Jake Gyllenhaal de nouveau sous la houlette de Dan Gilroy (Nightcall) dans une satire horrifique inoffensive mais pas déplaisante.

PAR GUILLAUME CAMMARATA

Après une première incursion dans le milieu journalistique glauque en perpĂ©tuel quĂŞte de buzz dans Nightcall, dĂ©jĂ  avec Jake Gyllenhaal dans le rĂ´le principal, Dan Gilroy s’en va explorer le monde de l’art avec le regard accusateur et le ton sarcastique qu’on lui connaĂ®t. Pour cela, il troque l’ambiance thriller et humour noir de son premier essai pour la comĂ©die horrifique et intello. Le rĂ©sultat mi-figue mi-raisin n’est pas la satire Chaos tant espĂ©rĂ©e mais mĂ©rite tout de mĂŞme de s’y pencher plus en dĂ©tails. Disons tout d’abord qu’il y a deux films dans Velvet Buzzsaw: une comĂ©die acerbe sur le milieu de l’art contemporain; un mauvais film d’horreur. LĂ  oĂą Dan Gilroy voit juste, c’est dans la description qu’il donne sur un milieu devenu un microcosme dĂ©diĂ© au profit et tenu par des Anna Wintour de galerie – profit le plus souvent rĂ©alisĂ© sur le dos de riches collectionneurs incultes et influençables. Et tout ça bien sĂ»r, au dĂ©triment des artistes qui aimeraient qu’on les apprĂ©cie Ă  leur juste valeur.

Bien que ce que nous voyons prête souvent à rire, le film n’est pas une parodie sur le monde de l’art pour autant. Il suffit de fréquenter quelques galeries Parisiennes ou de se rendre à la FIAC pour se rendre compte que les traits sont à peine grossis. C’est dans cette atmosphère «m’as-tu vu» sponsorisée par Apple (placement de produit plus visible tu meurs) qu’évoluent nos principaux protagonistes. Tous excellents (le caméléon Jack Gyllenhaal et Toni Collette en tête), nos vampires avides de fric et d’œuvres novatrices vont se retrouver à dealer avec un macchabé qui a pris possession de ses toiles et qui s’apprête à faire payer tous ceux qui n’ont pas voulu respecter l’anonymat dans lequel il voulait rester. Et c’est là que les choses se gâtent.

Le réalisateur n’ayant, soit pas une grande estime pour le genre, soit un flagrant manque d’inspiration, il balaie toutes les scènes horrifiques d’un revers de la main. Cela est presque un drame en soi de ne pas exploiter les possibilités effrayantes de l’histoire (bien que celle-ci soit un peu clichée) et de ne pas oser aller beaucoup plus loin dans la représentation graphique de certaines scènes au fort potentiel gore. Du coup, les rares moments de frayeurs ressemblent à s’y méprendre à un épisode soft de Destination Finale. L’année commence donc en demi-teinte pour les longs métrages made in Netflix. Certes, Dan Gilroy remplit généreusement le premier bol avec un humour connasse du plus bel aloi, mais il oublie de verser dans le second. Préférant observer le monde qu’il ausculte plutôt que de véritablement le chambouler.

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