Sortie sur Netflix fin mars, la mini-série Unorthodox est peu à peu devenue le deuxième buzz made in confinement de la plateforme de streaming après Tiger King. Pas très convaincant, hélas.

Mini-série fictive allemande en quatre épisodes, Unorthodox, créée par Anna Winger et Alexa Karolinski, est une adaptation de l’autobiographie de Deborah Feldman – grand succès outre-Rhin et prochainement éditée en France – Unorthodox: The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots. Un enthousiasme général qui surprend d’autant plus que la série est en partie tournée en Yiddish.

Pour comprendre le succès de la série, il suffit de s’intéresser au récit hors du commun qu’elle met en scène. Unorthodox raconte la fuite d’Esther «Esty» Shapiro de la communauté juive ultra-orthodoxe du quartier de Williamsburg à New-York dans laquelle elle a été élevée. Bien que située au sein d’une des plus grandes métropoles du monde, cette communauté hassidique est refermée sur elle-même. Seuls les hommes ont le droit de travailler, tandis que les femmes sont assimilées à des poules pondeuses, assignées à résidence afin de s’occuper des enfants. Au cours de leur vie, chaque membre de la communauté doit observer un certain nombre de rites donnant l’impression qu’il vit comme un juif du XVIIIe siècle.

Lasse de cet univers opprimant, d’autant plus qu’en tant que femme elle doit renoncer Ă  son dĂ©sir de devenir musicienne – elle joue du piano en secret – et doit cacher toute trace de «fĂ©minitĂ© dĂ©placĂ©e» – comprendre qu’elle doit se raser la tĂŞte et cacher sa chevelure sous une perruque –, Esther dĂ©cide de quitter son «mari» et sa famille afin de rejoindre Berlin oĂą a Ă©lu domicile sa mère, elle aussi rescapĂ©e de la mĂŞme communautĂ©. En parallèle, son «mari» – les guillemets sont de rigueur car il est important de rappeler qu’il s’agit lĂ  d’un mariage arrangĂ© – part la retrouver Ă  Berlin, accompagnĂ© de son cousin, afin de la ramener «chez elle». Une fois en Allemagne, elle se confronte au monde rĂ©el, ses tentations, ses possibilitĂ©s, et finit par Ă©clore et s’épanouir en tant que femme et artiste (elle intègre un conservatoire prestigieux).

Ce récit initiatique est donc structuré en deux parties. D’une part, on suit la fuite d’Esther et ses premiers pas à Berlin; et, de l’autre, on découvre à travers des flashback son passé glaçant au sein de la communauté hassidique. Le choix d’une narration en ping-pong crée hélas un décalage qualitatif entre des séquences façon cinéma austère d’Europe de l’est et d’autres plus proches des standards des «Netflix originals». Si le chemin de croix d’Esther parmi les siens fascine, grâce notamment à Shira Haas, son interprète israélienne qui crève l’écran, les scènes berlinoises ont un goût désagréable de réchauffé, voire d’artificiel. En effet, il est délicat de gober l’adaptation éclair d’Esty, propulsée carrément dans un autre monde, ou encore son amourette avec un beau violoniste. Comparées au réalisme des rites ultra-orthodoxes, ces séquences ont des airs de visite à Disneyland. 

Finalement, Unorthodox ressemble davantage à une saga de l’été upgradée qu’au feuilleton choc qu’on essaie de nous vendre. Le seul parcours initiatique qui nous touche vraiment, car dénudé de toute impression factice, est celui de Yanky, le «mari» de Esther. Il est également montré comme la victime d’une communauté dont il est hélas encore attaché, certainement parce qu’en tant qu’homme il bénéficie de plus de liberté que sa femme. Il est prêt à aller à l’encontre de ses ainés et de permettre à Esther de s’émanciper, tout en restant au sein de la communauté. Cependant, il est trop tard, Esty a déjà fait son choix et Yanky est condamné à repartir auprès des siens, de replonger au cœur des ténèbres de l’austérité.

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