Qui a envie de 2h30 de bruit et de fureur, de sang et de larmes, de sexe et d’atrocité, d’impureté et de stupre, de bastons et de parties de flippeur? Nous, évidemment. Merci à la réalisatrice Julie Taymor d’avoir pensé à nous.

TEXTE : PAIMON FOX

A Rome, en l’an 400 avant l’ère chrétienne, Titus Andronicus (Anthony Hopkins) vient de vaincre les Goths après de violents combats, où il a perdu plusieurs de ses fils. Accueilli en héros de guerre, le général Romain rentre à Rome avec des otages : Tamora (Jessica Lange), reine des Goths, et ses fils. Afin de remercier les dieux pour sa victoire, il offre en sacrifice l’aîné, malgré les supplications de la reine. Plus tard, lorsque Saturnius, le nouvel empereur, épouse Tamora, qui veut utiliser son nouveau pouvoir pour venger son fils, la ville est balayée par une terrible vague de violence. Les deux derniers fils de Tamora s’en prennent à la fille de Titus, qu’ils violent et torturent. Titus projette alors de se venger en se faisant passer pour un cuisinier…

Dès la séquence liminaire, on sait que Titus ne ressemblera à rien de connu, plaçant immédiatement parmi les grands de ce monde son auteur spécialisée dans les films zinzins/queer/baroques/opératiques. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, Taylor est une sorte d’émule de Peter Greenaway qui a plusieurs fans dans la rédaction et qui a un peu tout fait par la suite, du biopic expérimentalo-Hollywoodien (Frida), de l’adaptation de comédie musicale sur les Beatles (Across The Universe), encore du Shakespeare sous acide (La tempête et la captation de sa pièce, A Midsummer Night’s Dream).

Imaginez un peu le bordel psychotronique à venir, une chorale d’ouverture introduit une légion romaine en plein Colisée et on se croirait dans un défilé de Jean-Paul Goude. Chaos. Mais qu’est-ce donc que ce machin génial? Les costumes, les décors, les époques empruntent aussi bien aux premiers siècles qu’au XXe siècle. Et Julie de soumettre Shakespeare à son vernis de modernité stylisée. De la même façon que son déjà fidèle Elliot Goldenthal mixe le classique, le jazz et l’ethnique. Certes, ce n’est pas la première fois que Shakespeare subit l’assaut du temps et que des cinéastes prennent le parti du dépoussiérage chébran (prenez, au hasard, Romeo + Juliette de Baz Luhrmann ou Hamlet de Michael Almereyda). Mais un tel dépoussiérage insolent, une telle proposition de pendant moderne à l’hyperviolence du théâtre Shakespearien… C’est simple, c’est du quasi jamais vu.

On s’en souvient, dans son Richard III (1995), Richard Loncraine, alias celui qui a réalisé le génial film fantastique maudit Le Cercle Infernal, avait lui aussi tenté de jouer sur les anachronismes, faisant du personnage-titre un dictateur fasciste dans l’Angleterre des années 30. Pastichant Leni Riefensthal, Julie Taylor joue elle aussi sur l’imagerie totalitaire, notamment à travers le palais mussolinien de Saturninus et traduit toute l’atrocité, la poésie et l’absurdité de la pièce originelle. Reine de ce cirque macabre et grotesque, dirigeant magistralement des acteurs hallucinés et hallucinants (Anthony Hopkins comme vous ne l’avez probablement jamais vu, Jessica Lange totalement psychopathe…), la cinéaste n’a peur ni de la cruauté ni de la bouffonnerie tout en imposant une maîtrise totale du (et dans le) chaos. On adore ça.

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