[TWIN PEAKS THE RETURN STORY] Episode 1 – “J’ai un message de ma bûche pour vous”

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Ultime retour à Twin Peaks. Ressortie des limbes au milieu des années 2010 par ses créateurs David Lynch et Mark Frost, diffusée il y a déjà 4 ans sur Showtime, la troisième saison de Twin Peaks, la mal-nommée «The Return», reste encore aujourd’hui l’œuvre cinématographique et audiovisuelle la plus marquante de ces dernières années. Il fallait donc se replonger dans ce grand fracas chaotique d’images une dernière fois, explorer ses thématiques et ses motifs visuels, et se perdre.

Partie 1: «I’ll see you again in 25 years»
Comment raccorder deux saisons d’une série séparées dans le temps par 25 ans? David Lynch relève le défi dans une séquence d’ouverture virtuose. Dans un mouvement aérien, la caméra traverse la Black Lodge, elle-même métonymie abstraite de la série (le rideau rouge pour le voile de mystère; les striures blanches et rouges du sol composant une figure tortueuse, également écho des luttes entre le bien et le mal), puis transperce les rideaux rouges pour nous emmener en 1991, dans l’une des dernières scènes de la saison 2 de Twin Peaks: Laura révèle à Cooper qu’ils se reverront dans 25 ans. Prophétique.

La caméra survole ensuite la mystérieuse et dense forêt qui entoure la ville de Twin Peaks, baignant ici dans un brouillard tout aussi opaque – rappelons que le brouillard et les volutes de fumées font partie des motifs visuels récurrents dans le cinéma de Lynch. On atterrit enfin au lycée de Twin Peaks, dans ses couloirs vidés lui donnant des atours de lieu hanté, hanté par la disparition de Laura Palmer, éternelle Miss Twin Peaks 1989. Son portrait siège toujours parmi les trophées de basket et de football américain. S’il s’agit certes d’images déjà vues dans les premières saisons de Twin Peaks (le plan de la jeune fille criant dans la cours est d’ailleurs issu du «Pilote»), en les entremêlant avec de tous nouveaux plans, Lynch crée une confusion temporelle – «What year is this?» s’interrogera Dale Cooper dans les ultimes secondes de The Return.

Cette séquence d’introduction, jonction entre passé et présent séparés par 25 ans, présente un monde frappé par l’immobilisme, figé depuis l’assassinat d’une jeune femme de 17 ans. Ou plutôt un monde en lente décomposition, la mort de Laura faisant office de fracture temporelle. Lynch annonce la couleur. Twin Peaks The Return ne sera pas nostalgique, mais mélancolique.

Retour à Twin Peaks?
Dans ce premier épisode de la saison 3, on sera finalement peu retourné à Twin Peaks. Le «Return» annoncé dans le titre était un leurre. À l’inverse, Lynch nous emmène aux quatre coins des États-Unis: New-York, Buckhorn dans le Dakota du Sud, Las Vegas. Twin Peaks The Return échappe au cadre minimaliste des deux premières saisons. Rappelons que les séries TV ont bien changé depuis 1991, s’éloignant de plus en plus des productions reposant sur une unique unité de lieu. Néanmoins, la mondialisation de Twin Peaks (on ira plus tard en Argentine et à Paris), est à la fois une manière pour Lynch de concevoir sa «série-monde», d’en faire le portrait du «dark world» dans lequel nous vivons, et également un prétexte pour ne surtout pas retourner à Twin Peaks, éviter à tout prix l’écueil de la nostalgie, de l’œuvre-doudou.

La boîte de verre
Au cœur de cette Partie 1, se trouve un dispositif curieux, qui relève de l’art contemporain, totalement Lynchien dans son principe: la boîte en verre. À l’intérieur d’un gratte-ciel new-yorkais, un jeune homme attend patiemment sur un canapé, en face d’une imposante boite en verre, vide. Cette boite est filmée par de nombreuses caméras, placées à des points de vue différents. Une fois la mémoire des cartes pleine, le jeune homme les remplace. Il est payé à attendre, et ne peut pas quitter son poste avant d’être relevé par un autre (qu’on ne verra pas). C’est finalement lorsqu’il se laisse distraire (en ayant un rapport sexuel avec une femme devant la boîte en verre), qu’il se passe enfin quelque chose: une créature humanoïde apparait, détruite la boîte et les dévore. Avec cette première grande scène d’effroi de la saison 3 (il y en aura d’autres), Lynch met en abyme l’expérience spectatorielle.

La boîte en verre est l’écran et les petites caméras pourraient être à la fois ce qu’elles sont, des caméras, autant que des mini-projecteurs. Le jeune homme/spectateur attend, mais il ne se passe rien, ou plutôt il ne voit rien. C’est finalement lorsqu’il ne regarde plus que quelque chose apparaît. À la manière dont Lynch cassait le petit écran à coup de hache en ouverture de Fire Walk With Me, on pourrait croire que le cinéaste fustige de nouveau les séries, ou plutôt les nouvelles habitudes de visionnement, où les spectateurs consomment les films et séries plutôt qu’il ne les regarde. Le mauvais spectateur finira englouti par la fiction, par l’intermédiaire d’un effet spécial très artificiel et non-réaliste.

« In Memory of…»
La Partie 1 de Twin Peaks The Return se termine sur un émouvant retour, celui de la Femme à la bûche, Margaret Lanterman. Une vision émouvante, lumineuse et triste à la fois, car c’est Catherine Coulson, l’actrice, qui nous est montrée plutôt que le personnage culte. Atteinte d’un cancer à un stade très avancé, elle a tourné quelques scènes qui ponctueront toute la saison, avant de mourir. Quelques secondes plus tard, le générique défile et apparaît la mention «In Memory of CATHERINE COULSON».

Le début d’une longue série d’hommages aux nombreux actrices et acteurs décédés avant, pendant et après la production de cette saison 3. Twin Peaks The Return est aussi un tombeau. On comprend alors toute l’entreprise de David Lynch, qui, plutôt que de masquer les traces du temps, et de nous ramener à Twin Peaks dans un élan nostalgique, choisit de les mettre en scène. Twin Peaks The Return regarde les ravages du temps et la mort au fond de l’iris [Twin Peaks: the return, épisode 2, vendredi 10 septembre]

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