[VITE VUS 🔴] “House of Gucci” de Ridley Scott, “Red Notice” de Rawson Marshall Thurber & “Les magnétiques” de Vincent Maël Cardona

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Séances de rattrapage pour House of Gucci de Ridley Scott, Les magnétiques de Vincent Maël Cardona, tous deux au cinéma, et Red Notice de Rawson Marshall Thurber, sur Netflix.

Gérard a vu House of Gucci (★), dernier en date des films de Ridley Scott, qui dure 2H37 et on ne voit pas le temps passer. C’est la plus évidente qualité d’un film qui paradoxalement, laisse indifférent avec une ampleur qui donne un aperçu de l’absolu. Il est probable que le livre dont il est adapté avait pour objectif de révéler sous un vernis luxueux une saga familiale remplie de trahisons et de coups fourrés propres à émouvoir, révolter, fasciner. Las, le résultat à l’écran n’est qu’un suite remarquablement linéaire de faits: Patrizia Reggiani (Lady Gaga) séduit Maurizio, le fils Gucci un peu sérieux qui voulait devenir avocat. Son père (Jeremy Irons) le met en garde contre celle qu’il voit comme une opportuniste. Maurizio renonce à son héritage et épouse Patrizia. Aldo, l’oncle new yorkais (Al Pacino) invite les nouveaux mariés à New York et tombe sous le charme. Patrizia tombe est enceinte. Le père se réconcilie. A sa mort, Patrizia manipule son mari pour qu’il prenne le contrôle de l’entreprise, à commencer par la part du cousin déficient. Et ainsi de suite. Le script est un bout-à-bout qui met en lumière la logique de l’ambition et de la trahison, mais il ne fait rien pour donner du relief, amplifier les contrastes, accentuer les turbulences, donner un peu de vie.

Par moments, on pense à ce que Scorsese aurait fait de certaines scènes, en y ajoutant de la démence, de l’ivresse, de la fureur. Ici, calme plat. Tout est retenu dans une sorte de bienséance artificielle, chic et consensuelle, au diapason de la bande-son, une compilation de musique de riches des années 70 à nos jours. C’est comme si Scott comptait sur sa distribution impressionnante pour apporter un peu d’émotion et d’imprévu. Et le premier tiers du film donne cette illusion: on prend un certain plaisir à voir Al Pacino cabotiner, ou Jeremy irons qui s’est fait la tête de Boris Karloff. Et Lady Gaga est parfaite dans le rôle d’une arriviste. Mais plusieurs problèmes viennent gâcher la fête. Le premier, c’est que pour une raison incompréhensible, quelqu’un a trouvé approprié de demander aux acteurs (tous anglophones) de parler avec l’accent italien. Seul Pacino ne le fait pas, probablement parce que son personnage est new yorkais, mais tous les autres, y compris Adam Driver, sont entravés par cette contrainte absurde. Une autre funeste décision est d’avoir demandé (ou permis) à Jared Leto de se couvrir d’un maquillage ridicule pour incarner le fils débile de Pacino. L’effet est complètement raté, au détriment du film entier. Dans un orchestre, quand un instrument joue faux, trop fort ou à contretemps, c’est tout le morceau dans son ensemble qui est compromis. Mais Scott n’avait peut-être pas envie de refaire un film entier en changeant d’acteur, comme pour Tout l’argent du monde.

Jérémie a rattrapé quant à lui Les magnétiques de Vincent Maël Cardona (★★), également au cinéma. Précédé d’un petit buzz feutré, ce petit film pense à tout sauf à traiter de son sujet, qu’il enjambe pour le sacrifier sur l’autel d’une vague coquetterie vintage. Son héros envoyé contre son gré au service militaire (because années Mitterrand) est en effet un as du son, nous renvoyant à une époque où le sonore était matière tactile (cassettes qu’on tourne et retourne, bandes qu’on étire et rafistole, boîtiers qu’on décore, ondes qu’on triture). Tout ce que le film approche (les manip sonores, le boom des radios libres, le Berlin-Est Punk, le passage d’une décennie à une autre), il l’abandonne au profit d’un triangle amoureux tremblotant, à peine soutenu par un scénario tendance gruyère. Mais on peut se rassurer sur son élégance visuelle et sa direction d’acteurs, où se bousculent de nouvelles têtes très inspirantes.

Sinon, Sina s’est cogné Red Notice (★) sur Netflix. The Rock joue un profileur du FBI, Ryan Reynolds un voleur à la sauvette et Gal Gadot, une matonne de haut vol. Leur objectif commun est de s’assurer la gloire. Ils sont drôles, et ont du répondant. Les fans de ces acteurs aimeront, les autres, passeront leur chemin. Cette histoire de course-poursuite aux quatre coins du globe sur la piste d’un Å“uf doré grâce auquel on peut s’assurer la fortune, génère plus d’ennui que de plaisir. Effet d’usure? Trop easy ou trop rouges, nos héros (Dwayne Johnson et Ryan Reynolds) n’ont pourtant pas peur de perdre le cap. Le petit couple improvisé risque constamment sa vie. Et à force de rester fidèles à leurs rêves d’ados, on pourrait croire qu’ils vont finir par aller quelque part. Ils passent d’un continent à l’autre, avec à chaque étape, son lot de casses mâtinées d’action. Et pour chaque action, un retournement de situation. Il y a un plaisir pris à les regarder se frotter à plus gros qu’eux, car le comique de situation est évident, mais il faut tout de même avouer que la finalité de Red Notice est pauvre. Pour film d’action et d’aventure où les héros voyagent, on n’a pas l’impression qu’ils ont quitté une seule fois leurs studios. Fonds verts, effets spéciaux ridicules, faux accents, tout y est. En l’état, les effets accentuent juste l’idée de mise en boîte, vite fait mal fait, par une équipe avide de se faire la malle. Point positif? L’apport d’une légèreté et d’une distanciation appréciable de la part de Gal Gadot, qu’on aimerait bien voir un jour dans un bon film (G.D., J.M. & S.R.)

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