Rien d’anodin chez Big John, persuadé que les vampires n’étaient que des représentations du mal humain. Et qui, dans ce double hommage à Bram Stoker et Sam Peckinpah, faisait génialement mordre la poussière.

PAR ROMAIN LE VERN

Jack Crow (James Woods) et son équipe de mercenaires, mandatés et financés par l’Église romaine apostolique, chassent les vampires au Nouveau-Mexique. Le plus ancien de tous, le dénommé Valek, maquillé comme dans une soirée batcave, est tellement avide de surpuissance qu’il compte bien dominer le monde et ne pas se laisser faire par cette horde sauvage. Une prostituée mordue va permettre à Jack de le suivre à la trace…

Remontons le temps, tous ensemble. En 1998, John Carpenter signait avec Vampires son 16e long métrage. C’était mimi parce que cette nouvelle livraison débarquait en salles pile poil 20 ans après Halloween, la nuit des masques, soit son troisième long métrage après Dark Star (1974) et le mythique Assaut (1976). A l’époque, n’importe quel teenager avait plus envie de voir un nouveau film de John Carpenter au cinéma que de se fader par exemple Halloween, 20 ans après (Steve Miner, 1998), aka H20 : 20 ans plus tard comme on dit au Québec. On en sourit aujourd’hui mais à l’époque, tout le monde pensait Carpenter fini, out, malade après deux échecs fulgurants : le remake du Village des damnés (1995) et Los Angeles 2013 (1997) – Carpenter avouera plus tard que Kurt Russell, instigateur de cette fausse bonne idée de suite à New York 1997, était le seul à y croire. Au moins, Vampires rassurait tout le monde. Tout d’abord, pour le plaisir infectieux avec lequel Big John l’avait tourné. Ensuite, parce que le réalisateur de The Thing tendait au plus simple, respectant le postulat minimal (l’Église et ses Faust en commando, échappés de Mad Max, comme isolés de tout VS les vampires objets de fascination pourtant durement traqués). Enfin, parce qu’il était très énervé, faisant fi de tout ce qui pouvait parasiter le genre (le post-modernisme, le psychologisme, le sentimentalisme, le manichéisme, l’opportunisme, tout ça) et donc faisant la nique à un affreux talent de l’époque, Kevin Williamson, scénariste de Scream qui à la fin des années 90 avait tous les passe-droits pour faire n’importe quoi avec les codes du genre (revoyez son nazissime long métrage Mrs Tingle avec Helen Mirren en prof MÉCHANTE pour mesurer l’ampleur).

Ceux qui connaissaient par cœur le réalisateur du Prince des ténèbres savaient par ailleurs que Vampires avait plus une gueule de western qu’un goût de film d’horreur. Son deuxième film, Assaut, ressemblait à un mélange de Rio Bravo et de La Nuit des Morts Vivants. Vampires tenait de cette veine-là, permettant à John Carpenter de renouer avec son genre de prédilection (le thriller fantastique) tout en confirmant son goût pour une tradition classique incarnée par Howard Hawks, très précisément pour La Captive aux Yeux Clairs (1952) – Carpenter reprenait avec Vampires sa ligne claire (une princesse indienne utilisée comme alléchant piège par une expédition de trappeurs pour contrer les Indiens Pieds-Noirs). L’impulsion de ce film sur la soif de transgression ainsi que sa répression (céder ou ne pas céder à la tentation vampirique?) venait d’un roman de John Steakley évoquant au cinéaste un film de Kathryn Bigelow réalisé dix ans plus tôt: Aux Frontières de l’aube, formidable variation vampirique transposant le mythe du vampire à une époque contemporaine. En fait, avec sa très belle réalisation en Cinémascope, ce western crépusculaire lorgne ouvertement du côté de La Horde Sauvage (Sam Peckinpah) qui, en sous-texte, traduisait la Guerre du Vietnam et auquel Big John reprend le thème du chasseur chassé ainsi que cette idée aux antipodes du manichéisme inhérent au cinéma Hollywoodien qu’il n’existe pas les bons d’un côté et les mauvais de l’autre. Ici, les jours et les nuits se ressemblent, les héros n’existent plus, tout le monde a le teint livide. Aussi, quand il entendait « vampires », Carpenter ne l’entendait pas comme un divertissement classique emballé par un faiseur comme son ennemi de Steve Miner. Merci à lui de nous épargner l’imagerie folklorique, les clichés gothiques, les châteaux lugubres, ou le poussiéreux film en costumes. Merci à lui de penser avant tout au vertige, au sexe, au sang, aux pulsions, à la vie.

L’action de Vampires se déroulait dans un désert de l’ouest américain, les paysages désolés où se déroulaient naguère les grands westerns, lieu d’affrontements entre indiens et cowboys. Dans cet écrin de western, les vampires sortaient de terre lorsque le soleil se couchait et s’ils se consumaient au soleil, ils n’en restaient pas moins « réels ». C’est dire si Carpenter caressait son fantasme de western, de très près. Les pistoleros à la solde du Vatican, accompagnant notre Van Helsing, appartenaient en effet à une horde sauvage bien armée (arbalètes géantes, lances futuristes, treuils, poulies). Mais ce qui nous les rendait éminemment antipathiques, c’est qu’ils avaient la même patate que nos fonctionnaires à 16h30. En somme, ils nous semblaient au mieux superficiels, au pire vénaux, dans tous les cas bas-du-front. Nous, on préférait les vampires toniques et retors, épuisés d’avoir trop écouté toute la nuit The Cure et She Wants Revenge. Jack Crow, le chasseur, rappelait vraiment les héros de Invasion Los Angeles et Assaut. Voire Snake Plissken dans New York 1997. Voire même L’inspecteur Harry. Pour l’anecdote, les producteurs pensaient à Patrick Swayze pour l’incarner mais pour Carpenter, le gunfighter machiste reconverti en chasseur amateur de havanes, endurci par la vie, convenait mieux à un acteur comme James Woods. Good choice. De même, plaisir total de retrouver la Sheryl Lee de Twin Peaks et plaisir un peu moins de découvrir le fadasse Thomas Ian Griffith en Valek.

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