Bien qu’il s’agisse d’un film X, on se demande comment un tel ovni a pu circuler dans les circuits de salles d’exploitation de l’époque. Trop arty pour les pervers, trop pervers pour les arty. Soit pour nous.

Arbres en plastique agités devant la caméra, maison en carton pâte, fond noir et inserts d’éclairs vieux comme le monde : l’introduction de Thundercrack suffit à elle-seule à restituer tout le charme du fait maison, sans jamais foutre en l’air son atmosphère dérangée. Bien sûr, il vaut mieux en sourire car il est clair que le but de cette bande signée par deux trublions de la scène arty gay (Curt McDowell et George Kuckar) n’est évidemment pas d’effrayer. Enlevez donc votre main du pantalon. Thundercrack ne cherche décidément pas à faire comme les autres.

Dégoulinante de maquillage et d’alcool, la veuve Hammond s’apprête à passer une soirée désespérée comme une autre dans son manoir au milieu de nulle part. Mais voilà qu’une bande de jeunes gens, perdus pour la plupart, viennent toquer à sa porte : la femme d’un chanteur, deux jeunes filles un brin allumeuses, des hommes troublés… Bricolé, sinistre, souvent cadré serré et proche du film d’épouvante, Thundercrack ressemble à la rencontre fortuite entre Bergman et Ed Wood, mariage d’artifices, de traumatismes, de fluides corporels et de grimaces ripolinées baignant dans un noir et blanc crapoteux. Contrairement à un porno lambda où on cause peu, les personnages de Thundercrack n’ont de cesse de parler, parler, encore parler, de tout, de rien, de leurs névroses, de n’importe quoi, même quand ils baisent. On se croirait en plein Sade. Et ça parle tellement, que le film avoisine les 2h30, entracte compris !

Si quelques plans furtifs indiquent la nature ouvertement sexuel du film, il faudra attendre une scène hallucinante où la propriétaire des lieux joue les voyeuses en voyant ses hôtes s’adonner au sexe, seul ou à plusieurs, dans une chambre garnie de dessins obscènes et de sextoys. On devine la patte très gay des auteurs circuler dans les veines de ces séquences de stupre, avec utilisation minutieuse d’un masturbateur ou cette séquence étonnante où un protagoniste, en plein coït avec une poupée gonflable pas très en forme, se charge d’ajouter un godemiché à son plaisir.

Hétéro, homo… les barrières dans Thundercrack sont volontiers poreuses, et le temps se dilate comme les orifices : on parle, on divague, on baise, parfois tout ça en même temps, dans une atmosphère de cauchemar érotique. On croise même un gorille femelle en rut, venu apporter une dernière touche d’absurdité et d’interdit. Un joyeux bordel dont John Waters et Niko Nikolaidis (avec son tout aussi scandaleux Singapore Sling) ont dû bien se souvenir.

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