Cadeau du 1er janvier 2020: la rĂ©daction chaos rĂ©vèle le classement des 100 meilleurs films chaos de la dĂ©cennie 2010’s. Accrochez vos ceintures.

C’est notre petit cadeau d’entrĂ©e dans la nouvelle annĂ©e: 100 films chaos qui ont marquĂ© la dĂ©cennie, une dĂ©cade traversĂ©e par l’angoisse, la tentation autistique, et la rĂ©sistance organisĂ©e (c’est Juan Branco qui va ĂŞtre content). L’Ă®le paradisiaque qui revĂŞt des contours inquiĂ©tants, la plongĂ©e dans un grand bain noir virant Ă  l’abstraction, le refuge censĂ© nous protĂ©ger avant la catastrophe imminente: voilĂ  comment les grands films de cette dĂ©cennie ont contemplĂ© leur Ă©poque, rĂ©unis par une unanimitĂ© thĂ©matique Ă©vidente. On pourrait trouver ça totalement anxiogène si cela n’avait pas donnĂ© lieu Ă  des tentatives formelles fiĂ©vreuses et des passerelles temporelles qui ne sont pas sans rapport avec la logique du flux permanent (Twin Peaks: The Return n’est Ă©videmment pas le seul film dĂ©coupĂ© en Ă©pisodes: il suffit de penser au chapitrage coutumier de Trier, Tarantino et Kechiche ou aux fragments autonomes de Holy Motors, parmi tant d’autres exemples). C’est un peu comme si les films en haut du classement s’Ă©taient concertĂ©s pour prendre Ă  rebours leur Ă©poque: peu de roman Ă  la première personne, peu de personnages dĂ©clinables en produits dĂ©rivĂ©s, assez peu de hĂ©ros d’ailleurs (ou des hĂ©ros qui refusent leur statut, façon Billy Lynn)… Une belle entourloupe aux trois mamelles de l’industrie que sont le biopic psychologisant, le film de super-hĂ©ros standardisĂ© et le remake passĂ© en machine. Une vraie logique contrebandière et… parasitique! G.R.

1. Holy Motors de Leos Carax (638 points)
Le hĂ©ros polymorphe (Denis Lavant, qui depuis Boy Meets Girl joue le double de Carax) vit un jour sans fin, contraint d’accepter onze rĂ´les diffĂ©rents comme autant de missions ultrasecrètes. Chaque personnage implique une mĂ©tamorphose physique et le projette tour Ă  tour dans la comĂ©die, le mĂ©lodrame, l’action, le rĂ©alisme magique, du cinĂ©ma le plus ancien au plus moderne, du muet Ă  la motion capture… Dès lors qu’on a compris ce principe proche de l’écriture automatique, l’ensemble ressemble Ă  un miracle permanent, suscitant chez le spectateur toutes sortes d’émotions. Avec une libertĂ© inouĂŻe et un appĂ©tit de merveilleux cher aux surrĂ©alistes, Carax s’autorise tous les dĂ©crochages, tous les dĂ©rapages, toutes les rencontres. Derrière l’aspect ludique de ce dĂ©dale tortueux, Leos Carax ne masque pas son dĂ©senchantement, son impuissance face Ă  une industrie cinĂ©matographique sclĂ©rosĂ©e. On aimerait tant lui dire que son Holy Motors est triste et euphorisant comme une fĂŞte de fin du monde, d’une puissance dĂ©sarmante, Ă  en redonner le goĂ»t du cinĂ©ma aux morts et aux blasĂ©s. Que tout ce qui s’y joue, s’échange, se montre et se murmure nous bouleverse. Et que, grâce Ă  lui, les limousines vrombiront encore longtemps. C’est notre film chaos de la dĂ©cennie Ă©coulĂ©e, de ceux qui donnent envie d’y croire et de continuer. R.L.V.

2. Twin Peaks: The Return de David Lynch (610 points)
Comme bon nombre d’exĂ©gèses nous l’auront bien assĂ©nĂ© durant cette dĂ©cennie, la pop culture des annĂ©es 2010 laissera vraisemblablement le souvenir d’un disque rayĂ©, les mĂŞmes dix secondes Ă  l’échelle de l’inconscient culturel de l’humanitĂ© jouĂ©es en boucle par un gamin trop peureux de grandir sans ses doudous, ou d’affronter autre chose que l’horizon de ses posters d’adolescence. Alors, Ă  notre Ă©poque oĂą plus rien ni personne n’a le droit de mourir, oĂą tout doit ĂŞtre rebootĂ© en permanence, le grand retour de l’une des sĂ©ries les plus emblĂ©matiques de la crĂ©ation tĂ©lĂ©visuelle mondiale aura pris le risque particulièrement audacieux de proposer autre chose qu’une grande soupe connivente livrĂ©e clĂ© en main: de toutes les rĂ©surgences du passĂ© culturel, c’est sans doute la seule Ă  accepter de regarder la mort en face. Twin Peaks: The Return est hantĂ© par la mort, les morts, nos morts. Et, pour citer Yann Gonzalez, “Sheryl Lee qui hurle dans les derniers plans de Twin Peaks the Return, c’est comme un cauchemar qui perce mon âme, un voile noir qui Ă©treint mon cĹ“ur Ă  jamais.” F.C. & R.L.V. & Y.G.

3. Mad Max: Fury Road de George Miller (571 points)
Le rollercoaster chaos des annĂ©es 2010’s qu’il Ă©tait attendu et qu’il Ă©tait Ă  la hauteur de toutes nos folles espĂ©rances. Dans une forme olympique, George Miller est revenu plus de trente ans après son opus original pour ridiculiser la concurrence et, très très loin de faire pâle figure dans l’univers gavĂ© de testostĂ©rone du blockbuster, il a conçu une hallucinante course-poursuite de deux heures, en un long mouvement opĂ©ratique visuellement Ă©tourdissant qui donne envie d’oublier qu’il a copieusement snobĂ© Toni Erdmann lorsqu’il Ă©tait prĂ©sident du jury au Festival de Cannes en 2016. La rĂ©daction garde aussi ce souvenir Ă©mu de la sortie de projection au Festival de Cannes avec notre GĂ©rard Delorme, avouant avoir vu l’un des meilleurs films de sa vie. Ajoutons que, dans un entretien accordĂ© Ă  Deadline et publiĂ© le 9 dĂ©cembre 2019, Mimi a confiĂ© qu’il «n’en avait pas terminĂ© avec l’histoire de Mad Max». D’accord, George, mais si possible pendant la dĂ©cennie 2020’s. R.L.V.

4. Under the Skin de Jonathan Glazer (502 points)
Scarlett Johansson, alien dans les limbes Ă©cossaises dans un film si novateur qu’il donne l’impression d’assister Ă  un nouveau cinĂ©ma. Jonathan Glazer Ă©pouse le regard d’une extraterrestre sur notre humanitĂ© et met en scène la disparition d’hommes entraĂ®nĂ©s dans une mer de laque noire dans laquelle ils s’enfoncent doucement tandis que l’alien se dĂ©shabille devant eux. Dès lors que ladite alien dĂ©couvre la compassion (auprès d’un freak), le dĂ©sir (auprès d’un homme) et donc l’amour des autres, elle deviendra humaine et elle aura peur. Au-delĂ  de la radicalitĂ© dĂ©mente, on louera l’horreur nocturne et la beautĂ© cosmique confondus. Une succession de visions d’un autre monde, parmi les plus poĂ©tiques vues dans les annĂ©es 2010. R.L.V.

5. Mektoub, my love: canto uno de Abdellatif Kechiche (497 points)
Cinq ans après le couronnement cannois de La Vie d’Adèle, Mektoub My Love Canto Uno a secoué le cinéma français avec son atmosphère caniculaire, ses longues séquences de boîte de nuit, son érotisme palpable. Annoncé par une bande-annonce dansante et minimaliste, le film atteint des sommets de virtuosité dans sa mise en scène enivrante des tourments adolescents, des corps qui se secouent jusqu’à l’overdose, de ce combat intérieur entre l’innocence qui s’évapore et la réalité crue de la vie. Un must incontournable de cette décennie – on en crève de devoir attendre pour la suite. A.R.

6. Midsommar de Ari Aster (493 points)
Bien courageux celui qui nous pondra comme Ari aujourd’hui un film d’une telle noirceur au soleil, tout en osant mettre au même niveau d’intensité dramatique un deuil familial et une rupture amoureuse. A voir et à revoir en version longue et en diptyque avec son autre chef-d’œuvre, Hérédité. G.C.

7. Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino (468 points)
Qui aurait pensĂ© que le plus adulĂ© des cinĂ©astes en activitĂ© rĂ©inventerait autant son style? Loin des climax, coups d’Ă©clat et autres morceaux d’iconographie pop furibarde qui ont fait sa gloire Ă  ses dĂ©buts, Quentin compose ici une symphonie moins haletante, prĂ©fĂ©rant arpenter les terres de Leone et Antonioni, sur une Ă©poque en train de se clore (autant celle des glorieuses sixties que la nĂ´tre, bien Ă©videmment). Et rĂ©ussit la prouesse de dĂ©jouer nos attentes sur ce qui Ă©tait peut-ĂŞtre le film le plus attendu de la dĂ©cennie. D’autant plus fort que tout le monde, en particulier les professionnels du tweet, pensaient avoir vu le film avant mĂŞme qu’il ne soit fait… G.R.

8. Melancholia de Lars Von Trier (463 points)
La plus belle scène finale du 21ème siècle, incontestablement: fallait-il attendre autre chose d’un film consumĂ© en son cĹ“ur par la mĂ©lancolie, suite logique du dĂ©primĂ© Antichrist (2009) qui travaillait dĂ©jĂ  pas mal autour de la notion de cafard? Grâce Ă  Lars, on sait dĂ©sormais que le sublime peut produire la nausĂ©e, que le morbide a quelque chose de grandiose, et que Kirsten Dunst en tenue d’Eve, jonchĂ©e immobile sur son rocher, pourrait très bien se substituer Ă  la dĂ©finition de la beautĂ© dans le prochain Larousse. G.R.

8. Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures de Apichatpong Weerasethakul (463 points)
Festival de Cannes 2010. Tim Burton, alors président du jury, tombe amoureux de cette merveille, une histoire de réincarnation et d’amour évanoui dont les cinq premières minutes pétrifient sur place, comme sous le choc d’une poésie spirituelle et d’un gag métaphysique. La suite ressemble à une expérience cosmique qui s’écoule entre l’éblouissement (une beauté plastique hors du commun) et l’effroi (les apparitions spectrales de créatures surnaturelles), l’espoir (la communication invisible avec la nature ou un monde ancien, à travers le temps, au-delà de la mort) et le désenchantement (le seuil de la mort avant la chrysalide). R.L.V.

10. Un jour dans la vie de Billy Lynn de Ang Lee (459 points)
L’avant-dernier film d’Ang Lee, tragiquement sabordé par une distribution aberrante, repose sur un paradoxe étonnamment fécond: pousser les limites du cinéma numérique jusqu’au bout du possible pour accoucher d’une image nouvelle, déroutante et bizarre, propice à la découverte d’un déchirement – celui d’un jeune G.I. de retour d’Irak, hésitant entre la poursuite de son devoir et le retour auprès des siens. En résulte un drame avant-gardiste bouleversant, à la charge politique dévastatrice, au milieu duquel brille Kristen Stewart, dont le talent n’est plus à remettre en question. En 120 images par seconde, la jeune actrice n’a jamais été aussi belle, aussi juste, aussi vraie. A.R.

11. Parasite de Bong Joon Ho (455 points)
Le film qui met tout le monde d’accord. Bâti tel un film d’architecte, dont il s’agit d’explorer la demeure, Parasite repose sur toutes les surprises qu’il revĂŞt, dĂ©voile graduellement avec un art magistral du suspense. Il faut dire que la bâtisse est magistrale. Si bien qu’il s’agit avant tout, avant mĂŞme de la satire chabrolienne sur laquelle on a tant parlĂ©, d’une leçon de mise en scène. Ouvrez la porte du cinĂ©ma de ce cher monsieur Bong et vous vous en souviendrez pour toujours. Un peu de chaos dans ce monde de brutes. T.M.

12. Hérédité de Ari Aster (452 points)
Hail Paimon! Après la décès de sa mère, une femme (Toni Collette, impériale) voit sa famille sombrer dans une terrible malédiction. Avec sa sorcellerie à tous les étages, Hérédité se qualifie comme le plus durable et substantiel des films de terreur contemporains. Il faut le voir à répétition pour repérer tous les indices intelligemment disséminés et comprendre à quel point le réalisateur Ari Aster, dont c’est seulement le premier film et qui réalisera l’année suivante Midsommar, a déjà tout d’un grand. Le David Fincher des années 2010, c’est lui. R.L.V.

13. The Strangers de Na Hong-Jin (448 points)
Si l’on ne présente plus le cinéma sud-coréen, habitué des tops et classements en tous genres, le dernier long-métrage de Na Hong-jin aura tout de même réussi à créer la surprise. Intelligent mélange des genres, le film flirte tantôt vers le fantastique et l’horreur (dont il tire quelques effets saisissants), tantôt vers la comédie burlesque. Sombre, violent, mystique, décalé, le film n’est pas sans rappeler la moiteur étouffante d’un Memories of Murder, dont il reprend avec astuce le décor rural et appauvri et la construction dramatique autour d’une enquête sinueuse. Une plongée jouissive autant que malaisante dans le folklore méconnu de la Corée du Sud, une descente aux Enfers qui s’achève dans un final d’une noirceur inoubliable. A.R.

14. Take Shelter de Jeff Nichols (429 points)
L’histoire d’un homme qui a des visions apocalyptiques et qui tente coûte que coûte de protéger sa famille. Sous forme de bouleversant bouleversement, Jeff Nichols construit l’un des plus beaux films de fin du monde, dans le sillage de La dernière vague de Peter Weir, la même décennie que Melancholia de Lars Von Trier et Le cheval de Turin de Béla Tarr, dont le thème central s’avère extrêmement contemporain: l’effondrement d’un univers familier en temps de crise. T.M. & R.L.V.

15. Tree of Life de Terrence Malick (424 points)
Ă€ ce jour, Tree of Life (Palme d’or en 2011) est probablement le sommet de la carrière de Terrence Malick. C’est un hymne Ă  la lumière, celle qui nous berce, qui nous fait vivre, celle qu’on cherche pour triompher de l’inertie passagère du monde. Pas loin, la nuit est lĂ , avec ses tĂ©nèbres difformes oĂą remue le chaos, tout est instable et mouvant. C’est un film tout en duel, oĂą les souvenirs remontent comme des images incontrĂ´lables, planantes comme le vent que l’on ne peut attraper, seulement sentir et contempler. C’est une symphonie Ă©lĂ©giaque qui procède d’une vision double, d’une sorte de grand Ă©cart entre l’infiniment petit et l’infiniment grand, le galactique et le molĂ©culaire, l’unitĂ© infinie et le grouillement innombrable, la terre et le ciel, l’enfance et l’âge adulte, la vie et la mort. Virtuose le Terry. T.M.

16. Elle de Paul Verhoeven (423 points)
Comment on dort? Comment on se rĂ©veille? Ce sont les deux questions que pose Elle, de Paul Verhoeven, adaptation de Philippe Djian portĂ©e par une Isabelle Huppert on fire dont le personnage violĂ© entretient une relation extrĂŞmement ambiguĂ« avec son violeur. A la première question, la rĂ©ponse est Ă©vidente: on dort avec un marteau posĂ© sur son oreiller. A la seconde, aussi: en s’invitant au saccage des apparences. Un sommet de zazaxploitation doublĂ© d’une cĂ©lĂ©bration de la complexitĂ© Ă  une heure de standardisation extĂ©nuante, de dĂ©bats binaires et de consensus mou. Comme une incitation Ă  ne plus dormir, Ă  se rĂ©veiller, Ă  rester alerte, Ă  rester debout. R.L.V.

17. Les garçons sauvages de Bertrand Mandico (400 points)
Cinq garçons sont amenés sur une île après avoir commis un crime sauvage. Adolescents de bonne famille épris de toute liberté, ils vont être alors prisonniers d’un destin voué à les métamorphoser à jamais – les rendre doux et non violents. Baigné de vision romantique et mythologique glorifiant l’imagination et le fantasme, Mandico nous ouvre un monde aux possibilités illimitées. Un monde de sensations, d’impressions, de transgressions et d’abandons. C’est simple, ça ressemble à un corps qui s’agite. C’est follement organique, sale, sexuel, poétique, halluciné. C’est du cinéma qui nous rend ivres. T.M.

18. It Follows de David Robert Mitchell (391 points)
Un film de trouille mĂ©lancolique comme la fin d’un Ă©tĂ©. Dès l’introduction, c’est le choc: on est quelque part entre la malĂ©diction de Ring et l’angoisse suburbaine de Halloween, la nuit des masques, et on sait que l’on va avoir très peur. Ainsi, des adolescents comme les autres sont poursuivis par des “monstres invisibles”: ils sont seuls Ă  les voir, donc isolĂ©s avec leurs visions horrifiantes, et personne ne peut les arrĂŞter. Au terme de l’aventure, on pense moins Ă  des rĂ©fĂ©rences fantastiques qu’à une adaptation cinĂ©matographique de la sublime bande-dessinĂ©e Black Hole de Charles Burns. Comme Morse quelques annĂ©es plus tĂ´t, les meilleurs films d’horreur sont rĂ©alisĂ©s par ceux qui ne rĂ©citent pas leurs classiques. R.L.V.

19. Nymphomaniac de Lars Von Trier (368 points)
Par une froide soirĂ©e d’hiver, un homme (Stellan SkarsgĂĄrd) dĂ©couvre une femme (Charlotte Gainsbourg) rouĂ©e de coups. Après l’avoir ramenĂ©e chez lui, il soigne ses blessures, interroge sa vie. Ce monument en deux parties assène des rĂ©ponses (sur les vicissitudes, l’existence, le monde) mais pose une seule et simple question: c’est quoi un corps? Une question qui amène d’autres questions: Ă  quoi sert un corps? Comment on l’utilise? Comment on communique? Comment on se fait comprendre? Comment on traduit ce qui (nous) dĂ©passe? Pourquoi un corps saigne ou nous Ă©chappe? Nymphomaniac donne ainsi, Ă  comprendre, le plus crĂ»ment, le plus atrocement, le plus sublimement, ce que signifie «composer» avec un corps. On naĂ®t et on meurt avec lui. Mais comment faire pour qu’il marche, qu’il ressente, qu’il transporte. MĂ©taphysique chaos par Dieu Lars. R.L.V.

20. Mademoiselle de Park Chan-Wook (358 points)
Mettez Sade et Sex Crimes dans un bol de velours, et vous aurez ce film de Park Chan-wook. Dans un contexte très particulier (l’occupation japonaise en Corée dans les années 30), Park Chan Wook use pour la première fois de son énergie autrement que dans la démence, la violence graphique (même si on y coupe quelques doigts) ou les cabrioles visuelles. Ce qui l’intéresse, c’est même pas son histoire Rashomonesque, c’est l’érotisme avec boules de gheisha et poésie lunaire façon Brady dandy. Peut-être – ce n’est qu’une supposition – affolé par les scènes saphiques de La vie d’Adèle, PCW décide alors de jouer aux ciseaux, offrant des tableaux affolants renvoyant ni plus ni moins qu’au meilleur du roman porno japonais. J.M.

21. J’ai rencontrĂ© le diable de Kim Jee-Woon (349 points)
Bien courageux celui qui comme Kim arrivera à marier divertissement intello et sauvagerie gore d’un niveau inouï avec autant de maîtrise. Entre la scène du taxi, le couple de cannibales, le coup du tendon, le cache-cache dans la maison familiale, le film aligne les moments cultes à une cadence folle où le malsain, la violence et l’excitation ne font définitivement plus qu’un. Le chaos à l’état pur. G.C.

22. Guilty of Romance de Sono Sion (340 points)
Un bilan de la dĂ©cennie chaos sans un Sono Sion ne serait pas un vrai bilan de la dĂ©cennie chaos. La rĂ©daction a retenu ce très beau conte initiatique baroque et anar sur la jouissance fĂ©minine, aux allures de Belle de jour peinturlurĂ© de gouaches et de couleurs pop. C’est le dernier volet d’une trilogie entamĂ©e avec Love Exposure et Cold Fish. LittĂ©raire et cul, le rĂ©sultat construit comme une enquĂŞte policière avec pirouette finale absurde et comme une quĂŞte de soi par les sens s’avère fascinant et inquiĂ©tant jusqu’à l’hypnose. R.L.V.

23. Under the Silver Lake de David Robert Mitchell (340 points)
Une sĂ©ance cannoise oĂą tout le Grand Théâtre Lumière fit claquer le strapontin dès la deuxième heure pour s’enfiler en douce des Moscow Mule: pour un film aussi attendu, rarement accueil festivalier fut plus timorĂ© ces dernières annĂ©es. ExtĂ©nuĂ©s nous aussi par ce dĂ©dale nocturne de 2h20, nous repensons pourtant au film pendant la nuit… Ce nĂ©o-noir made in la CitĂ© des Anges, arpentant l’histoire du cinĂ©ma tel un vaste jeu de piste avec ses idoles, ses excès, ses pique-assiettes ambitieux et ses faiseurs de compotes industrielles, ne nous a depuis plus quittĂ©s. Qu’importe que le film soit imparfait, bancal, et sans doute trop long: voilĂ  un geste nĂ©buleux qu’on aime, marchant sur les plates-bandes embrumĂ©es de Raymond Chandler et Thomas Pynchon. G.R.

24. L’inconnu du lac de Alain Guiraudie (335 points)
Joie de voir Guiraudie accrocher un siège dans ce top, tant le cinĂ©aste aveyronnais est au-dessus du lot: avec un lac, une plage, trois paires de basket et quelques figurants sans slip au fond du cadre, la Guiraude bâtit sa propre Atlantide, refuge idyllique bientĂ´t menacĂ© par un radieux tueur Ă  moustache capable d’emporter n’importe quel hĂ©tĂ©ro dans son petit numĂ©ro. Encore un film hors-sol, un film qui s’Ă©mancipe du temps et de l’espace: n’est-ce pas le propre des plus belles utopies que de valider les plus frĂ©quents clichĂ©s critiques (le parallèle entre le sexe et la mort)? Joie aussi de se dire que chaque future projection de ce film en salle est un Ă©vĂ©nement… G.R.

25. Traîné sur le bitume (Dragged Across Concrete) de S. Craig Zahler (334 points)
Après les Indiens cannibales de Bone Tomahawk, le pĂ©nitencier nĂ©o-Hostel de Section 99, S. Craig Zahler, grand amoureux des entrechats et litotes, livre un pur modèle de «two cops movie». Sur deux heures et demie impeccablement rythmĂ©es, il prend le temps de raconter le coup prĂ©parĂ© par un grigou sexagĂ©naire (Mel Gibson, pas trop vieux pour ces conneries) et son acolyte (Vince Vaughn). Le vrai grand plaisir coupable de la dĂ©cennie, et la rĂ©vĂ©lation d’un cinĂ©aste dont les films demeurent inexplicablement inĂ©dits dans les salles françaises. B.L. 

Lire le top 100 2010’s de Gautier Roos
Lire le top 100 2010’s de Romain Le Vern
Lire le top 100 2010’s de ThĂ©o Michel
Lire le top 100 2010’s de GĂ©rard Delorme
Lire le top 100 2010’s de Guillaume Cammarata
Lire le top 100 2010’s de Alexis Roux
Lire le top 100 2010’s de JĂ©rĂ©mie Marchetti
Lire le top 100 2010’s de Morgan Bizet

LA SUITE DU CLASSEMENT…

26. Phantom Thread de Paul Thomas Anderson (322)

27. The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (309)

28. Gravity de Alfonso Cuaron (308)

29. A Touch Of Sin de Jia Zhang-Ke (294)

30. Drive de Nicolas Winding Refn (275)

31. La Vie d’Adèle : Chapitres 1 et 2 de Abdellatif Kechiche (266)

31. The Social Network de David Fincher (266)

33. Toni Erdmann de Maren Ade (264)

34. Laurence Anyways de Xavier Dolan (247)

35. Aquarius de Kleber Mendonça Filho (240)

36. Douleur et gloire de Pedro Almodovar (239)

37. The house that Jack built de Lars Von Trier (239)

38. Inside Llewyn Davis des Coen bros (237)

39. Hacker de Michael Mann (230)

40. Toy Story 3 de Lee Unkrich (226)

41. Climax de Gaspar Noe (222)

42. The Irishman de Martin Scorsese (222)

43. Spring Breakers de Harmony Korine (205)

44. Burning de Lee Chang-Dong (214)

45. Gone Girl de David Fincher (206)

46. Blood Island (Bedevilled) de Jang Chul-soo (199)

47. Le Vent se lève de Hayao Miyazaki (193)

48. Inception de Christopher Nolan (189)

49. Killer Joe de William Friedkin (186)

50. The Master de Paul Thomas Anderson (186)

51. Ready Player One de Steven Spielberg (184)

52. Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow (185)

53. Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (182)

54. The Witch de Robert Eggers (180)

55. Un couteau dans le coeur de Yann Gonzalez (178)

56. Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve (175)

57. Enter the Void de Gaspar Noe (173)

58. First Reformed de Paul Schrader (173)

59. The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (173)

60. Kill List de Ben Wheatley (169)

61. The Lost City of Z de James Gray (168)

62. Amour de Michael Haneke (167)

63. Good Time des Safdie bros (162)

64. Jusqu’à la garde de Xavier Legrand (161)

65. Snowpiercer de Bong Joon Ho (161)

66. Les amours imaginaires de Xavier Dolan (160)

67. A serious man des Coen bros (160)

68. Ad Astra de James Gray (156)

69. Cemetery of Splendour de Apichatpong Weerasethakul (155)

70. Twixt de Francis Ford Coppola (151)

71. P’tit Quinquin de Bruno Dumont (147)

72. Mountains May Depart (Au-delĂ  des montagnes) de Jia Zhang-Ke (144)

73. Le loup de Wall street de Martin Scorsese (140)

74. Cosmopolis de David Cronenberg (140)

75. Faute d’amour de Andrey Zvyagintsev (138)

76. Le cheval de Turin de Bela Tarr (136)

77. Les rencontres d’après Minuit de Yann Gonzalez (135)

77. Bad Lieutenant: escale à la Nouvelle-Orléans de Werner Herzog (135)

79. Carol de Todd Haynes (134)

79. Mia Madre de Nanni Moretti (134)

81. Suspiria de Luca Guadagnino (133)

82. Paterson de Jim Jarmusch (133)

83. Les bruits de Recife de Kleber Mendonça Filho (133)

84. Interstellar de Christopher Nolan (132)

85. Knight of cups de Terrence Malick (132)

86. Antiporno de Sono Sion (130)

87. Cafe Society de Woody Allen (130)

88. Leto de Kirill Serebrennikov (129)

89. A Ghost Story de David Lowery (127)

90. Adieu au langage de Jean-Luc Godard (126)

91. Le conte de la princesse Kaguya de Isao Takahata (125)

92. The Assassin de Hou Hsiao-Hsien (124)

93. Maps to the stars de David Cronenberg (123)

94. Inherent Vice de Paul Thomas Anderson (123)

95. Boyhood de Richard Linklater (121)

96. Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher (120)

97. Silence de Martin Scorsese (119)

98. Synonymes de Nadav Lapid (117)

98. Foxcatcher de Bennett Miller (117)

100. Into the abyss de Werner Herzog (116)

100. Bullhead de Michael R. Roskam (116)

Quelques stats Ă  glaner pour ceux que ça intĂ©resse: Holy Motors est le seul et unique film plĂ©biscitĂ© par l’ensemble des journalistes de la rĂ©daction, comme en tĂ©moignent nos tops individuels. De l’autre cĂ´tĂ© du spectre, The Master et Zero Dark Thirty gravitent autour de la 50ème place en ayant Ă©tĂ© citĂ©s que deux fois chacun, ce qui est tout aussi honorable.

La moitiĂ© des films du classement (50) sont passĂ©s par Cannes, en officielle ou en parallèles : malgrĂ© les sempiternels griefs, le festival reste la plaque tournante des films qui comptent, et pas uniquement celle de la cinĂ©philie orthodoxe (zĂ©ro Ken Loach ou Assayas dans ce top d’ailleurs).

17 films français dans ce classement, ce qui prouve que la dĂ©cade n’Ă©tait pas si maussade que ça pour notre industrie tricolore.

Trois films avec Brad Pitt (The Tree of Life, Once Upon a Time… in Hollywood, Ad Astra), deux films avec Zaza (Elle, Amour), deux aussi avec Kristen Stewart (Café Society, Un jour dans la vie de Billy Lynn), deux enfin avec Elle Fanning (Twixt, The Neon Demon). Mais un seul avec Sylvie Testud (Suspiria).

En calant dans le top l’ensemble de ses longs sortis sur la dĂ©cennie, Lars Von Trier est le seul cinĂ©aste Ă  placer trois films (disons trois et demi, en comptant les deux morceaux de Nymphomaniac) dans ce classement. Pour ĂŞtre honnĂŞte Scorsese l’a fait aussi avec ses films de fiction, mais lui ne passe plus nĂ©cessairement par la salle depuis qu’il a rencontrĂ© Ted Sarandos…

Seulement trois premiers longs dans le top 50: un big up Ă  Ari Aster, Bertrand Mandico et Jang Cheol-soo (Bedevilled), trois auteurs soutenus par la maison. Beaucoup de deux-points et de points de suspension dans les titres de nos tops 10 : c’Ă©tait vraiment la dĂ©cennie de la ponctuation.

Ils se sont fait recaler à un poil de fesse: Roma, La grande bellezza, Le congrès, Shoplifters, et Mother! sont vraiment passés tout près de la consécration.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici