Après le très remarqué Enlightened, le doué Mike White embarque le spectateur en vacances dans son impitoyable mini-série The White Lotus. Tout le monde en prend pour son grade et ça fait du bien là où ça gratte.

Vous n’êtes pas parti en vacances cet été? Ne vous inquiétez pas, HBO s’est occupé de tout: une invitation au White Lotus, hôtel de haut standing situé dans un coin somptueux de l’archipel hawaïenne. Oui, ce sera beau, ce sera chouette, mais en reviendrez-vous détendu ou vivant? Pas sûr. La folie des mini-séries continue donc avec ce petit lot estival en six épisodes, crée par Mike White, typiquement le genre de comédien dont on retient volontiers plus le physique atypique que le nom. Entre la fin des années 90 et le début des 2000, celui-ci avait également écrit quelques comédies bien acides, plus ou moins remarquées, tels que Un cadavre sur le campus, The Good Girl, Orange County ou encore le hélas méconnu et beau Chuck & Buck, où il incarnait justement le premier rôle, pote d’enfance envahissant et malaisant à souhait. Une référence probablement à garder en tête en découvrant son excursion sur HBO, qui semble accumuler des années de frustration et de rancœur à l’égard d’un certain monde…

Dans une bulle covidless, l’on suit plusieurs clients venus s’égarer au luxueux White Lotus: un couple en lune de miel, une famille trimballant trois adolescents et une vieille fille en deuil. Trois mood et trois reflets d’une caste américaine: celle qu’on adore détester. Seulement, il faudra assez peu de temps avant de détester tout court les personnages en question, auquel se confronte le gérant de l’hôtel (Murray Bartlett, avec son indécente pornstache), tout en sourire de façade, et voyant ses clients comme des enfants capricieux qu’il faut plus ou moins satisfaire selon les situations et les convenances. Quelques jours suffiront à le faire replonger dans l’alcool et la drogue, histoire de situer la tournure des événements…

La volonté ferme de dépeindre des individus irritants pour ensuite les précipiter dans les situations les plus cringe possibles tire parfois vers le cinéma de Ruben Ostlund, le côté achtung en moins. Dans la même cour, on préfère largement Todd Solondz, dont la rigueur, la cruauté et la tendresse oblique faisaient plus de merveilles que le cynisme très artificiel du réalisateur suédois. De son côté, The White Lotus s’égare plus qu’il ne faut dans des intermèdes ultra cartes-postales, comme pour tirer la beauté sous la laideur mais la pose, introduite aux forceps, alourdit un ensemble déjà empesé par une photo jaunâtre très instagram et une b.o encombrante (et volontairement crispante). En somme, The White Lotus vire tout simplement au hatewatch, et même assez peu drôle à vrai dire (malgré la présence de Jennifer Coolidge ou de Molly Shannon, qui assurent parfaitement le cota camp). Après une année et demie de pandémie où chaque jour confirma un peu plus la bêtise assourdissante et irrécupérable de l’humanité, on se demande même à mi-parcours si l’on souhaite vraiment s’infliger un tel spectacle… Car le constat est plus que salé dans les couloirs du White Lotus. L’argent? Ça vous met au dessus de tout. La famille? Bof. L’amour? Une impasse. L’amitié? Une chimère. Le sexe? Clairement un nid à emmerdes. Le mariage? Un piège à loup.

Dans cette dégringolade, qu’est ce qui nous donne envie de rester? La finesse d’écriture sans doute, et surtout son escalade en dominos qui mènera à la tragédie (on sait dès les premières secondes que quelqu’un va y laisser sa peau). Irriter, c’est indéniablement un talent en soi, comme en témoigne le personnage abominable de Shane (immonde Jake Lacy), incarnation de la tête de con trimballant sa jolie poupée du calvaire (très touchante Alexandra Daddario), qui donne plus d’une fois envie de cracher sur son écran. Plus il se déploie dans sa mécanique vacharde, plus The White Lotus resplendit dans ses abîmes de noirceur, quand il s’arrête un peu d’être sardonique à tout prix. Et parce qu’il plante sa cible sur l’acné de notre société: la bourgeoisie blanche américaine (ou pas, hein). Connie Britton, excellant toujours dans les rôles de maman bourgeoise, est une big boss ultra feng-shui (même en vacances) incapable de comprendre pourquoi sa famille va de travers (mari névrosé et débile, ado déconnecté du réel, chipie woke), terrifiée à l’idée de renvoyer ce qu’elle est vraiment (une matérialiste hautaine). Toute une synthèse parfaite de cette Amérique bidon, le tout avec une invitée (Brittany O’Grady), l’autre personnage sauvable, comme témoin édifié d’un monde imperméable. Malgré une conclusion éludant de sérieuses interrogations, The White Lotus donne l’impression d’avoir passé les vacances les plus bling-bling et les plus atroces de toute notre vie. Pari gagné donc. La seconde saison, qui promet de nouveaux vacanciers, est en tout cas déjà dans les starting-blocks. J.M.

The White Lotus est disponible sur OCS en France. 

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