[VOX POPULI] «La série DeVs, c’est Matrix 2020 sans simili cuir mais pas moins déprimant»

Notre lecteur Sam Braustende a vu la série DeVs d’Alex Garland qu’il espérait quand même plus chaos que ça. Pour envoyer vos textes: redaction@chaosreign.fr

«Au moment de croquer dans de la SF/Anticipation, je suis sur le qui-vive. Deux futurs possibles: le vomi face à la mollesse du déjà-vu redondant ou l’émerveillement pur, noir ou blanc, je laisse le gris aux centristes progressistes accros à la 5G et au monde d’après.
Le confinement a eu son lot de cadavres futuristico-demeurés, l’immonde Westworld a fait partie des victimes. Oui, j’aurais dû arrêter à la fin de la saison 1 là où un semblant d’intelligence créative se faisait encore sentir plutôt que de me faire baiser par un bon vieux: «Eh ouais, les mecs, il y aussi un parc avec des Shoguns! Vous vous rendez compte???? Des putains de Shoguns! AVEC DES ARMURES ET KA TA NAAAAAAASSS, DES SHOGUUUUUUUNNNNSSS» Difficile de lutter contre la partie du cerveau qui aura quatorze ans jusqu’à la tombe, celle qui hure BAGARRE à tour d’uzi et de coup de pied retourné sauté dans la gueule.

Devs arrive donc sur un terrain miné jonché de cadavres de cowboys robots tueurs devenus aussi mongoliens que leur producteur. Le premier bon point est flagrant: huit épisodes et puis basta. Ras le fion des cliffhangers non maitrisés. Pas de rendez-vous pris pour 2021, ça tombe bien j’avais autre chose à foutre.

La série commence, générique. Je suis à nouveau fasciné par l’esbroufe visuelle entraperçue sur la bande annonce, la statue d’une petite fille géante trônant au milieu des sapins de Douglas et les locaux high tech d’Amaya, entreprise de la Silicon Valley, qui atteignent le climax dans un cube doré qui flotte électro magnétiquement. Un siège social plus attirant qu’une vulgaire tour Total de la Défense.
Et puis l’histoire s’installe. Pas déplaisante au fond. La fille Lily aime un type Sergeï employé comme elle par Amaya. Le type est promu dans la partie secrète de la boite, le cube dorée qui flotte électro magnétiquement, autrement appelé Devs, Il y fait ses débuts, mais surprise surprise en fait c’est un espion russe muni d’une montre appareil photo modèle Pierce Brosnanovic, il se fait gauler directos et finit sa première journée de taf comme tout un chacun, étouffé dans un sac plastique par des gros bras sous le regard placide et barbu du C.E.O Nick Offerman.
Fausse vidéo de surveillance à l’appui, le meurtre essaiera de se faire passer pour suicide. Mais Lily n’est pas dupe et tentera de mener l’enquête pour faire éclater la vérité.

Rien de nouveau sous les tropiques en somme. Mais l’intérêt de Devs ne réside pas dans son intrigue entre ses personnages tech plus ultra, haïssables, hagards, sans surprise mais non moins attachants. Devs nous pose la question du libre arbitre et de la possible omniscience de l’intelligence artificielle. Parce que Devs c’est pas n’importe quoi, c’est un putain de logiciel capable de montrer le passé et le futur, le cul bien posé sur un fauteuil en velours rouge. Chaque être vivant suit une ligne droite pré-établie. Pas de bol pour les anti-messies, une religion sort victorieuse. Tout est écrit, les cocos. Le pouvoir de décision n’est qu’une invention, dans ton cul le free will. La science de la technologie siglée Silicon Valley fait un gros fuck à chaque humain en le regardant droit dans les yeux. Pendant 7 épisodes j’essaye de me la jouer plus malin que je ne suis et tente d’anticiper le final, l’épisode 8. Ma théorie est simple, et me paraît être la grande gagnante. Lily ne va pas suivre le chemin tout tracé par la machine et me fera conclure la série par un «ouais bof». Et dans ce dernier épisode, c’est exactement ce qu’elle fait.

Et pourtant, la tension spectatrice règne en maitre. L’enchainement de twists (dont mon préféré reste de loin, la private joke du V romain) permet le coup de poignet scénaristique, le va-et-vient d’une respiration haletante 2.0 où l’on s’attend à tout sauf à ce que l’on nous donne à voir sous la houlette d’un gros monsieur employé de Deus citant Shakespeare comme l’oiseau de mauvaise augure qu’il est. «La vie est un conte dit par un idiot, plein de bruit et de fureur et qui ne signifie rien baby» aurait-il pu hurler à la face de Lily.
Et tout se conclut par un nouveau départ sans relief, un recommencement au début de l’intrigue, une deuxième chance d’être heureux en vivant dans une machine. Matrix 2020 sans simili cuir mais pas moins déprimant.»

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