• Chaque rédacteur chaos donne ses 10 films chaos préférés ever. Let’s go CHAOS!

GEOFFROY DEDENIS

TWIN PEAKS: FIRE WALK WITH ME (David Lynch, 1991)
Un des premiers Lynch que j’ai dû voir et auquel je n’ai rien entravé parce que je n’avais pas vu la série. J’en suis pourtant redescendu ébahi, déboussolé et fasciné. Puis j’ai vu la série et revu le film, encore et encore. À chaque visionnage, les images recouvraient de nouvelles significations, de nouvelles profondeurs, intensifiant en moi des émotions toujours plus intimes et vraies. La scène finale est capable de fendre une âme en deux.

LES AVENTURES DU BARON MUNCHHAUSEN (Terry Gilliam, 1988)
L’âge du magnétoscope et des films enregistrés par mes vieux pour occuper mes mercredis après-midis aura certainement aidé à faire émerger en moi le goût du chaos. Un choc hallucinatoire sous forme de conte, constellé d’abominations sous-marines, de personnages aux têtes amovibles et d’une équipe de super-héros aux pouvoirs chelous. Toutes les scènes sont fantastiques, géniales et tordues. Ce film cristallise également l’un de mes premiers grands traumas de cinéphiles de sept ans, médusé devant une représentation de la grande faucheuse toute en os, déployant des ailes de corbeaux gigantesques en poussant des cris suraigus. Brrrrrrr.

SCORPIO RISING (Kenneth Anger, 1963)
Difficile de choisir parmi les sortilèges filmiques de Kenneth Anger, tant chacun d’eux est merveilleux, puissant et magique au sens premier du terme. Mais Scorpio Rising doit sans doute être le plus fou, sarcastique, méchant et intelligent vis-à-vis de la pop culture. Une célébration de la jeunesse et de son autodestruction programmée. Qui plus est je suis scorpion alors le sexe, la mort et les bikers ça me parle.

NOWHERE (Gregg Araki, 1998)
Look inspiration, psycho bedroom inspiration, lifestyle inspiration, deathstyle inspiration. Soundtrack tellement surchargée que le film se voit toujours privé d’édition aux US. Déréalisation du réel, artificialisation et excès à tous les étages. Tout est trop rapide, trop beau, trop fluo, trop superficiel, trop romantique, trop court surtout, puisqu’arrivé à la fin on en réclame tellement plus. L.A. is like nowhere, and nowhere is everywhere.

LE DIABLE (Andrzej Zulawski, 1972)
Alors oui L’Important c’est d’aimer : chaos. Oui Possession : über Chaos. Mais on oublie souvent Le Diable, lui aussi over chaos sa mère. Ici ça n’est pas Adjani, mais la moitié des protagonistes qui convulsent, errent, tombent et assassinent. On subit le douloureux périple de Jakub à l’issue duquel il en vient à se demander si c’est lui qui est fou ou si c’est simplement le monde qui est comme ça. Zuzu forever.

LE DIABLE PROBABLEMENT (Robert Bresson, 1977)
Que Bresson se soit appliqué à concevoir une œuvre techniquement parfaite selon ses critères maniaques dans l’unique but de nous faire savoir à quel point la société contemporaine est infecte, c’est tout de même diablement poétique.

TOKYO DECADENCE (Ryû Murakami, 1999)
Tombé dessus un soir sur Arte lorsque j’avais à peu près seize ans, ce fut le coup de foudre immédiat. Une jeune femme se perd et expérimente les limites de son corps en même temps que celles de son carcan social hypocrite. La belle enchaîne les rencontres scabreuses afin d’accomplir une prophétie sensée lui restituer son grand amour. Ça n’est qu’après ce choc initial que j’ai découvert et dévoré les livres de ce réalisateur débutant, mais écrivain confirmé, le grand Ryû Murakami, l’homme derrière le scénario d’Audition (kiri kiri kiri) et une multitude de bouquins jolis comme des harnais.

TROIS FEMMES (Robert Altman, 1977)
Réunir Sissy Spacek et Shelley Duvall au summum de leur magnificence c’était déjà un miracle, mais c’est l’entièreté du film qui exerce sur nous son aura magnétique, simultanément enchanteresse et menaçante. Cette ambivalence se retrouve chez ces deux femmes, au dessus desquelles plane l’ombre d’une troisième. La mystérieuse Willie, qui peint des fresques monstrueuses qui semblent annoncer les bouleversements à venir. Trois Femmes se comprend par instinct plutôt qu’à la suite d’un travail de reconstitution logique des évènements qui nous sont dévoilés. Ce tableau reste une énigme terrible et belle, à l’image des relations interpersonnelles qu’entretiennent ces femmes dont on ne saura si elles sont des sylphes ou des vampires.

TRASH HUMPERS (Harmony Korine, 2009)
La vie est une fête, une orgie de déchets où les vieux se tapent des objets inanimés et où les gosses défoncent le crâne des bébés à coups de marteau en riant aux éclats. Korine sublime ces apparitions dégénérées mais réalistes par le biais d’une esthétique qui nous rappellera tantôt vidéo gag, tantôt un snuff movie. De quoi régaler petits et grands.

ANTICHRIST (Lars von Trier, 2009)
Les roses sont rouges, les violettes sont bleues. Je t’adore, je te déteste, je me cogne la tête contre la cuvette des chiottes, je te baise, je te mords, je t’estropie car j’ai peur que tu t’en ailles, je te hurle dessus et tu finis par m’étrangler. Antichrist est de fait – en plus de personnifier le nec plus ultra du cinéma chaos – une étude sincère et honnête du sentiment amoureux lorsque tout se passe bien.

GÉRARD DELORME

NIGHTMARE ALLEY (Edmung Goulding, 1947)
15 ans après le séminal Freaks, un grand film méconnu (peut-être parce que trop mainstream) sur les rapports entre normalité et monstruosité. Tyrone Power, une des stars de la Fox, joue un employé de cirque ambitieux qui finit dans une position incroyablement dégradante.

DEMENTIA (John Parker, 1955)
Un film réellement unique (son metteur en scène n’en a jamais refait), à l’ambiance de cauchemar éveillé, raconté du point de vue d’une fille qui a tué son père. Pas de dialogue, photo en noir et blanc par le chef op d’Ed Wood, et une apparition d’Angelo Rossito.

CARNIVAL OF SOULS (Herk Harvey, 1962)
L’atmosphère pénétrante autant que l’histoire (une femme, qui est peut-être morte, émerge d’une rivière avant de reprendre son métier d’organiste dans une église), ont inspiré une série ininterrompue de films comme La nuit des morts vivants, Eraserhead, Sixième sens, Les revenants et jusqu’à It follows.

TOBBY DAMMIT (Federico Fellini, 1968)
Terence Stamp prend du LSD et passe une nuit de folie à Rome en faisant du sexe avec tout ce qui vient. Fellini adapte Edgar Poe, et c’est stupéfiant.

LA MONTAGNE SACRÉE (Alejandro Jodorowsky, 1973)
A la fois festin visuel et poème délirant, cette expérience initiatique révèle des richesses inédites à chaque nouvelle vision, sans jamais lasser.

SWEET MOVIE (Dusan Makavejev, 1974)
Un pur produit de son époque, psychédélique et transgressif, ce film serait impensable aujourd’hui, notamment à cause des scènes d’Anna Prucnal qui fait du sexe avec des enfants.

FUDOH (Takashi Miike, 1996)
Sous les ordres d’un fils de yakuza déguisé en premier de la classe, des élèves jouent au foot avec la tête de leur prof d’anglais et des lycéennes lancent des fléchettes avec des sarbacanes vaginales. Peut-être pas le meilleur film de Miike, mais le découvrir pour la première fois est une expérience inoubliable.

CAT SOUP (Tatsuo Sato, 2001)
Un chat récupère la moitié de l’âme de sa sœur morte et entreprend avec elle un voyage pour essayer de lui rendre la vie. D’après l’œuvre de la mangaka Nekojiru, suicidée en 1998. C’est beau, cruel et poétique et ça ne dure que 32 minutes, mais il y a plus d’idées et de rebondissements surréalistes que dans toute l’œuvre de Quentin Dupieux.

SYMBOL (Hitoshi Matsumoto, 2009)
Un homme est prisonnier d’une chambre blanche couverte de protubérances en forme de bite. Chaque fois qu’il presse un de ces interrupteurs, un objet se matérialise qui pourrait lui permettre de s’échapper. Pendant ce temps-là, au Mexique, le lutteur masqué Escargot man s’apprête à monter sur le ring. En dépit des apparences, les deux évènements sont liés ! Stupéfiant !

EEGA (S.S. Rajamouli, 2012)
Un homme se réincarne en mouche pour se venger de celui qui l’a tué pour profiter de sa femme. Une bonne partie du succès du film est à mettre au crédit du génie qui joue le méchant face à une mouche en image de synthèse qui lui rentre dans la tête par le nez, les yeux et les oreilles. Un pur délire télougou.

ROMAIN LE VERN

MAIS NE NOUS DÉLIVREZ PAS DU MAL (Joël Séria, 1968)
Parangon du film-chaos Hexagonal à l’instar de La Prisonnière (Henri-Georges Clouzot, 1968) et Un Cœur Fou (Jean-Gabriel Albicocco, 1969), totalement en avance sur son époque. Le génial réalisateur des Galettes de Pont-Aven (1975) s’est inspiré d’un fait-divers Néo-Zélandais (une adolescente au visage d’ange tue sa mère avec sa diabolique meilleure amie) ayant également inspiré Peter Jackson pour ses Créatures Célestes. Peut-être l’un des plus beaux et provocants films sur l’adolescence, se terminant dans du blasphème, des flammes, du Baudelaire. CHAOS TOTAL.

LE LOCATAIRE (Roman Polanski, 1974)
Trelkovsky, brave fonctionnaire paumé, ultra-timide et parano, possédé par le fantôme de l’ancienne locataire de son appart, voit des momies (et ses voisins) partout. Il perd sa virilité comme son identité, finit dans une boucle infernale. Polanski a transcendé le roman de Topor, conservant ce qui en faisait en sel (le ton grotesque-tragique d’une mauvaise farce, la scatologie, le héros poissard, le sentiment permanent d’une conspiration). Les éclairs de génie résident dans le casting dingue défiant l’espace et le temps – Bernard Fresson, Claude Piéplu, Josiane Balasko, Isabelle Adjani, Shelley Winters, Eva Ionesco, j’en passe –, dans la manière de filmer Paris la nuit ou à l’aube, et dans les nombreuses visions à glacer le sang.

CÉLINE ET JULIE VONT EN BATEAU (Jacques Rivette, 1974)
Jacques Rivette est un cinéaste chaos. Si, si, je vous assure. C’est ce que ce film magique, d’une durée démentielle (plus de 3 heures), nous assure. Une fugue au temps suspendu et à l’ésotérisme assumé où l’on savoure les courses-poursuites de 20 plombes et des poussières, les décrochages, les jeux de pistes, les jeux de rôles, les raccords bizarroïdes comme les hasards objectifs. Tout cela pourrait être flippant, anxiogène et pourtant, c’est toujours doux, ludique, inattendu : Rivette ne cherche pas l’effroi mais la mélancolie. David Lynch l’a obligatoirement vu pour Mulholland Drive et s’il dit non, il ment.

DEFIANCE OF GOOD (Armand Weston, 1975)
Defiance of Good a beau être un porno, il commence comme un drame social, genre du Ken Loach période Family Life (charge contre le puritanisme, parents démissionnaires, spleen ado), se poursuit comme un film d’horreur façon Buñuel (démiurge sadien, visions oniriques, rites initiatiques SM, quête de jouissance, reconnaissance du désir) et se termine avec un twist cauchemardesque chelou que je n’avais pas vu venir à l’époque. C’est très excitant et, d’un seul coup, à cause d’un plan, ça devient ultra flippant. Dans cette merveilleuse partouze de monstres, il y a Jean Jennings, 18 ans lors du tournage, innocente et débauchée, madame Joe Spinell à la ville. Bref, Defiance of Good = l’un des meilleurs porno au monde avec Derrière la porte verte (Mitchell bros, 1972).

HAUSU (Nobuhiko Obayashi, 1977)
Une ado se rend avec des amies dans le manoir de sa tante défunte. Là-bas, d’incroyables surprises les attendent. Bertrand Bonello qui cherche depuis des années à faire un film d’horreur pour enfants devrait regarder cette quintessence du cinéma chaos, unique, inclassable n’appelant aucune influence. C’est juste la variation sur le thème de la maison hantée la plus frappadingue au monde. Sa force réside dans sa profusion frappadingue d’artifices (images subliminales, superpositions, filtres de couleurs, split-screen, matte painting, stop motion) jusqu’à l’overdose, l’éblouissement, l’extase. Les surréalistes auraient adoré ça.

RÊVE DE SINGE (Marco Ferreri, 1977)
A New York, Gérard (Depardieu) travaille au Musée de Cire de la Rome Antique, erre dans son appartement en sous-sol infesté de rats, fréquente des potes marginaux (une veuve joyeuse, un photographe black, un pervers esseulé). Un matin, c’est la fin de son monde : les femmes dominent les hommes; d’étranges individus en combinaisons blanches musardent pas loin de chez lui; et surtout un immense singe échoué sur une plage tient contre lui une petite guenon. Peut-être le meilleur film de Marco Ferreri et bizarrement l’un des plus mésestimés : poétique, cru, désenchanté, d’une tristesse contagieuse. Avec Marcello Mastroianni dans l’un des plus beaux seconds rôles au monde.

SILIP (Elwood Perez, 1986)
Dans un cinéma philippin marqué par «400 ans de couvent et 50 ans d’Hollywood», Silip est un vrai film CHAOS, une aberration qui n’a peur de rien. Sur une île, un mâle hyper viril et deux héroïnes : l’une (Maria Isabel Lopez, ancienne Miss Philippines), une beauté effrayée par le loup; l’autre, une cochonne dévergondée. Vraie radiographie du désir qui consume du dedans et bouscule le monde autour, hallucinante à chaque scène (reprise interdite du Like A Virgin de Madonna, meurtres d’enfants, scènes de baise à côté d’un buffle qui nous fixe…). Entre Z et X, à la fois softcore et hardcore, une merveille.

SAFE (Todd Haynes, 1995)
Une bourgeoise (Julianne Moore), aussi fragile qu’une poupée de porcelaine, réalise que sa vie repose sur un vide, une illusion morbide. Le corps, la peau et le sang froids, elle bascule dans la folie immunitaire, consumée par un virus inconnu, puis finit dans un centre new-age, persuadée d’avoir avalé la pilule du bonheur. Une vraie bombe nucléaire où Haynes raconte des peurs contemporaines – celles du contact humain, des apparences, de la maladie – et rappelle que plus on se protège des agressions, plus nos défenses naturelles faiblissent. La scène finale est…

SICK : THE LIFE & DEATH OF BOB FLANAGAN, SUPERMASOCHIST (Kirby Dick, 1998)
Portrait de Bob Flanagan, un super-héros qui s’est battu contre la mucoviscidose pendant 43 ans en se produisant notamment dans des happenings SM. Dans cette démarche, le performer était soutenu par une femme, Sheree Rose, photographe de l’underground californien à la fois «maîtresse» et compagne, à ses côtés pendant 16 ans. C’est une histoire d’amour, de cul, de mort où Kirby Dick a la pudeur de filmer crûment les choses, d’appeler un chat un chat, même lorsque ça fait mal et que c’est triste. Où le sadomasochisme est montré comme un art de vivre et non comme une cérémonie pour happy-few déviants. Le long monologue de Bob Flanagan situé à la fin du film me dévaste à chaque fois que je l’entends.

IT’S FINE, EVERYTHING IS FINE (Crispin Glover, 2007)
Après un mémorable – et tout aussi rare – What is it ?, Crispin Glover, qui a beaucoup appris au contact de ses amis Trent Harris (The Beaver Trilogy) et Werner Herzog (beaucoup de Et les nains aussi ont commencé petits), a réaffirmé son amour des marginaux dans ce second volet d’une trilogie hélas inachevée. Dans des conditions étranges, il a adapté le scénario de Steven S. Stewart, acteur handicapé qui s’est écrit un incroyable premier rôle de criminel sexuel assassinant des prostituées et nouant en même temps une belle relation platonique avec une vieille femme déçue par la vie et l’amour (Margit Carstensen, ancienne gloire Fassbinderienne ressuscitée). Les scènes de cul, entre Steven et les bombes sexuelles que son personnage assassine amoureusement, ne sont pas simulées. C’est du cinéma extrême, romantique, offensif, comme on aimerait qu’il soit toujours, et… invisible puisque Crispin Glover, très parano et conscient d’avoir de l’or entre les mains, n’accepte de montrer le film qu’en sa présence dans deux trois festivals. Cela fait maintenant plus de huit ans que Crispin cache son chef-d’œuvre aux yeux du monde. SCANDALE. CHAOS.

JEREMIE MARCHETTI

SANTA SANGRE (Alejandro Jodorowsky, 1989)
En guise de film de commande, Jodorowsky accouche d’une montagne d’amour et de sang aux couleurs du Mexique, y signant son film le plus équilibré, le plus émouvant et le plus riche. Une œuvre sanguine et mélancolique, bruyante et belle comme le jour des morts.

VALERIE AU PAYS DES MERVEILLES (Jaromil Jires, 1970)
Sous la dentelle et les fleurs, des cryptes et des dents qui mordent. Rêverie de fille devenue femme, labyrinthe de symboles décadents, ce chef-d’oeuvre du surréalisme tchèque nous perd, nous retrouve, nous embrasse et nous embrase.

HAUSU (Nobuhiko Ôbayashi, 1977)
Imaginé comme Jaws avec une maison, Hausu est un cauchemar d’enfant incarné, avec ce que cela implique de naïveté, d’atrocités et de mouvements freudiens. C’est aussi un shojo manga pervertie dont on en sort triste et exalté, effrayé et effaré. Et tellement d’autres choses à la fois. Une autre preuve qu’il n’est jamais trop tard pour être culte.

LES JOURS ET LES NUITS DE CHINA BLUE (Ken Russell, 1984)
Une styliste guindée devient belle de nuit, récipient à fantasmes rencontrant l’amour (un homme marié frustré) et la mort (un prêtre fou armé d’un gode). ZE rôle de Kathleen Turner, illuminée ici par des néons torves sous lesquels on s’aventurerait jusqu’au bout de la nuit. Le dernier chef-d’oeuvre de Ken Russell.

GUMMO (Harmony Korine, 1999)
Sans doute le Freaks des 90’s. Une ville encore hantée par une tornade, des chats crevés, des visages cabossés, des seins scotchés, des rollers sur l’herbe. En surface, une virée sordide. Dessous, un poème bouleversant au parfum de décharge publique.

MAIS NE NOUS DÉLIVREZ PAS DU MAL (Joel Seria, 1971)
Révoltes et messe noire dans la France de Pompompidou. La veine au front, Joel Seria allumait un cocktail Molotov habillé de soquettes blanches et de robes légères. «Dis, ferme un instant les yeux…»

LE CUISINIER, LE VOLEUR, SA FEMME ET SON AMANT (Peter Greenaway, 1989)
Chaque film de Greenaway est une expérience puissante. Mais celui-ci canalise le mieux sa trivialité trash, son maniérisme baroque, ses jeux d’installations, sa symbiose avec Michael Nyman. Coup de fourchette, coup de trompette : entre le vaudeville et le grand-guignol, ça dégueule et ça jouit.

LES RENCONTRES D’APRÈS MINUIT (Yann Gonzalez, 2013)
Derrière le plaisir de déployer le charme discret de la partouze, Yann Gonzalez a rouvert notre cœur, et celui du cinéma français. Un film d’amour(s), de fantômes et de nuit qui poursuit et hante sans cesse.

MES NUITS SONT PLUS BELLES QUE VOS JOURS (Andrzej Zulawski, 1989)
Vraie/fausse comédie romantique où il vaut mieux trop parler pour aimer, trop parler pour ne pas mourir. Le film le plus inoffensif de Zuzu, mais aussi le plus touchant, le plus drôle, indissociable du visage et du corps de Sophie Marceau.

MESSIAH OF EVIL (Willard Huyck et Gloria Katz, 1973)
L’héritier tout en couleur de Carnival of Souls, possédé de la première à la dernière image par une atmosphère onirique et Lovecraftienne où tout fait peur, même quand il ne se passe rien. Lynch, Carpenter, Romero : ils sont déjà tous là dedans et peut-être (peut-être!) qu’ils ne le savent pas….

THEO MICHEL

MELANCHOLIA (Lars Von Trier, 2011) & THE TREE OF LIFE (Terrence Malick, 2011)
Si la séquence cosmique de The tree of life renvoie à l’origine du monde, celle de Mélancholia renvoie, elle, à la fin. Deux films profondément sublimes, prétentieux et chaotique. Du genre à vous imprimer des images que vous n’oublierez jamais, transperçant votre rétine et déchirant votre grand cœur de spectateur. Dans l’un comme dans l’autre, la plainte élégiaque crée une juxtaposition entre le macrocosme et le microcosme (l’infiniment petit et l’immensément grand) illustrant l’unification du drame familial à l’universel. Malick recherche l’image-perception, les dialogues ne l’intéressent pas, mais plutôt une émotion qu’il veut capter visuellement – il veut s’éloigner le plus possible de la littérature et du théâtre. Sa caméra constamment mobile sur steadicam capte des moments flottants et éphémères, qui rend le tout vertigineux. Un cinéma-expérience dans sa plus grande splendeur. Lars von trier lui, se rapproche, visuellement du dogme 95 en narrant un film en deux partis – chacune représentant deux sœurs, Claire (Charlotte Gainsbourg) et Justine (Kristen Dunst) totalement différentes, métaphorisées par deux planètes (la Terre et Saturne). Les deux parties du film se répondent comme The tree of life et Melancholia – lumière et néant.

MULHOLLAND DRIVE (David Lynch, 2001)
Le personnage et le spectateur sont plongés dans un thriller onirique, passionnelle et romantique dans les limbes d’Hollywood entre rêve et cauchemar, amnésie et fantasmagorie. On retrouve ici, l’essence même du cinéma de Lynch.

LOVE EXPOSURE (Sion Sono, 2008)
237 minutes de pur plaisir cinématographique totalement fou et totalement libre, qui ne rentre dans aucune case. Comédie trash, drame poignant, film gore et religieux, Sion Sono nous livre un film riche, complexe et ô combien jouissif. Love Exposure deviendra alors le premier film de la très forte «trilogie de la haine» composée de Cold Fish et Guilty of romance. 4h de film totalement immersif et subversif.

UNDER THE SKIN (Jonathan Glazer, 2013)
De son premier plan sur un œil au dernier sur le regard de l’alien (Scarlett Johnson), Jonathan Glazer nous expose son intention : celui de suivre l’évolution d’un œil, d’un regard, d’un corps face à un monde totalement inconnu. Pour apprendre à connaitre ce monde, l’extraterrestre prend l’apparence d’une séduisante femme et part en quête d’homme – afin de les découvrir, de découvrir le monde – avant de les faire disparaître. Nous restons ébahis devant cette aventure sexuelle pour le moins fascinante. Presque muet et visuellement troublant, le film est alors une exploration d’un monde de sensation où le personnage découvre peu à peu la peur, l’orgasme mais aussi la laideur et la solitude humaine, prisonnier de leur corps. À la fin de la projection, certaines séquences (celle de la plage notamment) viennent nous hanter à jamais. Du chaos sublime.

LES GARÇONS SAUVAGES (Bertrand Mandico, 2018)
Il est des œuvres qui nous provoquent des frissons au générique de fin. Nous ressentons alors cette rare et exquise sensation d’avoir vu un grand film. C’est ce que m’a provoqué Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico. Comme une sorte d’introduction pour une filmographie, que l’on espère sera vite grande, Mandico bouscule les genres (dans tous les sens du terme), brise les frontières d’un cinéma français qui ne jure que par ses cases. Un film poétique et mélancolique sur cinq adolescents envoyés sur une ile étrange et sauvage après avoir commis un crime collectif. À la fois sensuel et hypnotique, ce premier long-métrage ne rassemble à rien de connu. Alerte : ça fait du bien.

ENTER THE VOID (Gaspar Noé, 2009)
Ici l’expérience est grande et vertigineuse. La caméra subjective de Gaspar Noé – qui signe son œuvre la plus audacieuse visuellement – prend le point de vue de l’âme errante d’Oscar qui lévite au-dessus des rues nocturnes, ultra coloré de Tokyo. Au fil des minutes (150min !), l’expérience et ses visions deviennent de plus en plus chaotiques et cauchemardesques. Son dispositif : filmer l’invisible et proposer une réflexion sur l’après-vie. Le personnage traverse le temps (passé, présent, futur) en total spectateur d’un monde avec lequel il ne peut plus interagir. Gaspar on t’aime.

FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE (Tod Browning, 1932)
Véritable scandale à sa sortie, ce film maudit va devenir culte. Un pur chef-d’œuvre que notre cher David Lynch reprendra avec son Eléphant Man. Oscillant entre mélodrame et odyssée horrifique, Tod Browning avait promis un film d’horreur : le voilà. Le monstrueux comme machine de cinéma.

MARTYRS (Pascal Laugier, 2008)
Existe-t-il un plus grand film d’horreur français que celui-ci ? D’une cruauté psychologique et d’une noirceur graphique sans nom. Martyrs se révèle bien plus intelligent qu’il n’y paraît, le film propose en fond une réflexion sur l’œuvre horrifique, plus précisément le torture-porn (la violence) en rapport avec le spectateur. Ps : Le plus grand rôle de Xavier Dolan. Rien que pour ça, faut le voir.

LA MARQUE DU TUEUR (Seijun Suzuki, 1967)
Susuki rime avec nouvelle vague de cinéma japonais – libre et innovant. Voilà son film le plus expérimental et le plus fou. Un film de gangsters sous LCD sacrément bordélique qui va à 100 à l’heure. Susuki déconstruit l’intrigue narrant l’histoire d’un tueur à gages qui rate sa cible. La cause : un papillon. C’est totalement libre et lyrique, érotique, violent. On en ressort rincé, la tête qui tourne. «Vous faites des films incompréhensibles» dira le directeur du studio la Nikkatsu à Suzuki. CHAOS REIGN.

SINA REGNAULT

SUSPIRIA (Dario Argento, 1977)
J’ai eu la chance de l’interviewer pour la sortie de Opera en version restaurée. C’était comme rencontrer le Pape. Il m’a dit que les animaux, les insectes, étaient des acteurs comme les autres et qu’il adorait travailler avec eux. Suspiria a changé la vie de beaucoup de gens. THIS FILM SHOULD BE PLAYED LOUD.

LOST HIGHWAY (David Lynch, 1997)
Des cris, de l’amour (fou l’amour), une blonde, un garagiste, une tête écrasée contre une table basse et un chauve avec une caméra.

THE ADDICTION (Abel Ferrara, 1995)
C’est un fait établi, il y a beaucoup de chaos dans l’esprit d’un étudiant en philosophie. Celui de Kathleen est un best-of.

BELLADONNA (Eichii Yamamoto, 1973)
Découvert dans la plus petite salle du UGC de Châtelet-Les Halles, un soir. Une fois dehors, j’ai compris pourquoi on parle toujours autant des années 1970 aujourd’hui – pour ce genre d’objet culte en l’occurrence. Quelqu’un devrait l’ajouter au Larousse dans la définition du mot «Psychédélisme».

LES YEUX SANS VISAGE (Georges Franju, 1960)
Edith Scob (ou plutôt Reine Edith I du royaume Chaos) a tourné dans ce petit film de 1960 en noir et blanc où l’on voit une opération de chirurgie esthétique. Vous savez, l’ablation du visage la plus célèbre de tous les temps. Ceux qui ont peur des chiens, s’abstenir.

LA FÉLINE (Paul Schrader, 1982)
Chien ou chat, il faut choisir. Ok, je prends la panthère noire. J’ajoute du rock de David Bowie, de l’électro de Giorgio Moroder, Nastassja Kinski (parce qu’elle est troo belle), le fou de Caligula de Tinto Brass et la Nouvelle-Orléans moite et sexuelle. Ha mince, ce film existe déjà. Marvel a juste changé l’arbre de côté en fait. D’accord.

L’ENFER DES ZOMBIES (Lucio Fulci, 1979)
Passons sous les mers. Une bagarre entre un zombie et un squale de 100 kilos, ça vous dit? L’enfer tropical est un paradis.

DELLAMORTE DELLAMORE (Michele Soavi, 1994)
Film qui divise beaucoup. Moi j’adore. On peut élaborer plein de théories sur ce qui arrive, pendant des années, mais au final c’est toujours le corps nu d’Anna Falchi qui gagne.

POSSESSION Andrzej Zulawski, 1981)
Parce qu’Andrzej avait un don particulier pour diriger les acteurs. Sam Neill et Isabelle Adjani peuvent en témoigner.

LE FESTIN NU (David Cronenberg, 1991)
William S. Burroughs a écrit le livre. Cronenberg s’est plongé dans la piscine qui lui sert de cerveau et a pondu ça. C’est l’acteur de RoboCop qui joue le drogué. Il boit des cocktails avec un cafard géant et sniffe de la mort-aux-rats. Le cycle de la vie!

GAUTIER ROOS

LES DIABOLIQUES (Henri-Georges Clouzot, 1954)
Inutile de revenir sur cette intrigue maintes et maintes fois louée, ou sur cet épilogue complètement fou qui préfigure avec 15 ans d’avance les codes du giallo. Je me demande encore comment un film avec des personnages aussi peu aimables a pu réussir à conquérir les écrans (Tavernier n’aime pas le film précisément à cause de ça). Montrez ce monument à n’importe qui, au cinéphage chevronné comme au quidam pas vraiment acculturé au noir et blanc : l’effet de stupéfaction sera exactement le même. Un sommet qui n’a pas pris une ride, traversé par des élans comiques de génie.

VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER (Michael Cimino, 1978)
Faut-il vraiment préciser pourquoi c’est le plus beau film au monde ? Impossible de voir une scène de mariage, de billard, de guerre ou de tripot sans avoir Cimino quelque part dans un coin de la tête. C’est surtout ce qu’on a vu de plus élégant sur la vie (et la mort) d’une petite communauté confrontée à la tragédie. A côté, Apocalypse Now me parait petit : c’est dire si je ne m’en lasserai jamais.

DEEP END (Jerzy Skolimowski, 1970)
Une éducation sentimentale qui culmine en eau de boudin : y’a pas 36 films qui restituent ça aussi bien (citons Le Lauréat, Daisy Miller, ou l’héritier Wes Anderson, qui doit beaucoup à ce splendide triumvirat). Mais Deep End respire quelque chose de sordide, quelque part entre le vert agressif et moisi des locaux, ces cadrages glauques et ces gardiennes de piscine en claquettes-chaussettes. Malgré tout ça chaque plan est une toile de maitre : je n’ai pas encore élucidé tous les contours de ce film miraculeux.

CRUISING (William Friedkin, 1980)
Un film poisseux qui pousse le vice jusqu’au bout, une entreprise suicidaire qui fait comprendre en trois plans que Friedkin n’est pas sorti tout à fait indemne de son expérience Sorcerer. Le film parle d’ailleurs de ça : à force de se penser au-dessus des règles, on court nécessairement à sa perte, ce qui fait tout à fait sens dans la carrière de Billy. Outre son ambiguïté absolument inconcevable aujourd’hui, je l’aime aussi parce qu’il trace un pont entre le Nouvel Hollywood et le kitsch pompeux dans années 80. Je ne connais pas de film qui donne autant l’impression d’avoir entrouvert les arcanes du mal (et notons-le, sans le moindre recours au fantastique).

THE NAKED KISS (Samuel Fuller, 1964)
Samuel Fuller est un peu mon maître ès chaos : il en a distillé partout à Hollywood, s’attirant une fâcheuse réputation qui fait glousser aujourd’hui. Comme Friedkin, c’est un cinéaste tellement rentre-dans-le-lard et tellement subtil en même temps… The Naked Kiss réussit sur tous les tableaux : c’est un film noir, un drame de chambre, un woman’s picture, un cri violent qui lorgne régulièrement du côté du fleur bleue, et un titre VF formidablement débile ! Et je pense secrètement que Constance Towers est la plus belle actrice de tous les temps…

LA COLLECTIONNEUSE (Eric Rohmer, 1967)
Puissent tous les films érotiques être de cette teneur-là… Pour moi c’est sans conteste le plus beau film de Rohmer, et peut-être le plus grand film jamais réalisé sur la tentation. Dieu sait que des films sur les maisons de vacances ont été faits, mais je ne peux m’empêcher de penser à chaque fois à celui-ci, passablement immoral, où pas une seule ligne de dialogue n’est à retirer (sorry Assayas).

UNE VRAIE JEUNE FILLE (Catherine Breillat, 1999)
Mal élevé comme tout, le premier film de Catherine Breillat mérite une réévaluation : je suis sûr qu’il sera culte d’ici quelques années. Encore une histoire d’éducation sentimentale étouffée au sein d’une famille glauque, traversée de séances sans dialogues pendant 4/5 minutes, ce qui n’a pas dû aider à sa diffusion TV, même à une heure tardive. Je ne gâcherai pas le plaisir de ceux qui ne l’ont pas vu, mais j’ignorais qu’on pouvait introduire autant de choses dans un corps… André Génovès à la prod, l’homme des plus grands Chabrol.

MOUCHETTE (Robert Bresson, 1967)
Bresson featuring Bernanos : oui, ça sent pas la bidonnerie ou la tape sur la cuisse. C’est un geste désespéré, complètement déprimant, aride jusqu’à la moelle, mais je pense aussi que ça peut parler à absolument tout le monde, y compris les anti-Bresson (j’en connais beaucoup). Un redneck movie sauce Vaucluse, dont j’imagine qu’il n’a pas manqué de faire son petit effet à Cannes 1967 (ambiance).

LE PRIVE (Robert Altman, 1973)
Le grand sommeil = du pipi de félin à côté. L’animal de compagnie, la clope, le plan voyeur sur la véranda des voisines : c’est une relecture tellement attachante et savante du film noir, pas uniquement une resucée de Raymond Chandler… En 20 secondes inaugurales, j’ai une empathie totale pour cet empaffé d’Eliott Gould : c’est je crois la négligence la plus élégante qu’on n’ait jamais vu sur un écran de cinéma.

DU COTE D’OROUET (Jacques Rozier, 1973)
Ca c’est le film dont on voudrait qu’il ne s’arrête jamais, une tranche de 2 heures 34 qui pourrait nettement faire le double, et qui résume parfaitement ce que pourrait être une définition du charme au cinéma. Bon quand on réfléchit deux secondes, on se rend compte que c’est plutôt du génie : combien de cinéastes se sont essayés à ce type de scénario “oisif” sans rien obtenir au bout ? Bernard Menez en espadrilles… Ce serait pas le plus beau home movie jamais réalisé ça ?

MORGAN BIZET

AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU de Werner Herzog
Difficile de faire cinéaste plus Chaos que Werner Herzog. Un realisateur-aventurier qui part filmer autour du globe dans des conditions extrêmes, poussant ses équipes de tournages dans une atmosphère proche de la démence. Comment ne pas citer Aguirre, oeuvre monstrueuse où Herzog et Klaus Kinski, acteur fétiche et ami, en sont presque venus à s’entretuer? Une tension qui suinte à l’image de ce qui est peut-être le film ultime sur la folie humaine. Un chef-d’oeuvre au psychédélisme crépusculaire – magnifié par la partition ambient de Popol Vuh – qui servira notamment d’inspiration pour l’autre immense film du genre, Apocalypse Now.

AKIRA de Katsuhiro Otomo
Le film n’a certes pas la densité du manga éponyme, lui aussi l’oeuvre de Katsuhiro Otomo, mais Akira aura réussi à hanter l’imaginaire collectif de la science-fiction et du cyberpunk. Au point d’en faire un monument de la culture pop, tout en restant 100% chaos. Un truc encore plus immense que Blade Runner.

CURE de Kiyoshi Kurosawa
Le thriller le plus terrifiant des 20 dernières années. Kurosawa filme la désintégration insidieuse de la famille japonaise par un tueur-hypnotiseur tel Tarkovski. Plans-séquences, travail sur l’espace et le temps mettent en place une ambiance horrifique et mortifère qui glace le sang, jusqu’à un final d’une noirceur sans égale. Fincher who ?

INVOCATION OF MY DEMON BROTHER de Kenneth Anger
Des courts iconiques de Kenneth Anger ma préférence va à son plus ouvertement démoniaque. Invocation of My Demon Brother, est, comme toutes les oeuvres d’Anger, un film-rituel, qui fait ici du cinéma l’art satanique par excellence. Le cinéaste sorcier transforme surimpressions, aplats de couleurs, rimes visuels et musique de Mick Jagger en artefacts capables d’amener la magie noire et les enfers au sein de notre réalité.

STARSHIP TROOPERS de Paul Verhoeven
Paul Verhoeven a une belle filmographie remplie de films Chaos. Lequel choisir ? Starship Troopers bien évidemment ! Projet le plus fou et ambitieux du hollandais violent, ce film de sf écrit par Ed Neumeier (responsable du déjà génial Robocop) est une puissante satire du fascisme et de l’impérialisme américain mal comprise par l’intellegentsia hollywoodienne qui la jugea comme une œuvre néo-nazie (rires). Comme bien trop souvent, le public et la critique passa à côté du film de Verhoeven… Qu’importe, revoir Starship Troopers aujourd’hui est essentiel tant il n’a pas pris, autant visuellement que par la puissance de sa mise en scène. Pour ceux qui regrettent l’époque où Hollywood sortait encore des films qui comptent. Ou pour simplement narguer Christophe Honoré qui avait jugé à l’époque pour les Cahiers du Cinéma qu’il s’agissait d’une œuvre pour “puceaux accros aux jeux vidéo”.

MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE de Tobe Hooper
Le film d’horreur le plus terrifiant et incroyable de l’histoire. Sorte de one-shot indépassable pour ses successeurs, et cruellement pour son propre auteur qui sombra dans la réalisation d’œuvre de seconde zone. Un morceau d’histoire du cinéma. Un film Chaos.

TROUBLE EVERYDAY de Claire Denis
Le sentiment amoureux filmé comme un sentiment dévorant et cannibale. Un film d’horreur déguisé peuplait de gueules inoubliables : Vincent Gallo, Béatrice Dalle, Alex Descas, José Garcia (si, si). Ma première rencontre avec le cinéma de Claire Denis bercée par la musique sublime des Tindersticks. Le début d’une autre histoire de cinéma vis à vis d’une œuvre fascinante et un désir intarissable et vampirique de la redécouvrir.

TWIN PEAKS (Film + série) de David Lynch
David Lynch is Chaos. Chaos is David Lynch. Et Twin Peaks, dans son entièreté, est son sommet et peut-être le toit du monde cinématographique et audiovisuel (voire artistique ?).

Vertigo de Alfred Hitchcock
Un film sur un nécrophile réalisé à Hollywood ? N’importe quoi ! Bah si, Vertigo tiens ! Avec ce film Hitchcock offrit l’une des œuvres les plus pernicieuses et ambigus qui soit, qui nous aspire dans les vertiges de sa grandeur. Accessoirement l’œuvre la plus pillée, copiée ou inspirantes de l’histoire du cinéma. LE chef d’œuvre.

Videodrome de David Cronenberg
Long live the new flesh ! Peut-être pas le meilleur Cronenberg (je lui préfère Crash ou Faux Semblants), mais Videodrome est certainement son film-théorème, celui dans lequel se déploie en puissance tout le programme de son art dérangeant et déroutant. Un film sur l’attraction fatale et irrésistible des images en mouvement. Nous sommes pris au piège du cinéma. Et on aime ça !

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