa mise en forme. Barker avait rĂ©ussi son coup : gĂ©nĂ©rer l’un des ovnis les plus radicaux du cinĂ©ma rĂ©cent.

Jeepers Creepers de Victor Salva (2001)
A l’instar d’autres films de psycho-killer, Victor Salva aime brouiller les cartes au dĂ©but de son film. Voici donc un homme de forte carrure, aperçu de loin, vĂŞtu pauvrement, et conduisant un vieux camion. En soi, on imagine rapidement un tueur des routes. Non. On se rend bien vite compte, en dĂ©couvrant sa tanière, qu’il s’agit d’autre chose. Plus le film s’imprime sur nos rĂ©tines, plus l’inhumanitĂ© de cette chose devient Ă©vidente. La suite nous apprendra qu’il s’agit du Creeper, un monstre d’origine inconnue, qui, tous les 23 ans, pendant 23 jours, sort pour se nourrir. Se nourrir de nous. LĂ  oĂą Victor Salva rĂ©ussit son pari, c’est qu’il nous flanque la frousse de manière assez habile. Il nous fait admettre que l’homme n’est plus au sommet de la chaine alimentaire. Il a dĂ©sormais un prĂ©dateur. Et pas n’importe lequel, quelque chose d’enragĂ© et d’obsĂ©dĂ©, comme le serait un droguĂ© en manque de son produit favori. Avec Ă  la clĂ© une introduction absolument dĂ©mente sur une route.

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