[VOX POPULI] Le top 5 chaos de Stéphane Pogam

Confiné (comme tout le monde), notre lecteur Stéphane Pogam donne non pas ses 5 mais ses 10 (!) films Chaos préférés au monde. Vous aussi, envoyez vos textes, tops, critiques… à redaction@chaosreign.fr

Chien enragé (Akira Kurosawa, 1949)
Un très beau film policier dĂ©couvert un soir des annĂ©es 90 sur ArtĂ©, qui retranscrit Ă  merveille le Tokyo de l’après-guerre: exsangue mais plein d’espoir. Le jeune Toshiro Mifune montre qu’il a du talent et devant la camĂ©ra de celui qui deviendra son rĂ©alisateur de prĂ©dilection (ne percent pas encore le Sanjuro, le Kikuchiyo ou le Barberousse). L’être innocent qu’il incarne vĂ©hicule un message fort: dans un pays mis Ă  genou par la guerre, il y a ceux qui contribuent Ă  une possible renaissance comme le dĂ©tective Murakami (Mifune), et ceux qui accentuent le chaos comme le voleur qui a dĂ©robĂ© l’arme de Murakami. Mais le regard que porte Kurosawa sur ce brigand est plein d’humanitĂ©, finalement la frontière qui le sĂ©pare du policier est bien mince. On ne peut s’empĂŞcher de voir Kurosawa himself sous le trait du vĂ©nĂ©rable dĂ©tective Sato, mentor de Murakami. La relation qui se noue d’ailleurs entre les deux hommes fait de ce duo de dĂ©tectives un vĂ©ritable «couple culte» dans le cinĂ©ma policier. Il y aurait beaucoup d’autres choses Ă  dire sur ce film, d’un point de vue technique comme artistique, Ă  l’image de cette longue sĂ©quence (peut-ĂŞtre 12 minutes) oĂą Murakami traverse Tokyo Ă  la recherche d’un indice, les quartiers et les gens se succèdent sous le regard du dĂ©tective et dans la chaleur moite de l’étĂ© tokyoĂŻte.

Guet-Apens (Sam Peckinpah, 1972)
Sous la houlette du grand Pekinpah, le duo Steve McQueen et Ali McGraw fait des ravages. Rien que le gĂ©nĂ©rique en forme d’introduction dans la prison s’avère une vraie leçon de cinĂ©ma. En seulement cinq minutes, par un effet de montage sidĂ©rant et une narration crescendo faite d’actes rĂ©pĂ©titifs et oppressants, le grand Sam arrive Ă  nous faire ressentir le ras-le-bol du taulard. Quand, enfin, ce dernier pète un câble, prĂŞt Ă  tout pour sortir de lĂ , le spectateur ressent exactement la mĂŞme chose. Et tout ça, rien que dans le gĂ©nĂ©rique de dĂ©but… Le reste est au diapason: des regards, des gestes, pas de phrase inutile, beaucoup de non-dits… et des flingues. Rarement un acteur aura aussi bien portĂ© le flingue Ă  la cool que Steve McQueen.

Big Wednesday (John Milius, 1978)
Film le plus personnel de John Milius. J’ai toujours eu un crush pour ce formidable hymne au surf et Ă  l’amitiĂ©. GorgĂ© de scènes d’anthologie, il est rythmĂ© par la partition sublime de Basil Poledouris et profite des prestations du très bon Jan-Michael Vincent mais aussi de Gary Busey qui y jouait dĂ©jĂ  le rĂ´le d’un maso (bon, ok, pas encore au point de se cramer le bras avec un briquet comme dans L’Arme fatale, mais suffisamment pour essayer de rentrer dans un four après s’être enduit le corps d’huile!).

L’invasion des profanateurs (Philip Kaufman, 1979)
C’est le gĂ©nial retour des «body snatchers» Ă  la fin des annĂ©es 70. Après le très les-extraterrestres-c’est-comme-les-communistes du datĂ© Body Snatchers de Don Siegel, et avant la version post-guerre du golf d’Abel Ferrara, voici la seule, la vraie, celle de Philip Kaufman. Rarement une ambiance fin du monde aura Ă©tĂ© aussi palpable dans un film d’horreur. Donald Sutherland y est parfait, la tendre Brooke Adams Ă©galement, les scènes chocs foutent bien les jetons et le plan final, un odieux climax, s’est imposĂ© depuis comme l’un des passages les plus marquants du cinĂ©ma fantastique.

Buffet froid (Bertrand Blier, 1980)
Un gĂ©nial concentrĂ© d’humour noir fĂ©roce, nous prĂ©sentant un GĂ©rard Depardieu s’Ă©tonnant de trouver son couteau dans le ventre de Michel Serrault, un Bernard Blier zigouillant des violonistes parce qu’il n’aime pas les violonistes, un Jean Carmet Ă  contre-emploi hilarant en serial killer et une Carole Bouquet inquiĂ©tante en archange de la mort venue moissonner ces hĂ©ros de l’absurde.

L’exorciste, la suite (William Peter Blatty, 1990)
Une lenteur angoissante et des scènes chocs Ă©lectrisantes arrivent Ă  dĂ©stabiliser un Georges C. Scott habitĂ©, reportant par ses regards et ses rĂ©actions ce qu’il rencontre comme horreur sur nous, pauvres spectateurs! Le scĂ©nario de l’écrivain-rĂ©alisateur dĂ©testĂ© par Friedkin est excellent et la narration très «littĂ©raire», certes bavarde mais très originale dans son traitement. C’est autre chose que les habituels films de trouille avec de jeunes dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©s inclus dans le forfait. Notons une performance remarquable de Brad Dourif dans un de ses meilleurs rĂ´les de bad guy, compliment important Ă©tant donnĂ©s les nombreux psycho-killers qu’il a dĂ©jĂ  interprĂ©tĂ©.

City of hope (John Sayles, 1991)
«Film d’horreur social» pouvait-on lire à l’époque dans les critiques, une appellation pertinente à la vue de ce film chaos inclassable. Dans un Hudson City organique, des personnes plus ou moins liées entre elles évoluent, les intérêts des uns s’opposant à ceux des autres, sans qu’aucun manichéisme ne nous soit imposé. Bouleversante, instructive et d’une ouverture d’esprit exemplaire, cette cité de l’espoir prône l’acceptation du doute par à une démonstration implacable, nous présentant une ville dont les mutations s’effectuent dans la douleur par des actions forcément autodestructrices. Vertigineux, à mon sens.

Patlabor 2 (Mamoru Oshii, 1993)
Partie d’échec dans un Tokyo futuriste, ce film est ce qui se fait de mieux en matière de «politique-fiction-militaro-fight», genre assimilé chez nous avec les bouquins de Tom Clancy. Avant Ghost in the Shell, Mamoru Oshii nous pondait déjà un chef d’œuvre et Kenji Kawai composait déjà comme un Dieu. Malgré son titre bourrin, cet animé hypnotique est d’une lenteur aussi contemplative que peut l’être une épée de Damoclès.

Les fils de l’homme (Alfonso Cuaron, 2006)
Dans le futur l’humanité deviendra stérile. Le jour ou le dernier jeune meurt, Theo est chargé d’accompagner la dernière femme enceinte du monde. Un road movie avec un héros en tongs et un monde en déliquescence (le pied, quoi!). La mise en scène aligne les plans-séquences les plus impressionnants de la terre pour montrer un monde ou rien ne se renouvelle et où les terroristes sont à nos portes. Cuaron se sert de l’anticipation comme prisme pour parler du présent et le fait de manière terrassante. L’un des plus grands films de ces 20 dernières années.

28 semaines plus tard (Juan Carlos Fresnadillo, 2007)
Deuxième film de son réalisateur espagnol après le brillant Intacto, incontournable thriller sur la chance, Fresnadillo a réalisé cette commande dans le circuit industriel du cinéma d’horreur et accouche d’un des trois meilleurs films de zombies de tous les temps: émotionnellement fort (l’histoire de famille au cœur du récit est bouleversante) et spectaculairement intense, Fresnadillo déploie tous les styles de caméra (du HD pour les vues sur Londres déserté jusqu’à l’horizon, du 35 mm pour les scènes de drame entre les comédiens et de la mini DV pour les assauts des «contaminés»). Bref il sort l’artillerie lourde et boucle un film qui marie le drame le plus bouleversant au survival bien tendu dont il retourne les codes: habituellement on s’identifie à un leader qui le reste jusqu’à la fin du récit, ici il change tous les quart d’heure!

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