Assez peu connu du public occidental comparé aux mastodontes du cinéma hongkongais que sont Tsui Hark, John Woo ou encore Ringo Lam, Tony Liu a pourtant apporté sa pierre à l’édifice du cinéma d’action HK des années 80.

Même si on peut difficilement le catégoriser comme un «auteur» à part entière, il n’en demeure pas moins que les films de Tony Liu relèvent tous plus au moins d’un cinéma de la vitesse, soucieux de divertir son public au travers de séquences d’action généreuses et spectaculaires. Après Angel Terminators 2 (1993), Spectrum a choisi d’éditer deux nouveaux films de Liu, pour le plus grand plaisir des amateurs d’action made in Hong-Kong: Devil Hunters (1989) et The Dragon Fighter (1990).

Devil Hunters se situe à la croisée de deux genres: d’un côté, le «girl with guns», sorte de variante féminine du «polar kung-fu»; de l’autre, le «heroic bloodshed», popularisé par Woo et Lam avec leurs films de gangsters préférant les fusillades aux arts martiaux. Ce mélange surprenant s’explique par le fait que Liu était considéré comme un spécialiste du «girl with guns», genre tombé en désuétude à la fin des années 80 qu’il a tenté de dynamiser à nouveau ici, en surfant sur la vague lancée par Le Syndicat du Crime (1986). Le film est une petite production, mais peut se vanter d’un casting incroyable: Moon Lee, figure culte du «girl with guns», Sibelle Hu, un temps considérée comme une possible héritière de Brigitte Lin, Alex Man (le Richard Gere hongkongais) ou bien encore Francis Ng (le siamois garçon dans The Bride with White Hair).

L’intrigue est assez simple: une transaction entre deux clans mafieux tourne mal, l’un des patrons est pris en otage par son jeune lieutenant aux dents longues, qui souhaite lui voler sa fortune et prendre sa place. Comme souvent dans ce genre de production, l’exposition est assez calamiteuse en termes de storytelling, passant d’une scène à l’autre sans jamais vraiment expliciter le lien qui unit les différentes sous-intrigues entre elles. Le dernier tiers est néanmoins plus efficace, resserrant enfin le récit au seul face à face entre les policiers et le «bad guy». La dichotomie entre la cruauté de ce dernier et la relative «noblesse» de son patron, vieux mafieux attaché au respect de la tradition et à la loyauté, apporte même un semblant de profondeur dans la caractérisation des personnages.

Tout l’intérêt de ce genre de production réside néanmoins dans ses séquences d’action. En temps normal, dans un film d’action HK lambda, on trouverait trois séquences spectaculaires (une au début, une au milieu, une à la fin). Ici, il y en a au total plus d’une dizaine, toutes montées en accéléré afin que le rythme soit systématiquement frénétique. Même si cette technique est un peu moins bien utilisée que dans The Dragon Fighter (on frôle parfois le cartoon), le rendu reste extrêmement jouissif à suivre et à regarder. On retiendra notamment l’hallucinante scène de torture de la fille du vieux parrain, ce dernier semblant trop attaché à ses gros sous pour sauver la peau de sa progéniture d’une horde d’insectes suceurs de sang. Mais LA raison pour laquelle le film est resté dans les mémoires vient de sa scène finale, où les trois comédiens principaux sautent d’un immeuble en feu, et où deux d’entre eux (Moon Lee et Sibelle Hu) prennent littéralement feu devant la caméra. La séquence est passée au ralenti plusieurs fois, et se conclut par un texte expliquant que les deux actrices ont dû rester plusieurs semaines à l’hôpital en raison de leurs brûlures. Le générique de fin montre quant à lui les coupures de presse faisant état de l’accident, laissant le spectateur ébahi face à ce qu’il vient de voir. Scène putassière? Peut-être. Spectaculaire? Assurément.

The Dragon Fighter a quant à lui été tourné dans la foulée de Devil Hunters. Liu retravaille avec la même équipe technique, et retrouve une partie de son casting (Alex Man, Sibelle Hu, Francis Ng). Là encore, le réalisateur mélange les genres, du «girl with guns» au «heroic bloodshed», de l’«undercover» (agent de police infiltré dans un clan) au simili film de super-héros, le tout avec des sursauts humoristiques et des ruptures de ton assez brutaux. Comme pour Devil Hunters, l’intrigue est à la fois sommaire et totalement éclatée dans son exposition: un petit escroc (Alex Man) va s’allier avec son frère (Alex Fong), la super flic Miss Ho (Sibelle Hu) et la mystérieuse Jessica (Mishiko Nishiwaki) pour faire tomber le parrain de la plus grosse organisation criminelle de la ville. Comme à l’accoutumée, Liu nous fait don d’une dizaine de scènes d’action, aussi généreuses que celles de Devil Hunters, et peut-être même un peu plus soignées que celles-ci. Les scènes de Mishiko Nishiwaki sont particulièrement notables, l’actrice étant filmée comme une super-héroïne badass toute de noir vêtue, à l’origine de cascades superbement chorégraphiées.

Bien qu’imparfaits (une BO atroce, un scénario sommaire et brouillon, un doublage approximatif…), ces deux films de Tony Liu témoignent l’un comme l’autre d’un savoir faire et d’une générosité qui «excusent» leurs propres maladresses. Il ne faut y voir rien d’autres que deux pures séries B violentes, explosives et parfois jouissives, que les cinéphiles amateurs de gros flingues et de kung-fu sauront apprécier à leur juste valeur.

Test Blu-Ray

La copie de Devil Hunters est restée «dans son jus», au sens où la haute définition n’arrive pas à gommer les quelques aspérités de la pellicule d’origine, ni à nuancer l’instabilité de l’image. La son stéréo de la VO n’est pas des plus confortables à l’oreille non plus. Mais là encore, la simple édition de ce film jusqu’alors difficilement trouvable est déjà une force en soi, compensant plus ou moins la qualité toute relative de la copie proposée. Le blu-ray de The Dragon Fighter offre quant à lui un rendu un poil plus propre, en raison d’une image plus stable.

Au niveau des bonus, on retrouve les intervenants habituels de Spectrum: Arnaud Lanuque, dont les présentations nous sont toujours précieuses, et Julien Sévéon, qui nous offre un topo sur la carrière de Tony Liu.

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