Jess Franco est un sacré coquin. Réalisé en 1970, son Vampyros Lesbos est avant tout connu grâce à son titre excitant qui évoque un plaisir coupable des temps anciens et qui vend assez vaguement le contenu du film, entre touche pipi, symbolisme d’arrière-guerre et vampirisme sous les sunlights. Reste le plaisir des yeux (des scènes assez troublantes) et des oreilles (une bande-son miraculeuse).

PAR PAIMON FOX

Soyons clairs : Vampyros Lesbos n’est pas le chef-d’œuvre de Jess Franco. Juste une curiosité dans sa filmographie, véritable boîte de Pandore érotique, concoctée en premier lieu pour se rincer l’œil. A dire vrai, peu de choses se retiennent d’un tel film, tout s’y échappe et s’y évanouit en une multitude de visions déconnectées de tout enjeu dramatique. L’histoire ? Linda fait des rêves bizarres, très bizarres. Elle rêve de cabarets, de spectacles érotiques, de femmes qui succombent à des tentations saphiques. Et si elle avait inconsciemment envie d’avoir une relation sexuelle avec une autre femme ? Hum, possible. Alors, coupable, elle raconte tout à un psy qui dessine pendant qu’elle parle et lui suggère de se laisser aller, de concrétiser ses fantasmes et de changer d’amant au passage.

Bonne idée : la miss doit partir sur une île pour interviewer une comtesse endeuillée (Soledad Miranda, une habituée de la maison Franco) qui a le feu au cul et les dents pointues. Là-bas, les deux femmes se lient d’une amitié trouble, se fondent dans le mood «Flower power» entre baignade à la plage et secrets d’alcôve. Et si Nadine avait envie de mordre Linda ? Et si Linda n’attendait que ça ? Mystère en suspension. Pendant que la tension érotique est à son paroxysme, Jess Franco égrène des plans incongrus sur des bébêtes, un papillon, un scorpion mais aussi un cerf-volant (!) et se donne un petit cameo en assassin. Cool.

Pas vraiment d’intrigue à proprement parler; juste une caméra voyeuse, complice d’un plan à trois impossible ; des échanges de regards langoureux et des nanas qui se déshabillent avant de se rhabiller pour mieux se déshabiller à nouveau. La métaphore vampirique, les élans de possession, la comtesse veuve de Dracula et un Van Helsing du pauvre sont des indices pour nous faire piger que Jess Franco a essayé de réaliser le pendant lesbien du Dracula, de Bram Stoker, et de bouleverser les codes du genre en envoyant chier l’ambiance froide et cadavérique des films de vampires pour une ambiance bandulatoire et solaire, décontractée et brûlante. Sauf qu’il a fumé quelque chose qu’on aimerait bien essayer à notre tour. Les séquences s’enchaînent de manière aléatoire, mais c’est le principe du film entre rêve et réalité. Vampyros Lesbos bénéficie d’une atmosphère rougeoyante, hantée par quelques restes de Mario Bava, où sang et sexe n’en sont qu’aux préliminaires.

Pape du cinéma d’exploitation, habitué à un style gothique empreint de féerie macabre, Jess Franco avait manifestement en tête de réaliser un film érotico-horrifique dans les règles de l’art. Pour cela, il abuse de zooms (sa marque de fabrique), surcharge de dialogues oiseux les séquences les plus creuses… et c’est précisément cet art des dérapages fabuleux qui rend son film assez fascinant. Encore une fois, peu importe le style, pourvu qu’on ait l’ivresse! Il reste d’un tel objet un souvenir scintillant, une persistance diffuse, comme la trace d’un songe lointain et jamais vraiment éteint. A part ça? Vampyros Lesbos doit beaucoup à sa sublime bande-son fuzz-sexy, psychédélique et groovy (l’une des meilleures du genre, avec celle signée par Nico Fidenco pour Emanuelle et les derniers cannibales, de Joe d’Amato) composée par Manfred Hübler et Sigi Schwab. A tel point que la bande-son est devenue presque plus culte et incontournable que le film lui-même.

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