[VELVET BUZZSAW] Jake Gyllenhaal critique d’art pour Netflix

Jake Gyllenhaal de nouveau sous la houlette de Dan Gilroy (Nightcall) dans une satire horrifique inoffensive mais pas déplaisante.

PAR GUILLAUME CAMMARATA

AprĂšs une premiĂšre incursion dans le milieu journalistique glauque en perpĂ©tuel quĂȘte de buzz dans Nightcall, dĂ©jĂ  avec Jake Gyllenhaal dans le rĂŽle principal, Dan Gilroy s’en va explorer le monde de l’art avec le regard accusateur et le ton sarcastique qu’on lui connaĂźt. Pour cela, il troque l’ambiance thriller et humour noir de son premier essai pour la comĂ©die horrifique et intello. Le rĂ©sultat mi-figue mi-raisin n’est pas la satire Chaos tant espĂ©rĂ©e mais mĂ©rite tout de mĂȘme de s’y pencher plus en dĂ©tails. Disons tout d’abord qu’il y a deux films dans Velvet Buzzsaw: une comĂ©die acerbe sur le milieu de l’art contemporain; un mauvais film d’horreur. LĂ  oĂč Dan Gilroy voit juste, c’est dans la description qu’il donne sur un milieu devenu un microcosme dĂ©diĂ© au profit et tenu par des Anna Wintour de galerie – profit le plus souvent rĂ©alisĂ© sur le dos de riches collectionneurs incultes et influençables. Et tout ça bien sĂ»r, au dĂ©triment des artistes qui aimeraient qu’on les apprĂ©cie Ă  leur juste valeur.

Bien que ce que nous voyons prĂȘte souvent Ă  rire, le film n’est pas une parodie sur le monde de l’art pour autant. Il suffit de frĂ©quenter quelques galeries Parisiennes ou de se rendre Ă  la FIAC pour se rendre compte que les traits sont Ă  peine grossis. C’est dans cette atmosphĂšre «m’as-tu vu» sponsorisĂ©e par Apple (placement de produit plus visible tu meurs) qu’évoluent nos principaux protagonistes. Tous excellents (le camĂ©lĂ©on Jack Gyllenhaal et Toni Collette en tĂȘte), nos vampires avides de fric et d’Ɠuvres novatrices vont se retrouver Ă  dealer avec un macchabĂ© qui a pris possession de ses toiles et qui s’apprĂȘte Ă  faire payer tous ceux qui n’ont pas voulu respecter l’anonymat dans lequel il voulait rester. Et c’est lĂ  que les choses se gĂątent.

Le rĂ©alisateur n’ayant, soit pas une grande estime pour le genre, soit un flagrant manque d’inspiration, il balaie toutes les scĂšnes horrifiques d’un revers de la main. Cela est presque un drame en soi de ne pas exploiter les possibilitĂ©s effrayantes de l’histoire (bien que celle-ci soit un peu clichĂ©e) et de ne pas oser aller beaucoup plus loin dans la reprĂ©sentation graphique de certaines scĂšnes au fort potentiel gore. Du coup, les rares moments de frayeurs ressemblent Ă  s’y mĂ©prendre Ă  un Ă©pisode soft de Destination Finale. L’annĂ©e commence donc en demi-teinte pour les longs mĂ©trages made in Netflix. Certes, Dan Gilroy remplit gĂ©nĂ©reusement le premier bol avec un humour connasse du plus bel aloi, mais il oublie de verser dans le second. PrĂ©fĂ©rant observer le monde qu’il ausculte plutĂŽt que de vĂ©ritablement le chambouler.

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