Notre lectrice Clara Sebastio donne ses 5 films Chaos préférés au monde. Vous aussi, envoyez vos textes, tops, critiques… à redaction@chaosreign.fr

Le Cœur fou de Jean-Gabriel Albicocco (1970)
D’une poésie toute à son honneur, Le Cœur fou d’Albicocco est un chef-d’œuvre du cinéma français tristement méconnu. Tour à tour brumeux, solaire, désespéré et triomphant, ce long métrage de 1970 nous plonge dans les affres d’un amour tourmenté. Grâce à son onirisme discret, il réussit le pari d’allier la sérénité des forêts françaises au feu dévorant d’une passion malade, unissant deux êtres aussi fous l’un que l’autre. Grand drame romantique à la réputation timide, Le Cœur fou est à mettre entre les mains de tous les amateurs de cinéma champêtre et humide; et peut être comparé à l’aube des rases campagnes qui révèle à demi les fantômes des nuits passées.

Cache cache pastoral de Shuji Terayama (1974)
Ici, le réalisateur joue à cache-cache avec son moi-enfant. Récit linéaire d’une enfance étouffante dans un premier temps, le film se transforme dans sa seconde partie en un méli mélo complexe de souvenirs, de dialogues, et de scènes surréalistes. Bercé par des personnages étranges et inquiétants, le jeune Shuji Terayama se perd dans son passé et navigue de rêves en rêves magnifiquement habillés de couleurs primaires et diffuses. Rouge, vert, jaune, bleu et violet viennent colorer la mémoire du Terayama réalisateur qui rectifie, avec sa version réduite, des souvenirs trop embellis. Une promenade chimérique au pied du Mont de l’Effroi, qui vous mènera au cœur même de votre propre psyché.

Café Flesh de Stephen Sayadian (1982)
Monument du cinéma pornographique avec un grand C, Café Flesh est la preuve visuelle absolue que la représentation de rapports sexuels non-simulés à l’écran peut être érigée au rang d’art. Résolument punk et indiscutablement psychédélique, Café Flesh nous livre une dystopie dans laquelle les “négatifs” impuissants se régalent du spectacle charnel des “positifs” encore capables de faire l’amour. Cabaret de la luxure et du vice, le café de la chair nous offre sur ses planches des spectacles à mourir d’amour où les corps sont sublimés par des artifices tous plus créatifs les uns que les autres. Orgasme oculaire par excellence et poésie X seront au rendez-vous de votre séance de visionnage.

Naked Blood d’Hisayasu Sato (1996)
Naked Blood est, en 1996, le film qui fera découvrir Hisayasu Sato aux spectateurs européens. Gore, trash et répugnante aux premiers abords, cette œuvre est, après réflexion, bien plus qu’un simple amas de chair et de sang. Aux tripes vient se mêler un surréalisme inattendu, apaisant le scénario et donnant au long métrage un aspect très onirique et hors du temps. Le lyrisme de Sato dénonce avec subtilité les déviances d’une société japonaise autoritaire, asservissant toutes celles et ceux qui ne rentrent pas dans les normes. Au delà des scènes d’une crudité extrême, on peut voir et lire ici un sous-texte rondement mené posant les bases d’une liberté de souffrir et d’éprouver le mal.

Aka Ana d’Antoine d’Agata (2008)
Documentaire terrible, grandiose, et intime, Aka Ana est un vrai choc sensoriel. Tout y est exacerbé: la peau, les bouches, les corps, les voix et les soupirs. Rien n’échappe à la caméra d’Antoine d’Agata qui capture avec violence la vie des prostituées japonaises. Tout est si beau qu’on en a presque mal. Définir cette œuvre d’ “organique” serait la réduire à quelque chose d’infiniment plus petit que ce qu’elle est vraiment. Le texte dicté est lui aussi troublant et semble être une longue épitaphe dédiée aux âmes mortes et volées, aux chairs brisées et aux rêves perdus. Aka Ana est éprouvant et nous laisse à bout de souffle. Impossible à revoir et pourtant obsédant, il nous hante comme un cauchemar qu’on chercherait à finir.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici