Tout le monde est prêt pour 8 heures de Lav Diaz? Berceuse sur un air de mystère, fresque en 3 parties sur la révolution philippine contre le régime colonial espagnol à la fin du 19ème siècle, est disponible en Blu-Ray chez Clavis Films.

Ses films dépassent les deux heures conseillées par Hitchcock (“La durée d’un film devrait être directement liée à la capacité de la vessie humaine” disait sir Alfred) et il s’en fout, à rebours des usages, conventions et formats des producteurs actuels. Il s’agit bien sûr de l’un des derniers punks en activité qui croit encore au Dieu Cinéma. Soit Lav Diaz, celui qui s’est rendu sur la tombe de son maître Andreï Tarkovski, dans l’Essonne et respecte la durée des plans où ça gueule de splendeur esthétique. Berceuse sur un air de mystère dure 8 heures et il faut bien cette durée pour raconter la longue quête de Gregoria de Jesus – une des rares femmes leader de la résistance aux forces espagnoles – pour retrouver le corps de son époux Andres Bonifacio, exécuté à 33 ans en 1897 dans la montagne par une faction rivale. Bonifacio est donc physiquement absent, nous ne voyons que les gestes réitérés de sa femme qui le cherche sans succès et prononce sans cesse son nom. C’est la trame de fond; en surprise, d’autres histoires se superposent. Toujours à la lisière du fantastique, Diaz convoque des figures légendaires comme le géant Bernardo Carpio qui retient les montagnes ou le monstre «tikbalang», corps humain et tête de cheval, créature semi-humaine de la mythologie philippine, ainsi que l’œuvre du héros de l’émancipation philippine, José Rizal, fusillé à 35 ans à Manille en 1896. Autant d’influences pour raconter l’identité d’un pays ayant subi trois siècles de domination espagnole, cinq décennies de tutelle américaine, une occupation japonaise et la loi martiale du régime de Marcos, que Lav Diaz considère comme le quatrième cataclysme de l’histoire du pays, par ailleurs continuellement soumis aux catastrophes naturelles. En déclenchant des émotions par irruptions de sensations visuelles et sonores, Lav Diaz pousse les paradoxes et les oxymores à leur comble, joignant les extrêmes pour les rendre plus lyriques et expressifs. On ne sera pas surpris de retrouver les courageux de Clavis Films à l’édition – grands cinéphiles, ils ont sorti tous les Bela Tarr en DVD. En bonus de cette fresque fragmentée en trois parties et donc en trois Blu-ray (le premier Le Jour comme la nuit, le deuxième Les fantômes de la forêt et le troisième, Berceuse sur un air de mystère), un entretien avec Lav Diaz.

Noir & Blanc – Format cinéma respecté : 1.33. Version Originale (philippine, espagnole, anglaise). Sous-titres DVD : français, anglais, hongrois

 

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