On ne saurait trop vous conseiller de découvrir The World is full of secrets, film d’horreur tout en histoires à dormir debout, en ralentis, en fondus enchaînés et en mystères en suspension signé Graham Swon. C’est inédit en France, désormais disponible sur la plateforme Club Shellac et certifié Chaos.

Dans un pavillon de banlieue américaine, un soir de 1996 (l’année du Scream de Wes Craven), cinq jeunes femmes se racontent des histoires qui font peur pendant une soirée pyjama. Loin de la vieille angoisse classique des films d’horreur où l’inattendu surgit des tréfonds de l’obscurité, on ne voit que les visages des conteuses et l’effet que leur font leurs propres mots. Au fil de la nuit, émanent d’autres angoisses: le rejet qui vient après l’amour, l’avenir sans certitudes, la solitude… Quelle joie d’apprendre que ce film inédit est disponible en février sur une plateforme VOD, en l’occurence le Club Shellac. On a découvert ce film au Champs-Elysées Film Festival, puis au Smells like teen spirit festival en 2019. Il nous fallait bien deux visionnages pour comprendre ce mystère qui nous dépassait dans ce film d’horreur sorcier, fascinant au-delà du raisonnable, pas comme les autres.

Très minimaliste, le récit se dévoile en plans fixes et en plans-séquences (la plus longue séquence dure 35 minutes, le temps de voir deux bougies fondre en direct!) et dans un lieu unique; de quoi rappeler que le cinéma est capable de dire beaucoup de choses avec peu, comme en témoigne ce monologue filmé en temps réel, à tel point que l’on voit la nuit tomber à travers la fenêtre. Comme dans A ghost story (David Lowery, 2017), la beauté de la mise en scène repose sur cette poétique de la durée, un temps qui s’écoule lentement. Autrement, l’angoisse nait en silence, quelque part entre Twin Peaks – un monde adolescent entre rêve et cauchemars et où l’angoisse est diffuse – et un film d’Andy Warhol – travaillant le visage comme le territoire de l’intime. Dans un format 5:6 (un format rare utilisé par Lang ou Dreyer), l’attention est portée sur la voix, la bouche, les respirations, les pauses, ainsi que les yeux qui s’agitent dans tous les sens – en somme, surchargé de micro-gestes, dans un ensemble d’esquisses, le film propose de très grandes prestations d’acteurs aussi hypnotiques que talentueux. A l’arrivée, The world is full of secret porte bien son énigmatique titre. Il s’agit bel et bien d’un film-secret à la grâce confondante, tutoyant le trouble comme l’éblouissement. C’est à voir directement sur le Club Shellac et faut-il le préciser, c’est hautement recommandé par le Chaos.

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