Le cinéaste espagnol mélangeait Gilles de Rais et nazisme, torture et pédophilie dans ce film choc. L’un des plus troublants de l’après-Franquisme.

PAR PAIMON FOX

Rarement une introduction aura permis au spectateur de se faire une idée sur sa capacité à supporter les images d’un film. Première scène : sous les yeux d’un semblable interloqué par cette vision choquante, le corps d’un adolescent nu pend. Très vite, il est rejoint par un vieil homme qui le frappe. Violemment. Après avoir battu l’enfant, il se jette dans le vide. Quelques minutes plus tard, on apprend qu’il s’agit d’un docteur nazi ayant torturé et tué des enfants en toute impunité durant la Seconde Guerre mondiale. La figure du mal absolue. Des années passent, le monstre (Günter Meisner) est réduit à vivre comme un légume dans un immense appareil respiratoire et passe ainsi ses jours dans une belle et agréable demeure avec sa femme et sa fille. Ils essayent chacun à leur façon d’oublier un passé affreux dont ils ont été les premiers responsables. Jusqu’au jour où un jeune homme pénètre dans le lieu où il repose et se fait passer pour un infirmier. Bien entendu, il n’en est rien. Il s’agit d’une ancienne victime… Fantôme ? Hallucination ? Meurtrier ? Complice ?

En exploitant un cadre historique connoté (la Seconde Guerre mondiale et à l’Espagne franquiste alliée des troupes nazies), Agustin Villaronga sonde les ambiguïtés et les horreurs du passé comme celles du présent. Sous la morbidité et l’horreur de plus en plus stylisées, avec une demi-heure tutoyant une ambiance gothique du plus bel effet, le film possède une beauté froide, quasi-lyrique, propre aux films de fantômes vengeurs, et redistribue les cartes du vice et de la vertu avec un élan où passe le souffle du sacré. John Waters y a vu une filiation avec le Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini, et c’est bien vu car, en effet, Villaronga regarde la monstruosité en face, ce qu’accordaient les régimes fascisants de l’Europe du XXe siècle. Le rôle du tortionnaire nazi lui a été inspiré par Gilles de Rais, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc qui se rendit célèbre en assassinant des centaines d’enfants par sadisme, via La Tragédie de Gilles de Rais de Georges Bataille.

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