[VOX POPULI] Le top 5 chaos de David Chappat

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Notre lecteur David Chappat donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Un peu trop passionné par le sujet et n’ayant eu le courage de m’infliger la torture de faire une sélection parmi ces merveilles, je me permets de vous proposer un top 14 Chaos! Impossible de trier davantage, voici la crème de la crème de la crème.

House (Nobuhiko Ōbayashi, 1977)
Hausu est un mélange complètement atypique de multiples inspirations: entre respect de l’ambiance traditionnelle des histoires de fantôme japonais, conte fantastique et teenage movie. Un foisonnement démentiel pop et kitch totalement assumé. Un festival visuel cinématographique inimaginable qui fonctionne, par on ne sait quel miracle, parfaitement. Un bijou d’énergie, de fantaisie, et de bizarrerie énigmatique. Un objet sidérant qui mériterait une reconnaissance beaucoup plus importante.

Requiem pour un massacre (Elem Klimov, 1985)
L’Europe de l’est ont subit, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, une invasion allemande particulièrement ignoble. La vision de Klimov, qui a lui-même été témoin de cette période, ne pouvait qu’être rude et brutale. Ici son génie est double. Il réussit d’une part à retranscrire l’étrangeté, ou la poésie, du cinéma des pays de l’est au service d’une histoire de guerre, lui conférant une ambiance à la fois irréelle et dérangeante. Et il choisit d’autre part de se placer du point de vu d’un enfant naïf et innocent qui va se prendre la guerre en pleine face comme si c’était un ouragan. Le cinéaste se focalise sur les visages juvéniles déformés et encrassés pour souligner l’atrocité des évènements dont ils sont témoins. C’est la guerre qui les traverse mentalement et physiquement, et non pas eux traversent la guerre.

Threads (Mick Jackson, 1984)
La force de ce téléfilm anglais est de traiter son sujet, l’explosion d’une bombe atomique au cœur d’une métropole occidentale, avec authenticité. Il allie le réalisme du style documentaire et le spectaculaire du film catastrophe pour un résultat extrêmement efficace. Chaque étape est respectée avec brio : montée des conflits internationaux conduisant à la crise, explosion et destructions, conséquences (sociales, sanitaires, économiques…). Rien ne nous est épargné, aucune complaisance sur le fond comme sur la forme. Une fois la ville ravagée les gens se ruent à l’hôpital pour faire soigner leurs blessures purulentes, la famine menace, les pillages et répressions s’organisent, les épidémies se développent. L’hypothèse est poussée jusqu’au bout, ne laissant aucune trace d’espoir à l’horizon.

Casanova (Federico Fellini, 1976)
Fellini, Venise, Casanova… le trio gagnant. Le plus grand florilège de visions hallucinées d’une filmographie qui en propose pourtant tellement. La simulation de la mer et la reproduction de Venise en studio, le look de Sutherland, la musique… autant de choix risqués qui atteignent pourtant leur but : renforcer le sentiment onirique, ou cauchemardesque. Les déambulations de Casanova nous entrainent dans un rêve éveillé, sombre et éclatant, peuplé de fulgurances décoratives inouïes. La tête d’une statue géante sort de l’eau, la silhouette noire d’un bateau traverse l’horizon… bienvenu dans l’esprit d’un créateur.

Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg, 1973)
Venise en hiver, Donald Sutherland, rêve éveillé, déambulation, Felli… non, Nicolas Roeg cette fois-ci. La cinéaste anglais a lui-aussi été inspiré par ces thématiques. Don’t look now démarre très fort avec la noyade mystérieuse et traumatisante d’une fillette dans un étang. Il nous plonge ensuite au cœur d’une Venise labyrinthique et glaciale, pour nous perdre dans l’esprit nébuleux d’un homme à la dérive. Le brouillage des repères temporels renforce l’ambiance brumeuse de cette promenade lugubre qui nous conduit droit vers l’abyme.

Tommy (Ken Russell, 1975)
L’idéal est de le découvrir en en sachant le moins possible et sans rien en attendre. Dans ces conditions son effet devrait être comparable à celui d’une prise d’acide. Il vous scotche à votre à votre siège dès les premières minutes et il vous faudra attendre une bonne demi-heure avant de retrouver vos esprits pour réaliser ce qui se passe. Tommy est une comédie musicale pour ceux qui n’aiment pas ça. Un tourbillon musical qui lorgne du côté du Phantom of the Paradise de De Palma. C’est un sommet qui introduit parfaitement l’univers fascinant de Ken Russell, le mélomane fou.

Braindead (Peter Jackson, 1992)
La cathédrale du gore, le monument du mauvais goût, la tempête d’émoglobine. C’est l’un des exemples les plus fous, jusqu’au-boutiste et culotté des premières œuvres du cinéma fantastique bis des années 70-80. Jackson fait partie de ce petit groupe qui a ouvert des générations de spectateurs au cinéma fantastique bis: Tobe Hooper (Massacre) Cronenberg (Frissons, Rage, Chromosme 3), Sam Raimi (Evil Dead trilogie), auxquels on peut ajouter Chinese Ghost story. Si leurs réalisations sont inoubliables, ils engendreront d’immenses déceptions lorsque ces mêmes spectateurs s’apercevront de la qualité du reste de la production. En attendant, le néo-zélandais poursuivra ensuite avec délice sur Les Feebles.

Nekromantic 2 (Jorg Buttgereit, 1991)
C’est l’héritier de la scène d’ouverture de Massacre à la tronçonneuse. Un film poisseux et suintant, mais cette fois-ci dans un pays froid. Sans doute l’un des films les plus dérangeant et malsain de l’histoire du cinéma. Les cadavres visqueux, la musique nauséeuse, les acteurs livides… Le fruit unique et sordide d’une époque, d’une production particulière, d’une culture spécifique et d’un esprit «dérangé». Il produit avec talent une ambiance glauque que peu de films d’horreur seraient capable d’imaginer. Oser traiter du sujet de la nécrophilie est une belle audace en soit, mais risquer de le faire de façon explicite relève de l’inconscience. Heureusement certains cinéastes le sont.

Un bourgeois tout petit, petit (Mario Monicelli, 1977)
Tout le génie de la comédie à l’italienne fut de parvenir à traiter la gravité de problématiques sociales complexes avec légèreté. Une légèreté trompeuse qui conduit généralement à la dure réalité, comme Le fanfaron l’a établi dès le départ. Si le film de Risi peut être considéré comme l’avènement du genre, on peut se demander si le film de Monicelli n’en est pas la véritable conclusion, son crépuscule. Le film démarre de façon classique, avec un Sordi fidèle à lui-même qui nous fait croire que c’est reparti pour un tour. Mais le réalisateur n’attend pas la fin pour nous mettre une claque, il le fait à la moitié du film par un coup de théâtre central qui divise l’œuvre en deux partie bien distincte. Le basculement est radical, la fin pessimiste, l’ensemble assez glauque… comme si Monicelli nous disait «maintenant la fête est finie».

La traque (Serge Leroy, 1975)
Le rape and revenge/ survival/redneck movie à la française. Marielle met sa prestance, son bagout et sa frénésie au service du mal. La traque est la version sale de Dupont Lajoie. La chasse à la femme victime d’un viol par un groupe de chasseurs au cœur d’un décor marécageux hivernal. Un film noir inattendu de par chez nous, qui illustre bien l’incroyable esprit subversif des années 70.

Walkabout (Nicolas Roeg, 1971)
Le film débute dans la ville, en plein urbanisme concentrationnaire et bascule soudainement en plein désert, comme si on changeait de monde ou de dimension. Puis sans raison le père de famille se tue, c’est la seconde étape de la perte de repère : spatiale puis humaine. On bascule dans un univers brulant, peuplé d’animaux exotiques et d’oasis paradisiaques. Soit le voyage initiatique de deux enfants accompagnés d’un aborigène dans les landes australiennes. Une odyssée passionnante qui rappelle les grandes heures du cinéma local: Wake in fright, Razorback, Galipolli

Long weekend (Colin Eggleston, 1978)
Sans oublier Long weekend, l’un des plus beaux et mystérieux chef d’œuvres du cinéma australien. Il met en scène un couple en crise qui part en camping au bord de la mer pour se ressourcer, mais qui vivra un cauchemar lorsque la nature semblera devenir hostile. Ce qui était une bonne idée sur le papier aurait facilement pu être un fiasco à l’écran. Mais le cinéaste réussit le tour de force de maintenir une atmosphère de mystère sur toute la durée et de conclure en illustrant le concept de «nature hostile» par une démonstration de force vertigineuse (au croisement entre Disney et Sorcerer!).

Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été (Lina Wertmuller, 1974)
Une œuvre aussi étonnante que son titre! Tout commence sur un bateau, pendant une croisière. La maitresse du navire est une grande gueule qui entre rapidement en conflit de caractère et de classe avec son serviteur qu’elle traite comme un esclave. Lorsque ces deux-là finissent par se retrouver sur un canoë et que celui-ci échoue sur une île déserte, le conflit sera inévitable. Les rôles s’inversent: le serviteur devient alors l’homme fort du territoire sur lequel il parvient aisément à survivre, tandis que la femme incapable de s’adapter se retrouve à son crochet. Après l’avoir dominé socialement il la finira par la dominer sexuellement et sentimentalement. Cette histoire anti-féministe au possible (et pourtant réalisé par une femme) ne passerait plus aujourd’hui, comme le prouve la manière dont le remake avec Madonna est édulcoré. La beauté de la photo, le talent des acteurs… lui confèrent une splendeur magistrale. Il faut également voir la version Ferreri de la thématique avec Liza.

Irreversible (Gaspar Noé, 2002)
On ne le présente plus. Irréversible reste l’un des grands chocs du cinéma français contemporain. Une incursion effrayante dans les bas-fonds sordides d’une ville remplies de boites de nuits repoussantes et de tunnels obscurs, sur fond de musique lancinante signée Thomas Bangalter (des Daft Punk). Violence crue, sexe répugnant, montage à rebours, filtres rouges, caméra virevoltante… Noé a marqué son territoire comme jamais.

Bonus:
Black Moon (Louis Malle, 1975)
Les contes de Canterbury (Pasolini, 1972)
The greasy strangler (Jim Hosking, 2016)
Valérie au pays des merveilles (Jaromil Jires, 1972)
Sweet movie (Dusan Makajev, 1974)
Alice (Jan Svankmajer, 1988)
Tusk (Kevin Smith, 2014)

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