[TRAS EL CRISTAL] Augustin Villaronga, 1986

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Le cinĂ©aste espagnol mĂ©langeait Gilles de Rais et nazisme, torture et pĂ©dophilie dans ce film choc. L’un des plus troublants de l’après-Franquisme.

PAR PAIMON FOX

Rarement une introduction aura permis au spectateur de se faire une idĂ©e sur sa capacitĂ© Ă  supporter les images d’un film. Première scène : sous les yeux d’un semblable interloquĂ© par cette vision choquante, le corps d’un adolescent nu pend. Très vite, il est rejoint par un vieil homme qui le frappe. Violemment. Après avoir battu l’enfant, il se jette dans le vide. Quelques minutes plus tard, on apprend qu’il s’agit d’un docteur nazi ayant torturĂ© et tuĂ© des enfants en toute impunitĂ© durant la Seconde Guerre mondiale. La figure du mal absolue. Des annĂ©es passent, le monstre (GĂĽnter Meisner) est rĂ©duit Ă  vivre comme un lĂ©gume dans un immense appareil respiratoire et passe ainsi ses jours dans une belle et agrĂ©able demeure avec sa femme et sa fille. Ils essayent chacun Ă  leur façon d’oublier un passĂ© affreux dont ils ont Ă©tĂ© les premiers responsables. Jusqu’au jour oĂą un jeune homme pĂ©nètre dans le lieu oĂą il repose et se fait passer pour un infirmier. Bien entendu, il n’en est rien. Il s’agit d’une ancienne victime… FantĂ´me ? Hallucination ? Meurtrier ? Complice ?

En exploitant un cadre historique connotĂ© (la Seconde Guerre mondiale et Ă  l’Espagne franquiste alliĂ©e des troupes nazies), Agustin Villaronga sonde les ambiguĂŻtĂ©s et les horreurs du passĂ© comme celles du prĂ©sent. Sous la morbiditĂ© et l’horreur de plus en plus stylisĂ©es, avec une demi-heure tutoyant une ambiance gothique du plus bel effet, le film possède une beautĂ© froide, quasi-lyrique, propre aux films de fantĂ´mes vengeurs, et redistribue les cartes du vice et de la vertu avec un Ă©lan oĂą passe le souffle du sacrĂ©. John Waters y a vu une filiation avec le Salò ou les 120 JournĂ©es de Sodome de Pier Paolo Pasolini, et c’est bien vu car, en effet, Villaronga regarde la monstruositĂ© en face, ce qu’accordaient les rĂ©gimes fascisants de l’Europe du XXe siècle. Le rĂ´le du tortionnaire nazi lui a Ă©tĂ© inspirĂ© par Gilles de Rais, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc qui se rendit cĂ©lèbre en assassinant des centaines d’enfants par sadisme, via La TragĂ©die de Gilles de Rais de Georges Bataille.

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