[VOX POPULI] «Le Chaos n’a jamais semblé aussi morne»

Confinés, certes, mais libres dans leur tête, les lecteurs du chaos ne manquent pas de ressources face au chaos de la vie. La preuve, ils prennent la plume et nous envoient leurs tops de films à (re)découvrir comme Jérôme Casanova. Pour envoyer vos tops, lettres, critiques etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

Comme le chaos n’a jamais semblé aussi morne, je me permets moi aussi de vous envoyer une liste de films. C’est une filmographie qui représente très certainement mon humeur actuelle mais je pense qu’elle dit aussi quelque chose de mon regard sur le monde. Il paraît que c’est la meilleure période pour se replier sur soi. Moi je pense que se replier sur soi ce n’est pas toujours bon, parce que c’est également faire face à des fantômes. Le mieux, c’est de s’ouvrir aux autres. Les autres sont peut-être l’enfer, mais l’enfer est très certainement le lieu qui nous apprend le plus de choses sur ce qui nous définit en tant qu’êtres humains, sur notre misère. C’est pour cela que ma liste de confiné contient:

The Truman Show de Peter Weir
Mon film préféré, la solitude abyssale d’un homme exposée au monde, en direct. The show must go on. On n’a jamais aussi bien parlé des années 2020 qu’en 1998. Je n’ai rien à dire sur ce film. Je veux juste le revoir, encore et encore.

Smiley Face de Gregg Araki
Et tous les films de Gregg Araki (mon préféré reste Mysterious Skin qui décrit si bien ce qu’est un traumatisme d’enfance et son écho dans le temps et dans l’espace). Smiley Face est une blague comme on en fait trop peu au ciné, un scénario improbable et peut-être bien écrit sous l’emprise de champi. Avec une Anna Faris, comme d’hab, extraordinairement elle-même.

Valley of Love de Guillaume Nicloux
Film très injustement boudé lors du festival de Cannes en 2015, c’est un film dont je me remets difficilement car il convoque tous mes démons et quelques unes de mes obsessions. On a dit que ce film était un dispositif qui manquait de force. Peut-être, peut-être pas. Ce que je sais, c’est qu’il s’agit d’un film qui brouille les pistes entre la vie et la mort, entre le cinéma et le documentaire, entre l’amour et la solitude. Avec deux acteurs qui ne vont pas ensemble, dans un lieu sec et sans vie, dans un monde où tout est déjà oublié, où le passé a déjà englouti les rares instants de bonheur. Un film qui dit que malgré notre intranquillité, nous sommes ensemble.

INLAND EMPIRE de David Lynch
C’est Lynch qui voulait que le titre de son film soit écrit en lettres majuscules – je ne sais pas bien pourquoi – mais cette coquetterie, je l’aime bien: elle est cohérente avec ce cinéaste, avec son cinéma. Un film somme, film monstre, impossible à résumer de trois heures d’une beauté sidérante qui est l’aboutissement de quarante années de réflexions et de créations. Après ce film en 2007, il disait qu’il arrêtait le cinéma, ce qui me semblait assez cohérent; comment aller plus loin une fois que l’on est arrivé au sommet de son art? Comment dépasser sa propre exigence (intellectuelle, artistique)? C’est une idée que je retiens et que j’aime beaucoup, cette volonté de se retirer une fois que l’on a donné le meilleur de soi. Lynch est quand même revenu avec la suite de Twin Peaks dix ans plus tard.

Twixt de Francis Ford Coppola
Ce film de 2011 est le dernier en date de Coppola père. Un film réalisé pour exorciser la douleur face à la perte de son fils. Twixt est un rêve étrange et inquiet dans lequel les vampires viennent bousculer les vivants. La quiétude s’évapore avec l’âge. La magie du cinéma de Coppola se trouve dans son ton particulièrement libre et novateur. C’est un cinéma qui n’a pas d’âge ni d’époque. On ne le célèbrera jamais assez.

J’aurais voulu parler de There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, de Dogville de Lars Von Trier, et puis de films plus légers comme Jurassic Park de Steven Spielberg ou encore d’un film fou qui me hante et m’obsède depuis que je l’ai vu dans des conditions minables: Synecdoche New-York de Charlie Kaufman, le scénariste le plus total, ambitieux et élégant que je connaisse à ce jour. J’en parlerai lors d’un prochain chaos mondial, le temps est long et nous en réserve sûrement de meilleurs, je reste tranquille.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici