Notre lecteur Florian Coms donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Solaris de Andrei Tarkovski (1972)
C’est l’exemple le plus parfait de film de science-fiction Ă  vocation mĂ©taphysique qui affranchit la passion amoureuse des contraintes du temps et de l’espace. En pleine Guerre Froide, Solaris fut considĂ©rĂ© comme une simple rĂ©ponse soviĂ©tique Ă  2001, l’odyssĂ©e de l’espace, de Stanley Kubrick. Cette comparaison fut dĂ©savouĂ©e par Tarkovski qui, après avoir vu le classique de Kubrick, le trouva froid, stĂ©rile et trop axĂ© sur la technologie. Il affirme, au contraire, s’ĂŞtre attachĂ© Ă  faire de Solaris son opposĂ©.

Les amants du cercle polaire de Julio Medem (1998)
Cette histoire commence Ă  la sortie d’une Ă©cole quand deux enfants de huit ans, dont les prĂ©noms (Ana et Otto) peuvent se lire comme des palindromes, se rencontrent pour la première fois. Dès cet instant, leur vie et leur destin s’entrecroisent. Dix-sept ans plus tard, ils se retrouvent rĂ©unis au bord du Cercle polaire, lieu magique par excellence. Julio Medem adore par-dessus tout les histoires d’amour bigger than life avec un peu de psychanalyse, de romantisme Ă©chevelĂ©, de symbolisme et de grands tourments narratifs : les amoureux sĂ©parĂ©s dont la distance n’a jamais refroidi le coeur toujours ardent (Les amants du cercle polaire), les amants qui se perdent dans des labyrinthes passionnels (L’Ă©cureuil rouge), la demoiselle endeuillĂ©e qui plonge dans le rĂ©cit insulaire et Ă©rotique de son chĂ©ri romancier (Lucia y el sexo). Au-delĂ  de l’histoire Ă  dormir debout, on retient la beautĂ© des paysages, la lumière magique du soleil de minuit et le dĂ©sir d’amour sublimĂ©.

Moon de Duncan Jones
ImmĂ©diatement, on pense Ă  2001, l’odyssĂ©e de l’espace et Ă  Shining, comme si Jack Torrance avait passĂ© ses galons de cosmonaute et purgĂ© sa folie sur la Lune. Si Moon souffre de la comparaison Ă©vidente avec les chefs-d’oeuvre kubrickiens (mĂŞme intelligence artificielle omniprĂ©sente, mĂŞme huis clos anxiogène), le film de Duncan Jones parvient Ă  se libĂ©rer de ses carcans qui lui font de l’ombre pour imposer son empreinte, forcĂ©ment lunaire. Moon tient aussi sa rĂ©ussite de l’interprĂ©tation impeccable de Sam Rockwell. L’acteur, qui se fait beaucoup trop rare, est de chaque plan et la camĂ©ra le lui rend bien. Chancelant, truculent, dĂ©sespĂ©rĂ© : il libère une palette de jeu complète jusqu’Ă  se dĂ©doubler Ă  l’Ă©cran avec un bonheur communicatif. Ses dialogues avec l’ordinateur central (Kevin Spacey) rĂ©servent de beaux moments d’Ă©motion et de suspense. La musique atmosphĂ©rique concoctĂ©e par un des maĂ®tres du genre (merci Clint Mansell) finit d’envelopper les sens et de provoquer le malaise.

Tueurs nés de Oliver Stone
Dans un film qui exploite absolument tout ce que la mise en scène peut offrir, tous les filtres, tous les traitements, dans une mise en scène frĂ©nĂ©tique au nombre de plans insensĂ© (un peu du Tony Scott sous amphĂ©tamines). Oliver Stone expĂ©rimente son discours et fait de son spectateur une sorte de cobaye qu’il bombarde de plans et d’images, projetant d’autres images dans les fenĂŞtres, sur les façades, utilisant des images subliminales… Tout est fait pour simuler cette sociĂ©tĂ© d’images oĂą il est impossible de faire la part des choses et oĂą deux tueurs en sĂ©rie complètement destroy, perturbĂ©s et Ă  la philosophie plus que simpliste, peuvent devenir des hĂ©ros populaires, des icĂ´nes (alors que ce ne sont que deux abrutis dĂ©foncĂ©s en permanence et animĂ©s d’une barbarie idiote).
Morale: il n’y en a pas, tous les personnages sont pires que le couple assassin, ce qui les rend finalement assez sympathiques. C’est la cause du scandale Ă  la sortie du film et sa capacitĂ© virtuose Ă  ĂŞtre aussi antipathique force le respect chaos.

Les guerriers de la nuit de Walter Hill
Un gang contre tous les autres. C’est le programme de cette oeuvre courte (1h24) filmĂ©e dans l’urgence, de nuit et notamment dans le mĂ©tro. Le film a Ă©tonnement bien vieilli mĂŞme si les chorĂ©graphies, la musique et les costumes datent forcĂ©ment la fiction. C’est bel et bien le bestiaire des diffĂ©rents clans qui surprend encore, comme si plus personne n’existait sans faire partie d’une communautĂ© ghettoisĂ© et sans peur. Les cinq premières minutes prĂ©sentent d’ailleurs tout ce beau monde avec des effets clippesques et une narration dĂ©suète. Mais ça marche encore.

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