«Violation» de Madeleine Sims-Fewer & Dusty Mancinelli, film d’horreur à problèmes

0
338

Disponible sur la plateforme Shadowz pour Halloween, le film d’horreur Violation, présenté au BIFFF et au LUFF, pose plus de problèmes qu’il ne donne de solutions.

Illustration littérale de l’injonction «balance ton porc», Violation de Madeleine Sims-Fewer & Dusty Mancinelli est un film punitif, manipulateur, volontairement confus et d’une misanthropie caricaturale. Comme le titre l’indique, le sujet est le viol. Une femme au bord de la rupture se rend avec son futur-ex à l’invitation de sa sœur dans la maison de campagne que celle-ci partage avec son mari. Au cours d’une soirée au coin du feu, la fille couche avec le mari de sa sœur et les choses se compliquent, parce que les réalisateurs mélangent le passé, le présent et l’avenir dans un montage délibérément fragmentaire et imprécis. Jusqu’au moment où la femme piège le mari, le tue, le découpe et disperse les morceaux aux quatre coins du pays. C’est donc un rape and revenge, sauf que le viol n’est pas clairement avéré. La fille finit par s’en persuader, mais est-ce une raison suffisante pour exécuter sa victime de cette façon?

Il y a plusieurs raisons d’être gêné. La première, c’est la posture hitchcockienne qui illustre la douleur et la difficulté de tuer un homme. Ici, la prétendue douleur ne fait que reproduire la vieille excuse autoritaire et sadique de celui (ou celle) qui administre une punition à un enfant en lui disant «ça me fait aussi mal qu’à toi». La seconde est liée au réalisme des scènes. Au début, l’homme est attaché sur une chaise et déshabillé. Comme il croit que c’est un jeu, il est excité et l’acteur a une forte érection, manifestement pas simulée. Plus tard, quand il est suspendu à un treuil, la fille lui tranche la carotide et l’actrice vomit deux fois de suite, d’une manière qui exclut tout trucage. Généralement, le cinéma est l’art de l’illusion, mais il est aussi soumis à des lois, et quand on veut représenter une érection tout en évitant un classement X, on fait appel à un spécialiste qui fabrique une prothèse, comme Jean-Christophe Spadaccini pour Denis Lavant dans Holy Motors. Pareil pour le vomi, les techniques de simulation ne manquent pas. Ici, la trique plus la gerbe non simulées font se demander si le reste est vrai aussi: la strangulation, puis la saignée, et le découpage d’une jambe en direct. Pour explicites qu’elles soient, ces images ne doivent pas éclipser le fait que Violation se résume à une ambiguïté fondamentale et gênante: folle ou victime? Le film ne le dit pas. Si un film mérite d’être débattu, c’est bien celui-ci. G.D.

Violation de Madeleine Sims-Fewer et Dusty Mancinelli, disponible pour Halloween sur Shadowz.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici