Coup de poker du distributeur américain IFC Films, The Wretched, film d’horreur indépendant des frères Pierce, a égalé un exploit inédit depuis Black Panther en 2018, rester en tête du box-office américain plus de cinq semaines consécutives. Une anomalie pour un film aussi modeste rendue uniquement possible grâce à la situation exceptionnelle causée par l’épidémie du Covid-19.

Pendant la crise sanitaire, l’intégralité des salles de cinéma sont, comme en France, restées fermées, et seuls les Drive-in ont continué à programmer des nouveautés. Dans ce contexte particulier, The Wretched est parvenu à se hisser en tête du box-office et à atteindre 700 000 $ de recettes, sur 12 copies seulement, en grande partie grâce au public ado friand de ce mode de projection. Découvert à l’Etrange Festival 2019, ce long métrage a des qualités qui justifient en quelque sorte ce succès soudain. Pourtant, sur le papier, ça partait mal: le film n’était pas forcément réjouissant sur le papier avec son synopsis de nanar condamné à mourir anonymement sur Amazon Prime. Ben, 17 ans, passe l’été chez son père et se trouve confronté à une créature étrange venue décimer la population d’enfants du voisinage. Les frères Pierce, dont c’est le deuxième film après l’anonyme DeadHeads en 2012, parviennent cependant à emballer un récit qui n’évite certes pas les clichés, grâce à un savoir-faire qui a malheureusement déserté depuis des années le genre horrifique, hormis quelques exceptions. The Wretched déploie une galerie de personnages réellement attachants et esquive certaines facilités inhérentes à l’horreur, dont les jump scare absents des 90 minutes du film. De plus, il réussit à camoufler la pauvreté de son image en donnant vie à une créature terrifiante, associée à quelques effets impressionnants: la créature subtilise la peau de ses victimes et s’en sert comme d’un costume afin de se «déguiser» en elles.

Même si The Wretched se plie à un cahier des charges plutôt conventionnel, il ne ménage pas quelques surprises grâce à des twists inattendus. Le film rappelle Vampire, vous avez dit vampire de Tom Holland à bien des égards, et semble surfer sur la vague de la nostalgie 80’s portée ces dernières années par une autre production issue de l’esprit de deux autres frères: Stranger Things. Cependant, à l’inverse du doudou des Duffer Brothers devenu débilitant au fil des saisons, les frères Pierce ont eu la bonne idée de ne pas céder aux sirènes d’un cinéma uniquement référencé. Ils créent une micro-mythologie inspirée des légendes amérindiennes et ancrent leur œuvre dans le réalisme désenchanté des classes ouvrières blanches. Si le finale laisse à désirer, The Wretched souffle un vent de fraîcheur dans un genre qui peut parfois sentir le réchauffé, le cynisme ou l’arrogance à l’aune du triomphe de Blumhouse, A24 et consorts. On ne pariera pas sur une sortie salles en France, toutefois, le destin hors du commun du film aux Etats-Unis pourrait peut-être amener un distributeur français à reconsidérer la chose.

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