Notre lecteur Alexandre Bahloul déclare sa flamme au Couteau dans le cœur de Yann Gonzalez. Envoyez vos coups de coeur, coups de gueule, critiques, annonces, déclarations… à redaction@chaosreign.fr

J’ai vu ce film à un moment de ma vie qui n’était pas forcément le meilleur, à cause d’une histoire disons «relationnelle», un été. Une séance, un soir, au cinéma Galande, petite salle, après avoir été attiré par la bande annonce qui utilisait du M83. A part les avis – négatifs – de quelques youtubers critiques cinéma sur twitter le soir de la projection cannoise, je partais réellement les yeux fermés. Nous étions trois dans la salle, il n’y avait personne devant moi…
Kitchissime, creux, insupportable, le film de Yann Gonzalez s’en est pris des critiques négatives. On reprocha le jeu d’acteur dit faux ou irréaliste de Vanessa Paradis, le contexte porno gay «forcé» selon certains ou sur le sur-plus de maniérisme emprunté aux films d’horreurs des 70’s (Argento, De Palma, Carpenter) pour anéantir ce geste de cinéma, victime d’un sérieux malentendu…
Le film m’a emporté.
La lettre, la bande d’amis, le pique-nique, la pellicule, le cinéma de quartier. Ce monde nocturne et libre, où les genres, les styles, les sexualités se croisent. Cet amour absolu, à l’encontre du bon sens… Et enfin cette scène post-générique, inattendue, sur cette musique magnifique. Un tournage en arrière-plan à la lumière éblouissante prenant une tournure étonnante: l’apparition du personnage mort, faisant se briser la musique qui finit par résister, comme un hurlement d’amour déchirant l’espace, lors d’un baiser rêvé, impossible mais fantasmé.
Puis d’un coup le silence, l’obscurité, les sourires…
J’étais bien le seul à rester jusqu’à la fin des crédits, à écouter le souffle de la musique.
Yann Gonzalez est un amoureux du cinéma, de la fiction, de ses films, de ses personnages. Depuis que Michael Haneke a brisé le 4eme mur et remis en cause la représentation des actes au cinéma avec Funny Games, et même époque, depuis que Tarantino a investi le post modernisme et le pastiche dans pratiquement tous ses films, le cinéma contemporain a comme principal envie de se réapproprier, de déjouer et de violenter le cinéma du passé, démarche miroir d’un monde où tout doit être expliqué par tous les moyens et où nous connaissons le passé comme notre propre poche. Avec Un couteau dans le coeur, Yann Gonzalez propose pourtant l’inverse total. Dans cette univers onirique où un ornithologue a une main de reptile, où les corbeaux ramènent à la vie les amoureux déchus, et où un couple peut accueillir un monstre dans leurs ébats, le jeu de Vanessa Paradis, en aucun cas dans une démarche réaliste, s’inscrit parfaitement dans le tout, en aucun cas «pédant» ou «bling-bling». Suffit de se laisser porter: le film est une bulle de passion sincère, autant emplie de meurtres sanglants et de violence que d’émotion et d’innocence.
Je revis le film quelques mois plus tard, quand j’allais un peu mieux, sur un écran bien plus grand. Ma réaction au film fut plus terre-à-terre, critique, analytique, beaucoup moins émotionnelle et instinctive. Et pourtant, l’émotion qui m’anima lors de mon premier visionnage n’a toujours pas disparu. J’en garderai un souvenir fort: Un couteau dans le cœur, c’est un peu ça que j’ai ressenti…

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