Notre lecteur Clément Arbrun donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Pour envoyer vos textes: redaction@chaosreign.fr

Va te faire foutre Freddy de Tom Green (2002)
Ou “Freddy s’est fait doigté” (titre original), ce qui annonce encore plus la couleur. Ce fou de Tom Green livre une farce autobio sur un grand dadais comic-artist parti à la conquête d’Hollywood. La contre-culture MTV rencontre le dadaïsme l’espace d’une scène où le protagoniste joue au piano des fils accrochés aux doigts, et des saucisses accrochées aux fils. Ce suicide artistique salué aux Razzie Awards ferait passer les comédies des Farrelly pour un sommet de pudibonderie. On a peut-être jamais fait aussi stupide dans le domaine de la pitrerie états-unienne ces dix sept dernières années, et, franchement, c’est pas plus mal !

Tchao Pantin de Claude Berri (1983)
La découverte de Tchao Pantin équivaut à celle de Série Noire, c’est un choc, une nausée, une émotion viscérale. Je me demande bien ce qui est le plus “chaos” dans tout ça. Cette noirceur qu’on ne retrouvera vraiment que dans les films de Jacques Audiard ? Le café “dégueulasse” du matin servi par un Coluche mal rasé ? Les rues craspecs de la banlieue parisienne ? La chanson de CharlElie, Les nuits sont trop longues ? Je repense surtout pour ma part aux dialogues secs d’Alain Page, dont le fameux “Prends bien le temps de mourir…”.

Cobra de George Pan Cosmatos (1986)
Clairement pas le Tchao Pantin de Stallone, on va pas se mentir. Il y a cette scène très foodporn qui résume tout : Cobretti est dans un restoroute et picore des frites non pas agrémentées de ketchup, mais littéralement inondées, noyées de sauce rouge-sang. La logique de Cobra se trouve dans l’assiette : il n’y en a jamais assez, il en faut toujours plus, toujours trop. Peu importe qu’il cite Bruce Springsteen ou L’inspecteur Harry, cette bisserie à gros budget n’appartient qu’à lui. Cobra est un film crade, dingue et malpoli, qui nous suggère que pour aimer Sylvester Stallone, il faut l’aimer absolument, sinon rien. Cela inclue donc ses ringardises, ses craquages, ses extrêmes. Sa générosité en somme. Quitte à frôler l’indigestion.

All My Movies de Shia Labeouf (2015)
Shia LaBeouf se cale sur un fauteuil de l’Angelika Film Center et dĂ©cide de visionner l’intĂ©gralitĂ© de sa filmo. Durant trois jours. Entre ronflements, grimaces et rires. C’était en novembre 2015. L’actualitĂ© nationale a rendu d’autant plus utopique Ă  mes yeux cette conception de la salle de cinĂ©ma comme refuge et lieu de communion, loin de la violence du monde et de son imprĂ©visibilitĂ© terrifiante – triste monde tragique. Surtout, en explorant et partageant ses souvenirs (et les pizzas qui vont avec), Shia dĂ©montre que l’on peut tous faire de nos modestes vies une “ultimate experience” – si tant est que l’on est suffisamment mĂ©galo pour ça. Heureusement, la mĂ©galomanie est une qualitĂ© qui ne lui fait pas dĂ©faut. J’attends depuis quatre ans le jour oĂą Shia se filmera en train de revoir All My Movies. En boucle. Un plan-sĂ©quence de six jours. Et pour clĂ´turer la sĂ©ance, une fin du monde façon Melancholia.

Le téléphone sonne toujours deux fois de Jean-Pierre Vergne (1984)
Le téléphone sonne toujours deux fois est LA comédie française à redécouvrir. L’ovni des Inconnus, un pastiche de polar collant quelques détectives sous-doués aux basques du “tueur au cadran” (qui implante un cadran de téléphone dans le crâne de ses victimes, oui, gialli et slashers ne sont pas si loin). Très étrange que personne n’ait consacré la moindre “oral story” à cette bizarrerie gotlibienne au casting zinzin : Jean-Claude Brialy, Michel Constantin, Jean Yanne, Michel Galabru, Jean Reno, Patrick Sébastien (désolé). En tête d’affiche excelle évidemment Bourdon, mais aussi Seymour Brussel, dans un jeu tout en sécheresse et en moustache, très “Bruno Carretien” par essence. Quant à réhabiliter l’autre has been du film, Smaïn, je crois que Thierry Ardisson s’en charge déjà, alors laissons-faire les professionnels.

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