Notre lecteur Guillaume Agard donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Pour envoyer vos textes: redaction@chaosreign.fr

Candy de Christian Marquand (1968)
Un film de potes en parfait accord avec son titre et son annĂ©e de sortie. Candy est de ces Ĺ“uvres qui vous font vous frottez les yeux Ă  plusieurs reprises, tant ce qui se dĂ©roule Ă  l’Ă©cran obĂ©it Ă  une logique propre au chaos. A commencer par son casting improbable, en forme d’exercice de name dropping, qui met la miss Suède 1965 entre les mains – car c’est bien lĂ  le sujet – de Richard Burton, Ringo Starr, Sugar Ray Robinson, James Coburn, John Huston, Walter Matthau, Charles Aznavour, Marlon Brando… On a les amis qu’on mĂ©rite, et ces derniers n’hĂ©sitent pas Ă  se ridiculiser pour l’occasion, sous la direction de notre Christian Marquand national. Candy est une fĂŞte, un road-trip psychĂ©dĂ©lique et colorĂ©, certes de mauvais goĂ»t, mais d’une vĂ©ritable inventivitĂ©, qui rattrape largement certains Ă©garements misogynes d’un autre temps.

Le souffle au cœur de Louis Malle (1971)
Étrangement sous estimĂ©, Louis Malle n’en demeure pas moins le rĂ©alisateur français estampillĂ© chaos par excellence. D’une part parce qu’il proposa des Ĺ“uvres conceptuelles fortes, voire expĂ©rimentales, mais nĂ©anmoins grand public (Zazie dans le mĂ©tro, Black Moon, My dinner with AndrĂ©…). D’autre part en raison de sa façon jusqu’au-boutiste et bien Ă  lui de s’emparer de ses sujets : adultère, suicide, collaboration, prostitution, rĂ©volution… les amenant systĂ©matiquement vers leur conclusion logique [Spoiler Alert rĂ©troactive possible]. Alors forcĂ©ment, quand Malle s’attaque Ă  l’inceste, ultime tabou, pour en faire une comĂ©die en forme d’autobiographie fantasmĂ©e, le chaos trouve un formidable terrain d’expression, et les conventions bourgeoises volent en Ă©clats, au grĂ© de la musique jazz et des parties de tennis-Ă©pinards.

L’homme des hautes plaines de Clint Eastwood (1973)
S’il est un auteur amĂ©ricain qui traĂ®ne bel et bien le chaos dans son sillage, c’est sans conteste Clint Eastwood. Alors qu’on le catalogue volontiers comme rĂ©publicain conservateur depuis des dĂ©cennies, ce qui constitue en partie son fond de commerce, sa disposition Ă  l’anticonformisme et la rĂ©bellion reste le dĂ©nominateur commun d’une Ĺ“uvre foisonnante. Jamais cela ne se vĂ©rifiera autant que dans L’homme des hautes plaines, sa seconde rĂ©alisation et son premier western. Film fantastique au sens propre comme au figurĂ©, Eastwood promène sa dĂ©gaine de “magnifique Ă©tranger” dans une bourgade oĂą les habitants ont lourd sur la conscience. Après s’ĂŞtre fait octroyer les pleins pouvoirs, il abolit toute forme de loi, nomme le nain souffre-douleur shĂ©rif, et repeint la ville en rouge en la rebaptisant “Hell”. Sa vengeance est rude, mais le film la traite avec un humour noir jubilatoire. Vive l’anarchie!

Moonraker de Lewis Gilbert (1979) 
MĂŞme si elle ne figure pas, Ă  tort, parmi les prĂ©fĂ©rĂ©es des fans, l’interprĂ©tation très second degrĂ© que Roger Moore fit de l’agent 007 est la seule qui fasse entrer le personnage de Ian Fleming dans les hautes sphères du chaos. Qui plus est dans Moonraker, le James Bond dans l’espace. Les ingrĂ©dients propres Ă  la saga sont toujours prĂ©sents: un saut en parachute impressionnant, un mĂ©chant charismatique entourĂ© exclusivement de jolies femmes (superbe Michael Lonsdale), une sĂ©quence Ă  Venise, et des clins d’Ĺ“il Ă  Kubrick, Spielberg, Alien, et mĂŞme Sergio Leone. Une fois tout ce beau monde sur orbite, le Walter PPK est remplacĂ© par un rayon laser, et Jaws, l’inoubliable Requin, se dĂ©gote mĂŞme une petite amie, ce qui donne lieu Ă  un ultime toast au champagne absolument dĂ©chirant. Ce sont de pareils moments qui font la beautĂ© de notre mĂ©dium favori. Quant Ă  Sir Roger, il ne raccrochera pas le nĹ“ud pap’ avant ses 57 ans, pour notre plus grand plaisir.

Watchmen, les gardiens de Zack Snyder (2009)
L’adaptation de Watchmen par Zack Snyder, c’est avant tout un gĂ©nĂ©rique. Sur un titre de Bob Dylan jouĂ© en entier, une succession d’instantanĂ©s flottants rĂ©sume quarante annĂ©es d’histoire amĂ©ricaine alternative, une rĂ©alitĂ© oĂą les super-hĂ©ros font partie du quotidien et Richard Nixon en est Ă  son cinquième mandat (et De Gaulle dans tout ça?). Le ton est donnĂ©, et qu’importe si Snyder s’est livrĂ© Ă  une adaptation copiĂ©e-collĂ©e et sans recul du comic-book d’Alan Moore, l’intĂ©rĂŞt est ailleurs. Car en ne cherchant pas Ă  comprendre la complexitĂ© thĂ©matique de son scĂ©nario, le “rĂ©alisateur visionnaire” a le champ libre pour un dĂ©chaĂ®nement de violence et de bonne musique, tout en esthĂ©tique numĂ©rique et ralentis de son cru. L’Apocalypse est imminente, et on en redemande. C’est pourquoi les versions longues sont, une fois n’est pas coutume, Ă  privilĂ©gier. Le pire, c’est que Snyder n’est pas loin de reproduire un exploit similaire avec Batman V Superman. Le chaos règne dĂ©finitivement.

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