[VOX POPULI] Le top 5 chaos de James Zengomona

Confiné (comme tout le monde), notre lecteur James Zengomona donne ses 5 films Chaos préférés au monde. Vous aussi, envoyez vos textes, tops, critiques… à redaction@chaosreign.fr

Quarante Tueurs (Samuel Fuller, 1957)
Evoquant autant la tendance dans laquelle commençait Ă  s’engouffrer le western amĂ©ricain (par la rĂ©vĂ©lation de la nature violente du hĂ©ros) que le western spaghetti (par l’utilisation de gros plans, par certaines prises de vue), Quarante Tueurs est un western crĂ©pusculaire, suggĂ©rant la fin des cowboys traditionnels comme le hĂ©ros (lui-mĂŞme parle d’ailleurs de cet aspect dans le film); et atypique, par le traitement que lui administre Samuel Fuller, qui en fait un film noir, furieux. ParsemĂ© de cadrages travaillĂ©s et novateurs (vue Ă  travers le canon d’un fusil, contre-plongĂ©es impressionnantes, gros plans), d’ellipses Ă©patantes (mariĂ©e-veuve), affichant avec autant d’aisance des scènes ultra-dĂ©coupĂ©es (comme le premier duel) et des plans-sĂ©quences, Quarante Tueurs est aussi une vĂ©ritable leçon de mise en scène.

La Jetée (Chris Marker, 1962)
ExpĂ©rimental. Vertigineux. Unique. On ne sait trop comment aborder ce chef d’oeuvre de Chris Marker, roman-photo-(science-)fiction; d’ailleurs, roman-photos ou film? La question est posĂ©e, car son (voix-off et musique) et photos s’alimentent l’un l’autre -et n’existeraient pas sĂ©parĂ©ment (car ils ne raconteraient pas la mĂŞme chose)-, au grĂ© d’un montage savant; et si ce moyen mĂ©trage ne contient qu’un seul plan vĂ©ritablement filmĂ© (plan qui n’en prend d’ailleurs que plus de force, irruption de la vie par l’intermĂ©diaire de la femme qu’il aime), les magnifiques et angoissantes photos sont parcourues et ne s’enchaĂ®nent pas toutes Ă  la mĂŞme vitesse (voir par exemple la sĂ©quence finale de la course sur la jetĂ©e); on pourrait Ă©galement parler de performance d’acteurs, tant les visages photographiĂ©s d’HĂ©lène Chatelain et Davos Hanich finissent par nous hanter. Et le plus impressionnant pourrait ĂŞtre, pour un film de cette durĂ©e, le nombre de thĂ©matiques qu’il embrasse et la rĂ©flexion qu’il provoque.

Fight Club (David Fincher, 1999)
Fincher est Ă  mes yeux le cinĂ©aste amĂ©ricain le plus important apparus ces dernières annĂ©es et son Fight Club cristallise les peurs et angoisses de toute une Ă©poque, voire de toute une civilisation. Ce n’est pas tant la virtuositĂ© esthĂ©tique du film qui m’a fascinĂ© lors de sa vision, mais l’acharnement avec laquelle il interroge notre sociĂ©tĂ© dans son rapport trouble Ă  la violence, la rĂ©bellion, ou la consommation. Le tout Ă  travers la subjectivitĂ© d’un narrateur sans nom, reprĂ©sentant anonyme d’une gĂ©nĂ©ration sans personnalitĂ© et sans opinion, sujette Ă  devenir rapidement ce qu’elle croit combattre et rejeter, en s’inventant un discours rebelle et vide, qui prend le visage de la star Brad Pitt. L’une des plus belles fins de l’histoire du cinĂ©ma, oĂą un monde est dĂ©truit alors que s’ouvre une conscience au son des Pixies.

Man on the Moon (Milos Forman, 1999)
Milos Forman fait porter Ă  Jim Carrey le masque ultime: celui d’Andy Kaufman, comique avant-gardiste amĂ©ricain adulĂ© aussi bien par Michael Stipe (qui signe avec son groupe REM la musique du film) que par Danny de Vito (avec qui Kaufman a jouĂ© dans la sitcom Taxi et qui interprète dans le film George Shapiro, le producteur de Kaufman). Jim Carrey s’y rĂ©vèle acteur gĂ©nial et protĂ©iforme, capable comme Peter Sellers de montrer le malaise et l’obsession sous le masque et comme Chaplin de faire pleurer avec des grimaces. Et qui arrive Ă  profondĂ©ment Ă©mouvoir lorsqu’on ne sait plus si l’inquiĂ©tude et le dĂ©sespoir du personnage sont rĂ©els ou feints. Le sujet est aussi parfait pour Forman, qui continuait après son biopic sur Larry Flint son exploration des grandes figures populaires amĂ©ricaines, tout en y insĂ©rant ses propres obsessions sur la manière dont l’art, confrontĂ© Ă  son inadĂ©quation avec la mĂ©diocritĂ© du monde et les attentes sociales qu’il impose, amène le gĂ©nie Ă  la destruction et Ă  la folie. Amadeus n’est bien sĂ»r pas loin.

The Taste of Tea (Katsuhito Ishii, 2003)
Prenez une pincĂ©e de Mes Voisins les Yamada d’Isao Takahata, une autre de Mon Voisin Totoro d’Hayao Miyazaki, mĂ©langez-les en un film en live, et vous aurez une idĂ©e de ce qui vous attend avec cette oeuvre magnifique du rĂ©alisateur Katsuhito Ishii dont le talent de dessinateur se ressent Ă  la vision de cette pĂ©pite. Le film s’apparente plus Ă  des saynètes de la vie d’une famille dĂ©jantĂ©e et typĂ©e “culture-manga”, exactement comme dans Mes Voisins Yamada. Un chef-d’Ĺ“uvre drĂ´le (gestuelle du grand-père, chanson), Ă©mouvant (le bonheur d’Hajime, la dĂ©couverte des dessins du grand-père par les autres membres de la famille), poĂ©tique, aĂ©rien, et apaisant.

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