Tribune Fabrice du Welz

Avec le covid-19, le réalisateur Fabrice du Welz a vu le tournage de son nouveau film Inexorable en stand-by, avec les nouvelles réglementations sans queue ni tête et les perspectives de plus en plus sinistres pour l’industrie indépendante. Au nom de chaos, voici sa tribune pour retrouver le chemin de la liberté et de l’art sans rester parasité par la peur.

«Il y a quelques jours, j’ai posté sur mon compte Instagram une petite tribune tourmentée.
Le Chaos m’offre ici un petit espace qui permettra – je l’espère – à ma modeste voix de porter un peu plus loin…
Je m’appelle Fabrice du Welz, je fais des films depuis 15 ans. Le cinéma est ma grande passion et ma seule obsession. Je suis à l’arrêt depuis le 13 mars alors que j’étais à trois semaines de commencer le tournage de mon prochain film: Inexorable.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être au cœur d’un film peu connu mais que j’aime beaucoup: Le Château De La Pureté d’Arturo Ripstein (1972) où un homme décide de préserver sa femme et ses trois enfants des perversions du monde et les enferme pendant 18 ans. Partout et tout le temps, j’entends des gens qui me disent quoi faire, où je peux m’asseoir, où je peux me promener, où je peux marcher et ce que je dois porter. Sous couvert du “me protéger c’est protéger les autres”, je dois me soumettre au bon sentiment, à l’aveuglement et pire à l’incohérence.
 Avant la crise, le monde n’était déjà pas très réjouissant. Aujourd’hui et ce, depuis le premier jour de confinement, le principe de précaution semble être devenu un nouveau modèle de société. Au point que pour la première fois de ma vie, je sens ma liberté individuelle diminuer. De manière insidieuse, je me retrouve infantilisé, dépendant et dans l’attente anxiogène d’une voie concrète à suivre. 
J’attends. Je ne travaille plus. Deux mois et plus que j’attends, comme tant d’autres. J’attends que des gens élus – les mêmes qui, pendant cette crise, ont tâtonné, démontré l’étendue de leur incompétence et sciemment menti – me disent enfin quand et comment je pourrai reprendre ce que j’avais commencé.
 J’ai toujours fui les politiques, les donneurs de leçons et les artistes démagogues; aussi, si je me permets d’écrire ce court texte aujourd’hui, c’est avant tout parce que je me sens aliéné à un système de précaution qui pense et agit à ma place. Je suis un homme de 47 ans et je chéris la liberté plus que tout. Sous couvert du principe de précaution, nos libertés se réduisent et ne font qu’accentuer les injustices et les déséquilibres entre nous tous. 
Je demande la liberté de vivre et de travailler. Ce droit est fondamental. Vivre sous garantie est une idiotie. Il n’existe aucune garantie à la vie. Vivre c’est agir, et toujours mourir à la fin. Et moi je veux vivre. À ma guise.
 Oui, des gens meurent – j’ai moi-même perdu des amis dans cette crise -, mais nous avons compris aujourd’hui que nous ne faisons face ni à la peste noire, ni Ébola, ni le choléra. 
Je ne veux pas d’un monde de précaution, un monde digital qui me soumet, je refuse d’être dépendant de gens qui me disent quoi faire, quoi penser, quand travailler et quand me confiner. Je ne veux pas d’un monde de télétravail, de réunions zoom et de journalistes – «experts» qui diffusent continuellement à la télévision leur poison violent. La peur nous contamine, cette peur nous empoisonne et nous entraine inexorablement vers l’abîme.
La liberté est notre bien le plus précieux et il est grand temps reprendre nos métiers et le cours de nos vies.
De ne plus nous soumettre à l’approximation de nos dirigeants et surtout de ne pas compromettre notre avenir et notre liberté, ni celle de nos enfants.
Je veux vivre sans peur, responsable, conscient des dangers et en harmonie avec mon environnement, mais vivant, agissant et libre. Oui libre.
Liberté chérie!» F.d.W.

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