Vous avez répondu massivement à notre appel à voter pour élire votre film de la décennie écoulée (pas moins de 200 mails adorables). Under The Skin a largement remporté les suffrages, s’inscrivant pour vous, chers lecteurs, comme LE film chaos des années 2010’s.

Vous n’êtes pas revenu de Under The Skin de Jonathan Glazer (2014), comme nous, comme tous ceux qui l’ont vu en salles ou en rattrapage. L’odyssée sexuelle et spatiale de l’alien Scarlett Johansson se révèle LE film le plus chaos de la décennie 2010’s. Après le non moins sous-estimé Birth, le surdoué Jonathan Glazer y plonge une nouvelle star Hollywoodienne dans des eaux noires – en l’occurrence, dans des limbes Écossaises. Il met en scène la disparition d’hommes entraînés dans une mer de laque noire dans laquelle ils s’enfoncent doucement tandis que l’alien se déshabille devant eux. Johansson rappelle les nymphes envoûtantes, ces créatures mystiques aux secrets impénétrables, comme une dame du lac noyant les hommes. A chaque fois, on entend la même musique, ritournelle mortifère. Progressivement, Glazer déglace cet univers, casse l’opacité jusque-là maintenue. Comme un film pulsionnel, tout en noir et blanc qui soudain se teinte de couleurs. Il épouse le regard d’une extraterrestre sur notre humanité. Au fil de ses rencontres, l’alien va décrypter l’âme des humains en les observant, en cherchant à savoir ce qu’ils ressentent lorsqu’ils mangent ou font l’amour. Des scènes tournées à Glasgow avec des quidams sont passionnantes parce que lesdits anonymes ignorent la présence de la star Johansson (au même titre que les humains ignorent la menace silencieuse de l’alien), qu’ainsi l’extraordinaire et l’ordinaire se confondent; et qu’en adoptant un point de vue d’alien, Glazer parvient à décrire notre étrangeté. Puis arrive ce qui doit arriver, la mante-religieuse est prise au piège d’une découverte tardive: celle de ses émotions et donc de son humanité. Lors de son premier rapport sexuel, elle subira une secousse inédite, et regardera son vagin avec une lampe de chevet. Quelque chose d’encore plus mystérieux que tout ce qui a précédé vient de se passer. Une détonation. Un orgasme. Aussi, dès lors qu’elle découvre la compassion (auprès d’un freak), le désir (auprès d’un homme) et donc l’amour des autres, elle deviendra humaine et elle aura peur – c’est ce qui la perdra. Que raconte le choix de nos lecteurs? Qu’ils se sentent autre comme Scarlett? Choix cohérent au fond: existe-il plus belle définition du chaos?

Les films que vous avez plébiscité, en masse là aussi, avec des emojis, des points d’exclamation et des coeurs, se nomment, dans l’ordre, Mektoub, my love: canto uno, de Abdellatif Kechiche; Holy Motors de Leos Carax; The Tree Of Life de Terrence Malick; Melancholia de Lars Von Trier; Mad Max: Fury Road de George Miller; Spring Breakers de Harmony Korine; La vie d’Adèle de Abdellatif Kechiche; Phantom Thread de Paul Thomas Anderson; et The Strangers de Na Hong-Jin. Autant de films majeurs et singuliers que nous avons célébré au moment de leur sortie et qui correspondent à d’authentiques expériences de cinéma, proches de la sidération (les dernières scènes d’une noirceur inouïe de The Strangers et de Melancholia). Et, comme nous, vous avez besoin d’un cinéma tripal qui donne à voir, à réfléchir et à brûler.

Citons, toujours dans l’ordre, d’autres films également soutenus par le chaos, qui apparaissent juste après ce top 10: Nymphomaniac de Lars Von Trier; J’ai rencontré le diable de Kim Jee-Woon; Midsommar de Ari Aster; P’tit Quinquin de Bruno Dumont; Un jour dans la vie de Billy Lynn de Ang Lee; Tom à la ferme de Xavier Dolan; Le loup de Wall Street de Martin Scorsese; Under the silver lake de David Robert Mitchel; Les garçons sauvages de Bertrand Mandico; The Social Network de David Fincher; Mademoiselle de Park Chan-wook; Interstellar de Christopher Nolan; We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay; Mommy de Xavier Dolan; The House That Jack Built de Lars Von Trier… Ceux qui cherchent Twin Peaks The Return, il est classé 42ème.

Un merci particulier, entre autres pour leurs adorables mots adressés à la rédaction, à Valentina Aerts, Germain Le Carpentier, SEB Sebastien, Loic Potencier, Matthieu Desportes, Thomas Rigours, Théo Bancilhon, Hilàrio Matias Da Costa, Paul Loiseau, Jonathan Rodriguez, Samy Hassan, Mathieu Juric, Loic Monsarat, David Brami, Nicolas Valverte, Joris Mezouar, Alexandre Bahloul, Arnaud Surel, Matthieu Hammon, Baptiste Bertheuil, Jérémy JB, Ladji Diaby, Marie-France Leccia, Victor Lepesant, Frédéric Guez, César Leoni, Bertrand Devigne, Laurent/Filmlandempire, Omar Marrakchi, Jules Pandolfi, Bertrand Dentz.

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