Notre lecteur Lucas Demerdjibachian conseille de découvrir au plus vite l’animé Beastars de Shin’ichi Matsumi. Pour envoyer vos tops, lettres, critiques etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

Salut le Chaos,

Je l’ai pas vu passer sur votre page, donc si vous n’avez pas encore maté Beastars, il faut absolument que vous y jetiez un œil.

C’est un animé adapté du manga du même nom de Paru Itagaki, sorti sur Netflix en 2019 sans tambours ni trompettes. On en entend très peu parler et c’est bien dommage.

De très loin, c’est une sorte de Zootopia pour adultes. Le lieu principal de l’action est un internat luxueux – façon Les Roches – où étudient des animaux anthropomorphes de toutes espèces, et mettant un point d’honneur à faire vivre en harmonie prédateurs et proies, carnivores et herbivores. Tous partagent les mêmes dortoirs, les petits rongeurs ont de minuscule portes à disposition pour entrer en classe, et les menus pour carnivores de la cantine servent des steaks de soja.

Mais les tensions sous-jacentes entre espèces sont bien là – la série commence par le meurtre non élucidé d’un élève Alpaga du club de théâtre, qui vient raviver les divisions entre les étudiants. Les herbivores sont frustrés d’être considérés comme des faibles et sont en parano permanente de se faire dévorer, tandis que les carnivores sont vus comme une bande de sauvages guidés par leurs instincts carnassiers.

Le personnage principal, Legoshi, fait partie du club. C’est un loup qui cristallise ces tensions sociétales internes et externes: son apparence effraye tout le monde, mais il est taciturne, gênant, puceau et trimballe voûté sa carcasse trop grande pour lui avec l’air de s’excuser d’exister.

Le président du club et la coqueluche du lycée est lui un herbivore: un cerf hyperconfiant, ultracharismatique et talentueux qui avec sa position d’herbivore dominant est l’antipode de Legoshi. Il développe une fascination pour Legoshi, que la nature a doté de tout ce qu’il désire.

Au milieu d’eux il y a Haru, une minuscule lapine naine d’une grande intelligence, qui n’a pas vraiment d’amis mais couche avec tous les mecs du lycée et en est d’autant plus marginalisée.

Une nuit, alors qu’Haru rentre a son dortoir, Legoshi est pris d’une pulsion irrésistible de carnivore et se jette sur Haru, prêt à la bouffer. Haru ne voit pas son visage, et Legoshi maintient cette étreinte avant de partir en courant. Il la recroise pour les besoins du club le lendemain, et elle est persuadée que c’est encore un mec qui vient juste profiter de sa réputation de fille facile et prend les choses en main. Legoshi, effrayé, s’enfuit encore une fois en courant cette fois pour échapper à l’étreinte de Haru. À partir de ce moment, il n’arrive à ôter Haru de son esprit.

C’est l’un des arcs principaux de Beastars: Legoshi est irresistriblement attiré par Haru et est incapable de comprendre si ce désir correspond à un besoin primal d’un loup voulant manger un lapin ou à de l’amour.

Le show est une collection de métaphores de sociétés. À travers le triangle Legoshi – Haru – Louis et l’univers anthropomorphe créé par Itagaki, Beastars parle de racisme, de rapports de domination, d’amour, de sexe, de viol, de drogues (on découvre l’existence d’un marché noir en ville où les carnivores peuvent manger les doigts d’herbivores consentant pour 70000 yen pièce) utilisant avec brio l’analogie animale sans jamais tomber dans le simplisme manichéen, et racontant dans le process l’une des plus belles histoires d’amour impossibles vues depuis de nombreuses années.

Et le générique en stop-motion – qui résume parfaitement en une minute la relation entre Haru et Legoshi – est un banger absolu.

C’est sur Netflix, pas d’excuses.

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