[VOX POPULI] Le top 5 chaos de Dimitri Ayvadian

Confiné (comme tout le monde), notre lecteur Dimitri Ayvadian donne ses 5 films Chaos préférés au monde. Vous aussi, envoyez vos textes, tops, critiques… à redaction@chaosreign.fr

La fĂŞte Ă  Henriette (Julien Duvivier, 1952)
Julien Duvivier est surtout connu pour PĂ©pĂ© le Moko ou Le Petit monde de Don Camillo. On oublie trop souvent ce film poupĂ©e russe virtuose de 1952: La FĂŞte Ă  Henriette. On dirait un scĂ©nario de Charlie Kaufman: deux scĂ©naristes se disputent pour leur futur projet, deux styles diffĂ©rents, deux visions du monde: l’optimiste et le pessimiste. La vie en rose, quand l’autre broie du noir. Et leurs diffĂ©rentes idĂ©es se rĂ©alisent sous nos yeux, manipulant la jeune Henriette, ingĂ©nue parisienne, comme une marionnette. AssassinĂ©e ou amoureuse et vice versa. Le film commence en comĂ©die, se termine en polar tragique, ou peut-ĂŞtre l’inverse; entre-temps, on aura traversĂ© toute l’histoire du cinĂ©ma.

Il Boom (Vittorio de Sica, 1962)
On pourrait se demander pourquoi cette vieille comĂ©die italienne, d’un gĂ©ant du nĂ©o-rĂ©alisme, serait un film chaos. Mais ce serait oublier la poĂ©sie, la charge comique d’Alberto Sordi, qui rend chaque geste, chaque plan, chaque rĂ©plique extraordinaires. Ce serait oublier le portrait au vitriol qui est fait de la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique du pays au dĂ©but des annĂ©es 1960. Ce serait oublier la cruautĂ© de l’histoire: Giovanni vit au-dessus de ses moyens pour satisfaire les besoins d’une femme qui satisfait en retour ses pulsions sexuelles. C’est un homme au bord du gouffre, dĂ©sesperĂ©, tout près de se suicider quand il apprend qu’un vieillard richissime offre une fortune Ă  quiconque lui fera don d’un de ses yeux. Une sorte de pacte avec le diable. Oui, on pourrait se demander ce que cette comĂ©die a de plus drĂ´le, de plus violent, de plus terrible, bref, de plus chaos. Mais il suffit de repenser Ă  Alberto Sordi dĂ©cidĂ© Ă  se laisser arracher un Ĺ“il, pour le comprendre.

Docteur Folamour ou Comment j’ai appris Ă  ne plus m’en faire et Ă  aimer la bombe (Stanley Kubrick, 1963)
Docteur Folamour n’est pas seulement l’un des films chaos les plus gĂ©niaux qui soient, c’est le meilleur film de Kubrick et donc l’un des plus grand chefs-d’oeuvre du cinĂ©ma. Le plus grand film catastrophe, oĂą l’on ne voit aucun gratte-ciel s’effondrer ou d’explosions titanesques, non, seulement quelques hommes en costume autour d’une table: l’Etat-Major amĂ©ricain qui a fait une bourde, rien de bien mĂ©chant: un bombardier s’apprĂŞte Ă  lâcher une bombe nuclĂ©aire sur la Russie, et pas moyen de faire marche arrière. Tout au plus des excuses au PrĂ©sident SoviĂ©tique ivre Ă  l’autre bout du fil. La plus grande comĂ©die, le plus grand film politique des annĂ©es 1960. Et la plus grande prouesse de Peter Sellers dans un triple rĂ´le: un haut-gradĂ© de l’armĂ©e amĂ©ricaine, le PrĂ©sident des Etats-Unis bien embarrassĂ©, et un docteur dĂ©lirant dont on soupçonne l’allĂ©geance au FĂĽhrer, en difficultĂ© avec un bras rĂ©calcitrant. Si ce n’est pas Chaos, ça…

The Swimmer (Franck Perry, 1968)
Un bel homme (sous les traits de Burt Lancaster, dans l’un de ses rĂ´les les plus mĂ©morables) se rend compte qu’il peut rentrer chez lui en passant par la villa de chacun de ses voisins, et traverser Ă  la nage leur piscine. Chaque plongĂ©e sera comme une Ă©tape douloureuse pour ce hĂ©ros Ă©nigmatique dont la prĂ©sence intrigue et viendra finalement bouleverser l’Ă©quilibre de cette banlieue amĂ©ricaine tranquille. Il remonte mĂ©taphoriquement un fleuve qui lui renvoie une image trouble de lui-mĂŞme, derrière la vigueur de sa posture, au grĂ© d’anciens amis perdus de vue, ou d’une maĂ®tresse dont il est encore Ă©pris. On est un peu dans du Mad Men, c’est vrai, mais que l’on aurait plongĂ© dans l’horreur des 1970 Ă  la Polanski.

Le Territoire des loups (Joe Carnahan, 2011)
Un avion s’Ă©crase dans l’immensitĂ© du Grand Nord, ses quelques survivants deviennent la proie d’une meute de loups. Ce qui aurait pu ĂŞtre un film d’action viril et fade sur la survie devient un immense film sur la mort et son acceptation, une sorte de tragĂ©die grecque dans laquelle chaque personnage lutte contre lui-mĂŞme. EpurĂ© Ă  l’extrĂŞme, le film montre des hommes dans toute leur vĂ©ritĂ©, nous rĂ©vèle l’espace d’un instant leurs chagrins, leurs souvenirs, leurs faiblesse, mais aussi leurs forces. Le survival devient poĂ©tique et philosophique. La mĂ©lancolie du regard de Liam Neeson n’y est pas pour rien.

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