[VOX POPULI] Le top 5 chaos de Cécile Poirier

Confinée (comme tout le monde), notre lectrice Cécile Poirier donne ses cinq films Chaos préférés au monde. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

La mort aux trousses de Alfred Hitchcock (1959)
Sueurs Froides pointe régulièrement dans cette rubrique. A juste titre. Premier opus d’une triplette inégalable (1958-59-60). Le premier talent du maître Hitchcock est d’avoir su bien s’entourer. Une déjà bien belle équipe complétée en 58 par un Saul Bass (volé à Preminger) et par un Herrmann libéré auquel il laissait enfin carte blanche. La mort aux trousses reste le modèle du genre dont on ne dressera pas la liste des scènes dites d’anthologie. Alfred pointait que la réussite d’un film passe d’abord par celle de ses méchants. Ici, James Masson et Martin Landau. Plus un ange déniché sur les quais pour incarner une blonde versatile. Homme de goût. Avant même que le spectateur n’ait eu le temps de reprendre son souffle, il livrait son film laboratoire. Une mine d’inventions formelles. Une leçon de cinéma. Un film conçu en ne pensant qu’à une chose: le spectateur (il s’agit ici d’un spectateur que l’on respecte, et non d propriétaire d’un porte monnaie). Une attraction de fête foraine. Le divertissement, art noble, porté à sa perfection.

La peau douce de François Truffaut (1964)
Délicatesse et justesse du trait (caméra qui laisse les amants sur le pas de la porte après qu’il l’est pris sous son bras pour les récupérer noyés dans la pénombre laissant la lumière cru du couleur derrière eux). Détails lumineux (Pierre qui allume toutes les lumières de sa chambre après la réponse de Nicole). Un Truffaut très inspiré. Mais la plus belle réussite du film ne serait elle pas sa musicalité. La musique omniprésente et enveloppante de Delerue bien sûr. Mais aussi cette palette de voix précieuses aux couleurs très différentes dont les timbres souvent singuliers (la voix de Françoise en premier lieu) se marient comme dans nul autre film (hormis un film orchestré par Michel Legrand). Sur le même sujet, la remarquable et défricheuse Agnès Varda signait avec Le bonheur un film hors de toute convention, qui balayait sans heurts les règles et codes communs. Une approche faussement naturaliste où les évidences, causes et conséquences étaient toutes retournées. Un film qui ne ressemblait à aucun autre (ce qui est une qualité) mais qui ne le disait pas (s’en est une seconde).

Conversation secrète de Francis Ford Coppola (1974)
A-t-on vraiment le recul suffisant? Le nouvel Hollywood, parenthèse enchantée du ciné US, soulève quelques nostalgies. Brièvement quelques jeunes esprits libérés (Coppola, Cimino, Ashby, Scorsese, De Palma…) nous livrèrent une série de bijoux fiévreux dont on n’aurait même pas pu rêver. Avant de succomber aussi vite sous le poids du pop-corn movie nouvelle recette. Retenons le moins cité des meilleurs Coppola, ce splendide manuel de paranoïa illustré à la mécanique infernale.

Pulsions de Brian de Palma (1980)
Représentant typique de cette série de films qui valurent à Brian de subir une filiation paresseuse au grand Hitchcock, Pulsions n’est assurément pas la copie d’un élève studieux mais bien un prolongement personnel de l’œuvre du maître. Point de place ici pour dresser la liste exhaustive des séquences jubilatoires qui imprimeront durablement la rétine et l’esprit du plus modeste et léger des cinéphiles. Au sommet sûrement, la séquence de filature, hantée par le fantôme de Kim Novak. Une leçon de cinéma pure. 10 minutes de plongée en apnée dans ce que le cinéma peut produire de plus parfait. Si l’intrigue est aujourd’hui éventée et ne résistera aux petits malins, le scénario riche en décrochage est exemplaire par sa non linéarité. Et la caractérisation des personnages est singulière, avec des figures rarement si généreusement visitées (Angie Dickinson en femme-mère).

Arizona Dream (Emir Kusturica, 1993)
Le rêve, encore! Tout y est étrange, et pourtant on s’y sent chez soi. La beauté des images n’est rien à côté des sentiments qu’il fait passer. Ce film emporte tout comme une vague. L’inconvénient, d’ailleurs, c’est qu’en général, ceux qui n’adorent pas détestent. Deux points: 1. le personnage de Vincent Gallo qui rejoue La mort aux trousses, c’est toujours aussi magnifique en 2020. 2. La BO reste à mon avis le meilleure score ciné jamais fait.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici