[UGLY] Scott Reynolds, 1997

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Ce mec-là? Tueur en série? Pas possible? Ah bon? Vous êtes sûrs? Ah oui.

PAR PAIMON FOX

Dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité, une psychologue enregistre la confession de Simon, un jeune tueur en série coupable d’avoir égorgé plusieurs femmes, et qui veut prouver sa guérison. Commence alors un dangereux face-à-face entre le psychopathe, hanté par les fantômes de ses victimes, et la jeune femme, qui pénètre dans le très inquiétant univers mental de son interlocuteur, qu’elle pousse dans ses derniers retranchements.

De la même façon qu’un objet cyberpunk comme Nirvana (Gabriele Salvatores, 1996), Ugly, distribué par Trimark à la fin des années 90, nous avait passionné à sa sortie tant il regorgeait de promesses. Alors, on croyait dur comme fer à son jeune auteur, le réalisateur Scott Reynolds. Ce néo-zélandais jadis frais trentenaire qui, dans sa carrière un peu bananée, annonçait d’autres mecs comme Vincenzo Natali (Cube) et Lucky McKee (May). Des talents farouchement indépendants, finalement broyés par les studios (Miramax en l’occurrence pour Reynolds), qui avaient tout (la ténacité, l’inventivité, la débrouillardise, l’envie) pour devenir les nouveaux John Carpenter.

A cette époque, Scott Reynolds, cinéaste ascendant cinéphile, fils de propriétaire d’une salle de cinéma, n’en revenait toujours pas de réaliser son premier film et, dans un geste que l’on serait inspiré de trouver très sympathique, il avait agi comme s’il n’allait plus jamais refaire de long métrage, en donnant tout, en prenant le maximum de risques et en refusant de se protéger, de prendre des précautions. Ainsi, et c’est ce qui restera du film à ceux qui l’ont vu, le sang des victimes était noir. Oui, c’était un parti pris esthétique, au final assez judicieux puisque marquant. Scott Reynolds, soucieux de la notion de point de vue, voulait que le spectateur partage les visions du tueur en série et donc voit le sang comme le tueur le voyait, c’est-à-dire noir. Certains exégètes avaient d’ailleurs expliqué, au moment de la sortie en salles de Ugly, que ce sang noir suggérait que le tueur ne voyait pas ses victimes comme des êtres humains, ce qui l’incitait à passer à l’acte. Une couleur qui rendait fou.

Ugly était né de l’envie de Scott Reynolds de filer les jetons, vraiment, au spectateur confortablement assis dans son fauteuil, en s’inspirant tout d’abord des films qui avaient su créer ce sentiment de panique (Henry, portrait d’un serial-killer ou encore Le Silence des agneaux). «J’aime avoir peur» qu’il disait à l’époque en interview. «Et si j’ai voulu faire Ugly, c’était avant tout pour faire peur aux spectateurs.» Si l’on en tenait à cette simple intention, le film sursautait bien, cherchant à développer le simple enjeu du face-à-face entre le jeune serial killer et la psychologue compréhensive dans une cellule stérile, au gré de nombreux flashbacks qui donnaient une humanité au monstre. L’ensemble fonctionnait comme un dédale, un puzzle mental et, comme dans Henry portrait d’un serial-killer, il s’agissait de donner au visage du tueur le visage d’un acteur au physique passe-partout qui n’avait pas la gueule de l’emploi.

Reynolds avait des idées à revendre. Après Ugly, il avait réalisé un passionnant long métrage sacrifié par les Weinstein bros (Heaven, 1999) dans lequel il poursuivait un écheveau temporel jouant des flashback/flashforward jusqu’au vertige puis un thriller routier efficace (When Strangers Appear, 2001). Avec ce coup d’essai, Reynolds ne réussissait évidemment pas tout ce qu’il entreprenait et son ambition de faire fuir les âmes sensibles n’échappait pas aux clichés ni aux gros sabots psy. Mais lorsqu’il voulait impressionner, il s’en donnait les moyens et laissait dans nos cerveaux captifs deux trois images fortes dont on se souvient encore en 2015 (si, si) comme ce plan traumatique à la Dario Argento où la mère attendait le retour de son fils tueur sur le palier (un plan qui atteignait en effroi celui du père aveugle dans Paperhouse de Bernard Rose) ou, mieux, cet épilogue, que l’on ne révélera pas (chut-chut) mais qui avait malgré tout réussi à mettre en émoi ceux qui avaient découvert Ugly soit dans une salle de cinéma mal famée (il était sorti sur quelques copies dans l’indifférence totale), soit devant sa télé, un soir de solitude nue, en tremblant, via une VHS louable aux plus de 16 ans – ah, ce carré rouge cathodique qui donnait l’impression de transgresser un interdit.

Sinon, question. OK, tout le monde voit dans le plan final de Ugly un bel hommage au cinéma maniériste de Brian de Palma. Mais, dans sa signification, que raconte cette conclusion? Est-ce que tout le monde comprend la même chose? Pas si sûr. Alors revenons-y. Quasi-20 ans après sa sortie, on a tous envie de savoir si nous avons été les victimes d’une hallucination collective ou pas devant Ugly. Et, en passant, on prendra des nouvelles de ce cher Scott Reynolds. Là où il est, transmettez-lui nos amitiés sincères.

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