Notre lecteur Frank Chaillat donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993)
Arizona Dream ou comment dĂ©monter le rĂŞve amĂ©ricain. Il s’agit, après Papa est en voyage d’affaires et Le temps des gitans, peut-ĂŞtre, du film le plus abordable de son auteur, Emir Kusturica, mĂŞme si ce dernier n’a pas renoncĂ© Ă  sa marque fantaisiste et lyrique. Le cinĂ©aste laisse libre cours Ă  son imagination promenant sa camĂ©ra de la banquise austère et isolĂ©e, s’arrĂŞtant quelques instants dans la capitale du rĂŞve amĂ©ricain pour mieux se planter dans le dĂ©sert de l’Arizona, paysage emblĂ©matique des grands westerns hollywoodiens. Mais le rĂŞve dissimule une rĂ©alitĂ© autre que la camĂ©ra du rĂ©alisateur yougoslave met en Ă©vidence. Ainsi, l’absurde s’installe aussitĂ´t. Ce n’est pas un hasard si tous les personnages ne rĂŞvent que d’Ă©vasion, quitter ce monde absurde! Comme le dit Axel, peut-ĂŞtre ne sommes nous pas fous mais ce sont les autres qui le sont. Seule Grace n’aspire qu’Ă  s’ancrer d’avantage… sous la forme d’une tortue! Tous les autres n’aspirent qu’Ă  prendre de la hauteur. Axel se rĂŞve en poisson volant, Elaine elle, est obsĂ©dĂ©e par l’idĂ©e de voler ou encore l’oncle LĂ©o qui fantasme Ă  l’idĂ©e d’une pyramide de cadillacs qui le mènerait jusqu’Ă  la lune. Des rĂ´les en or pour une plĂ©iade d’acteurs aussi diffĂ©rents que talentueux. Johnny Depp qui brise une fois pour toute son image “gentillette” de 21 Jump Street. Faye Dunaway, qui n’a rien perdu de sa superbe, Jerry Lewis, vĂ©ritable lĂ©gende vivante, Vincent Gallo bluffant dans ses imitations et enfin Lili Taylor exceptionnelle en jeune femme nĂ©vrosĂ©e! Sur fond de musique lancinante d’Iggy Pop et airs gitans composĂ©s par un Goran Bregovic très inspirĂ©, Arizona Dream constitue une invitation au rĂŞve dont il serait dommage de se priver!

Brazil de Terry Gilliam (1984)
Il y a de nombreux Ă©lĂ©ments qui font de Brazil un chef d’oeuvre. Il y a d’abord ce monde, crĂ©Ă© de toutes pièces par Terry Gilliam, qui fait ici preuve de son gĂ©nie, sa dimension critique, mais aussi l’aspect visuel, d’une beautĂ© rare (les rĂŞves, l’autoroutes, tous les dĂ©cors en règle gĂ©nĂ©rale). On est devant une oeuvre d’art, rĂ©alisĂ©e avec un budget modeste de 15 millions de dollars (on a rarement vu budget mieux exploitĂ©), une musique divine (Ă  partir de la chanson brazil), et un casting parfait (s’ajoutent Ă  ceux citĂ© plus haut: Ian Holm (Mr Kurtzman), dans un rĂ´le inoubliable, mais aussi Bob Hoskins, parfait en technicien de “Central service”. Ce sont tous ces Ă©lĂ©ments, portĂ©s par une richesse thĂ©matique jamais Ă©galĂ©e, qui font de Brazil l’oeuvre visionnaire de Science Fiction ultime, parfaite, la meilleure que l’on puisse voire Ă  ce jour, du moins Ă  mes yeux. Un chef d’oeuvre indĂ©modable (le film n’a pas vieilli) que j’espère dĂ©couvriront les gĂ©nĂ©rations Ă  venir, et a marquĂ© Ă  tout jamais le cinĂ©ma (Brazil a mĂŞme inspirĂ© Wallace et Gromit!) et le monde lui-mĂŞme. Un classique, point final.

Blade Runner de Ridley Scott (1982)
Cette oeuvre nihiliste est avant tout la vision d’un rĂ©alisateur qui cherche Ă  brouiller les pistes. Blade Runner est un film oĂą les animaux sont artificiels car disparus de la surface du globe. On domestique du synthĂ©tique. Joli programme. Les visions de crĂ©atures lĂ©gendaires deviennent alors plus rĂ©elles, plus rĂ©confortantes. Rick Deckard ferme les yeux et s’Ă©chappe dans des contrĂ©es merveilleuses, comme un rĂŞve prĂ©monitoire du futur Legend. Un quart de siècle plus tard, Blade Runner rĂ©sonne comme un souvenir prĂ©cieux et latent, comme la seconde peau d’un cinĂ©phile dont l’influence visuelle et sonore hante comme un dĂ©mon intĂ©rieur Ă  qui on aurait ouvert la porte. Dans l’espoir que notre mĂ©moire se souvienne Ă  jamais de ce chef-d’oeuvre qui a dĂ©passĂ© son propre genre pour devenir un objet socio-culturel indispensable.

Tetsuo de Shynia Tsukamoto (1988)
En 1988, un fou furieux dĂ©barque dans le paysage agonisant du cinĂ©ma japonais. C’est Shinya Tsukamoto. Le succès de Tetsuo est immĂ©diat au Japon (la salle d’art et essai qui projète le film n’a rapidement plus assez de fauteuils pour tous les spectateurs qui s’entassent devant l’Ă©cran). Croisement improbable de David Lynch, des mangas, de Kurosawa (l’illustration d’une sociĂ©tĂ© pourissante et bâtarde Ă©voque directement les visions prĂ©-cyberpunks de Dodes’Kaden) et de tout un tas de trucs mĂ©connaissables car malaxĂ©s, broyĂ©s et passĂ©s au mixeur d’un talent maladif (assimilant son maĂ®tre-d’oeuvre Ă  un système digestif dĂ©traquĂ© ne sachant trop comment accomoder en un Ă©tron prĂ©cieusement sculptĂ© les aliments ingurgitĂ©s de toute part), Tetsuo est le manifeste d’un acte de rĂ©volution culturel. Il n’a aucun Ă©quivalent, ni dans le cinĂ©ma underground nippon (qui a vu fleurir en dix ans des dizaines de sous-Tsukamoto confondant vitesse et prĂ©cipitation) ni dans la filmographie du cinĂ©aste.

Las Vegas Parano (Terry Gilliam, 1998)
Gilliam a longtemps essayĂ© d’adapter le roman A Scanner Darkly (substance mort) de Philip K.Dick, sans succès. Jusqu’Ă  ce qu’Universal le contacte pour Las Vegas Parano (Fear and Loathing in las Vegas). Seconde adaptation d’un roman de Hunter S.Thompson, après Where the Buffalo Roams avec Bill Murray Ă  place de Johnny Depp, le script permet Ă  Gilliam d’user et d’abuser de toute sa folie visuelle. Un journaliste dĂ©foncĂ© en permanence. Son avocat ne valant guère mieux. La route. Une dĂ©capotable. Un coffre plein Ă  craquer de came, de pilules et d’acides. Las Vegas. Et un ex-Monthy Python pour emballer le tout. Cette vague biographie d’une portion de la vie de Hunter S. Thomson reste un grand moment de cinĂ©ma sous coke, qui reprĂ©sente tous les effets de trip sans les consĂ©quences.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici