Notre lecteur Julien Homère veut sauver le soldat Doug Liman qui, selon lui, faisait partie de ces jeunes réals prometteurs du Hollywood des nineties, au fort potentiel chaos. Revoir son Go en est la preuve la plus probante. Envoyez vos textes: redaction@chaosreign.fr

Au premier abord, Doug Liman n’a pas grand chose à voir avec le chaos. Son seul film chroniqué ici est le passable American Made et le bonhomme se cantonne ces dernières années aux blockbusters efficaces (La Mémoire dans la peau, Edge of Tomorrow) mais souvent sans âme (Jumper). Mais il existait une époque où Doug était un de ces jeunes réals prometteurs du Hollywood des nineties. Un temps où il ne détonnait pas aux côtés de Paul Thomas Anderson, Quentin Tarantino, Wes Anderson, Steven Soderbergh ou Sofia Coppola. La fameuse époque où Harvey Weinstein était «un faiseur de roi». Bref, le bougre avait un avenir tout tracé dans les festivals du monde entier avec son premier succès indé Swingers, film culte made in Miramax façon Clerks de Kevin Smith. Que s’est-il passé? Comment Jason Bourne nous a fait perdre un petit réal efficace? Elément de réponse avec son troisième long, Go.

Enfant bâtard de Pulp Fiction, le récit suit la folle nuit d’une tripotée de jeunes fans de raves, cauchemars des électeurs LREM: une caissière en hess de thunes bientôt virée de son appart, un flic amateur d’échangisme, deux acteurs gays d’une série câblée devenus ses indics pour démanteler un trafic d’ecstas et une bande de potes en very bad trip à Las Vegas. Tout ce beau monde va s’entrecroiser dans un scénario non-linéaire où chaque perso aura son moment de gloire. On retrouve à ce titre un cameo cool de Melissa McCarty, les kawaii Katie Holmes et Timothy Olyphant en début de carrière, ainsi que la sous-exploitée Sarah Polley qui crève l’écran dans chaque scène. Un casting venant du ciné d’auteur comme des sitcoms qui porte le film par son énergie tongue-in-cheek. À presque 35 ans, Doug Liman témoignait d’une grande maitrise dans ses thématiques visuelles et narratives de son teenage After Hours. Cadrages malins, production design inspirée, mouvements de cams soyeux, lumières contrastées signifiantes, montage dynamique, Liman s’amuse avec son matériau de base, écrit par John August qui bossera par la suite sur plusieurs Tim Burton. Niveau script, l’influence de Tarantino se ressent dans le style des dialogues à rallonge, triviaux et bourrés de pop culture. Il s’agit là d’une des limites de Go, piégé un peu dans son esthétique fin-années-90.

Culte aux Etats-Unis, le film n’a pas réussi à traverser l’Atlantique pour conquérir un public européen. Soulignons aussi que le postmoderne était à la mode début 2000 et que le créneau semblait déjà saturé dans le ton comédie noire/thriller. Produit de son temps un tantinet vieilli, Go arriva peut-être trop tard pour s’imposer dans l’imaginaire collectif. Sa musique techno datée rappelle un peu trop Human Traffic, ses gangsters maladroits les Guy Ritchie ou Reservoir Dogs, le film choral Hard Eight et sa jeunesse perdue a déjà été bien brossée sur Trainspotting. Tels des chats qui retombent sur leurs pattes, les protagonistes ont tous droit à un happy ending à double tranchant pour le spectateur: d’un côté, ce trope d’écriture semble un peu convenu et de l’autre, il appuie comme il faut l’absurdité comique de l’ensemble. Du genre «quoiqu’il arrive et quelque soit le kilotonne de merdes qu’on se trimballe au-dessus de nos têtes, on va s’en sortir». Reste une scène de cul gonzo très drôle, un mec shooté qui parle à un félin et une course ma foi fort sympathique sur du Steppenwolf. Une œuvre au final attachante, pas exempte de défauts mais honnête, généreuse et qui mérite de faire le tour des ciné-clubs de l’Hexagone.

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