[VOX POPULI] Le top 5 chaos de Grégoire Beccaria

Confiné (comme tout le monde), notre lecteur Grégoire Beccaria donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Metropolis (Fritz Lang, 1929)
Un film vĂ©ritablement prĂ©curseur et incroyablement novateur. Metropolis est une citĂ© scindĂ©e en deux. La classe supĂ©rieure habite la ville haute tandis que les ouvriers, surexploitĂ©s, grouillent dans les bas fonds de la mĂ©galopole cosmopolite. Jusqu’au jour oĂą une femme dĂ©cide de se dresser contre le pouvoir en place et fomente la rĂ©volte des classes populaires. Les autoritĂ©s dĂ©cident alors d’envoyer un robot reprenant l’apparence de la jeune femme avec pour mission de mater les insurgĂ©s par la terreur. Mais la crĂ©ature Ă©chappe rapidement au contĂ´le de ses crĂ©ateurs et unifie les deux castes. Dès les annĂ©es 1920, Fritz Lang dĂ©nonce les mĂ©faits de l’industrialisation massive et de la robotisation des travailleurs. Mais il aborde aussi les relations entre les humains et les ĂŞtres artificiels Ă  leur image. RĂ©volutionnaire dans son sujet, le film est esthĂ©tiquement très en avance sur son temps, au point que Lucas avouera s’ĂŞtre inspirĂ© du robot Futura pour crĂ©er son cĂ©lèbre C3PO… plus de 50 ans plus tard. Un incontournable du film de science-fiction, doublĂ© d’une vĂ©ritable rĂ©flexion humaniste. A voir absolument.

La Horde Sauvage (Sam Peckinpah, 1969)
Il existe une tendance à assimiler les westerns violents avec des personnages immoraux au western italien. C’est oublier un peu rapidement ce chef-d’œuvre magnifique. Le film est rempli des désillusions de son réalisateur. Tout n’y est que bassesses, poussières, tromperies, crasses, coup-bas… Aucun espoir d’humanité dans cette bande de hors la loi qui refuse l’évolution du monde en ce début de XXe siècle et qui est traquée par une bande de rapaces avides de la récompense promise pour leur capture… Mais il existe quand même une pâle lueur d’espoir pour l’humanité, semble nous dire Peckinpah à la fin du film et pour elle, malgré tout, on peut donner sa vie… Sublime et violent, très violent car cette violence n’est pas que visuelle, elle est essentiellement psychologique donc dérangeante. Le rôle le plus impressionnant d’Ernest Borgnine.

Le Grand Silence (Sergio Corbucci, 1969)
Ce western italien est atypique. Avec une distribution particulièrement hĂ©tĂ©roclite, Klaus Kinski, Jean-Louis Trintignant, Franck Wolff et Luigi Pistilli (on retrouvera ces deux derniers chez Leone), une localisation Ă©tonnante (les montagnes rocheuses en hiver Ă  la fin du XIXe siècle), et un sujet surprenant (un tueur professionnel est engagĂ© par une petite communautĂ© pour lutter contre des chasseurs de primes qui les rançonnent tout en restant dans la lĂ©galitĂ©), Corbucci livre un film très loin du lyrisme propre Ă  Leone. CinĂ©aste très engagĂ© Ă  gauche politiquement, il utilise son sujet pour Ă©tablir une critique particulièrement acerbe de la sociĂ©tĂ© et de la nature humaine. Aucun autre western n’est aussi noir, dĂ©sespĂ©rĂ© (Ă  part peut ĂŞtre l’homme des hautes plaines de Clint Eastwood, et encore…). Il stigmatise l’appât du gain, la violence, l’impuissance policière. La fin du film fut tellement sujet Ă  controverse que Corbucci dut tourner la mort dans l’âme une fin “alternative” pour certains marchĂ©s.

A Toute Epreuve (John Woo, 1992)
Ce n’est bien sĂ»r pas le film le plus abouti ni le plus personnel de John Woo et son intensitĂ© est loin d’Ă©galer celle de Une balle dans la tĂŞte de mĂŞme que la poĂ©sie et le lyrisme de The Killer sont ici complètement absents. C’est le chant du cygne de John Woo pĂ©riode Hong-Kong, son cadeau d’adieu. Il signe donc un film d’action pur et dur, sans fioriture et avec tout son savoir faire et son acteur fĂ©tiche, Chow Yun-Fat qui n’a jamais Ă©tĂ© aussi charismatique que lorsqu’il est dirigĂ© par John Woo. Le scĂ©nario est prĂ©texte Ă  une multitude de scènes d’anthologies dont le final, qui dure pratiquement 40 minutes, dans les couloirs d’un hĂ´pital. EpaulĂ© par la musique entĂŞtante de Micheal Gibbs, A toute Ă©preuve est le film d’action le plus pur rĂ©alisĂ© par John Woo.

Avalon (Mamoru Oshii, 2001)
Un conte dont les brumes ne se dissipent que peu Ă  peu. Dans ce film singulier, les personnages Ă©chappent Ă  un quotidien terne et morose en s’affrontant via Avalon, un jeu au rĂ©alisme unique. Les plus douĂ©s en vivent mĂŞme et n’ont qu’une obsession : atteindre le prestigieux et mystĂ©rieux niveau A+. Oshii prend ici un malin plaisir Ă  dĂ©router le spectateur. OĂą commence la fiction? OĂą s’arrĂŞte la rĂ©alitĂ©? Cette rĂ©alitĂ© “objective” existe-t-elle ou bien ne dĂ©pend-t-elle que de notre perception? Telles sont les questions qui jalonnent le scĂ©nario d’Avalon, scĂ©nario que Philip Dick lui mĂŞme n’aurait pas reniĂ©. Une expĂ©rience cinĂ©matographique qui reste encore extrĂŞmement troublante.

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