Notre lectrice Louise Filippi donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Cinéphilie chaotique, et mon top long comme le bras, en voici un fragment aléatoire :

Doc’s Kingdom – Robert Kramer – 1988
«Je suis devenu transparent, poreux. La mort de la ville me pénétrait. La mort est une croissance frénétique, de bactéries, de virus et de cellules qui se divisent. Mais en moi, il y avait la pleine lune et un chien qui aboyait.» Le Doc.
Deux personnages qui marmonnent seuls, reliés par le souvenir d’une femme, amante et mère, prise par la maladie. Des relents de la guerre sortent de la bouche alcoolisée du Doc, qui traîne sa valise dans cette zone dortoir proche de Lisbonne. Avec des vues sur les docks et l’usine crachant du feu la nuit, vision fascinante montrée à plusieurs reprises ; ce sont plusieurs choses d’un quotidien triste qui conservent malgré tout leur mystère. Vincent Gallo est Jimmy, avec ses cheveux sombres, son visage anguleux et sa voix douce. Il se retrouve face à ce père inconnu un peu rustre et après une nuit de réunion, chacun retourne à une solitude tranquille, plus apaisée cette fois.

August in the Water – SĹŤgo Ishii – 1995
Quand deux météorites s’écrasent à Fukoaka, les personnages tombent dans la ville, alanguis par la chaleur caniculaire. C’est l’éveil des éléments, avec une forêt vibrante de photosynthèse et des spores scintillants, comme si les rythmes biologiques des écosystèmes étaient enfin tous en phase, alignés par les astres. Des nappes synthétiques accompagnent Izumi, athlète mystérieuse, dans un plongeon vertigineux tout en suspension. C’est aussi un de ces films où l’eau et la nuit sont teintés de bleu électrique, donnant une aura particulière, aux personnages et à la fiction tout entière.

La Comtesse Noire ou la Perverse? – JesĂşs Franco – 1973 & 1974
(Souvenirs lointains). Il est minuit, un jeudi soir. TMC m’annonce l’heure des festivités. Tout le monde dort, je reste pour rencontrer les deux comtesses. Un cycle de pleine lune me dit-on. L’une est vampire, l’autre cannibale, toutes deux chasseuses. Daniel White est au piano tandis qu’une silhouette sort de la brume, une cape, des bottes de cuir et une allure incroyable. Très vite, une castration buccale qui finit mal. Elle s’appelle Erina, brune et muette, dernière descendante de la famille Carlstein. L’autre, Ivanna, brandit un arc et des flèches dans une forêt de palmiers. Je me rappelle de son manoir au bord de l’eau, alambiqué et psychédélique; l’architecte Ricardo Bofill devenu complice de ces visions démentes. Deux zones insulaires où l’on expérimente le plaisir et l’horreur, Jesús rendant aux images la liberté du fantasme.

De la vie des marionnettes – Ingmar Bergman – 1980
Un club X souterrain, des vitrines où dansent des femmes nues et ce bel homme au regard assassin. Arthur Brenner commet un crime en couleur puis déambule dans un film en noir et blanc, retraçant l’origine du meurtre avec des scènes de confession qui tournent au voyeurisme morbide. On regarde un couple malade qui dégringole, une pulsion nécrophile sous-jacente et puis cette musique disco sale qui revient, embaumant cet air plein de sueur, tapant contre des murs recouverts de rouge.

L’Homme qui tousse – Christian Boltanski -1969
Énoncé programmatique, trois minutes d’un homme qui tousse, ou plutôt qui recrache ses poumons, ses tripes à l’écran. Un évènement anodin mais une expérience radicale qui monte à la gorge, avec cette figure au visage masqué qui n’est plus que ce qu’elle fait. Le son prend de la matière, se transforme en muqueuses et caillots de sang, à la croisée du vomi, de la misère et la maladie.

PS : À l’origine un triptyque, à jamais inclassable : John Carpenter, David Cronenberg, Dario Argento. Et puis beaucoup d’autres.

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