[VITE VUS 🔴] La série “Squid Game” de Hwang Dong-hyuk

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Séance de rattrapage pour la série-phénomène Squid Game de Hwang Dong-hyuk.

Comment ça, vous n’avez pas entendu parler de Squid Game (★★★)? Mais siiii, cette série en neuf épisodes diffusée depuis mi-septembre sur Netflix où des personnages issus des franges les plus marginalisées de Corée du Sud, dont un migrant indien et un transfuge nord-coréen, participent à des jeux d’enfants traditionnels afin de remporter 45,6 milliards de won (33 millions d’euros) et, règle du jeu oblige, les perdants sont tués. Squid Game rencontre un tel succès sur la plateforme au plan international qu’elle est en passe de devenir la série la plus populaire de l’histoire du géant du streaming et d’être la nouvelle référence culte chez les ados du monde entier. A tel point que le business suit, y compris dans l’Hexagone: pop-up store dédié à la série à Paname, tenues rouges complètes des gardiens et les survêtements verts des participants directement achetables sur le site de Netflix (idéal pour Halloween), baskets blanches des malheureux joueurs de la série en vente… Loin de nous l’idée de jeter la pierre aux garçons et aux filles de cet âge (qui n’a pas acheté sa tenue et son masque de Scream dans les années 90?), mais ce phénomène, rapidement détourné en meme sur les réseaux sociaux, a au moins le bon mérite de mettre en lumière l’influence croissante de la Corée du Sud sur la scène culturelle mondiale.

A son sujet, on parle beaucoup de K-Pop à son sujet (oui, bon, pourquoi pas…) mais il n’est pas si idiot de faire un parallèle avec Parasite de Bong Joon Ho qui, rappelons-le quand même à Caro et ses potes, a glané la Palme d’or à Cannes et s’est avéré le premier film en langue autre que l’anglais à remporter l’Oscar du meilleur film – comment ça, ils s’en foutent? Les thèmes de fond sont communs (c’est la luuuuuttttteeeeuuuhhh des classes) et la série, comme le film de BJH, le font avec une vraie modernité dans la forme. Dans la série, c’est conçu avec une telle efficacité (le projet date d’il y a dix ans et a été murement réfléchi par Hwang Dong-hyuk) qu’on s’attache assez rapidement à ce personnage de papa chômeur (Jung Jae-Lee) divorcé et père d’une petite fille, entretenu par maman, qui brûle sa vie par tous les bouts. Enrôlé par un VRP qui sait-tout-de-lui, il se réveille dans un immense dortoir avec 455 autres candidates et candidats criblés de dettes, tous vêtus du même costume vert numéroté. La nouveauté sur laquelle joue la série, c’est l’ambivalence face à ce jeu pervers: les participants s’avèrent rapidement amenés à renouveler leur assentiment à participer à ce macabre jeu de survie et, surprise, ils préfèrent risquer la mort plutôt que de retourner à leur misère d’avant.

Sortons les gros sabots des messages clignotants dans nos produits de consommations: il s’agit bel et bien là d’une vision dystopique d’une société polarisée dans une production mixant allégorie sociale et ultra-violence, proposant d’ailleurs des références claires à plusieurs traumatismes collectifs qui ont modelé la psyché de la Corée du Sud d’aujourd’hui, comme la crise financière asiatique de 1997 ou les licenciements de Ssangyong Motor en 2009, deux événements qui ont mené à des suicides. Mais au-delà des idiosyncrasies, ça touche assez facilement tout le monde, pour peu qu’on ferme les yeux sur les lourdeurs scénaristiques, que l’on passe les références un peu voyantes (de l’évidente – La casa de Papel, pour les costumes des mystérieux maîtres des jeux – à la moins – As The Gods Will de Takashi Miike qui joue dans la même cour de récré impitoyable) et, surtout, que l’on soit client du séminal Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000). Et si la juxtaposition des passe-temps enfantins et leur conséquence fatale peut sembler facile, la production léchée et la scénographie inventive donnent lieu à des scènes réellement impressionnantes comme la première, la fameuse partie de “1, 2, 3 Soleil”, dont tout le monde parle à raison avec cette gigantesque poupée-robot au regard-fusil au strabisme flippant. Preuve que, derrière le phénomène de mode en apparence superficiel et volatil, on n’est pas là pour déconner mais pour s’inscrire durablement dans les esprits et non moins durablement dans l’époque.

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