Après les trois premiers épisodes de The Third Day période été) et cette sublime captation en direct The Third Day: Autumn, la suite de la série, en hiver, prend un tournant avec l’arrivée d’un nouveau personnage joué par Naomie Harris.

[A LIRE APRÈS AVOIR VU LES TROIS PREMIERS EPISODES] Ultime chapitre de The Third Day, «Hiver» avait la lourde tâche de conclure l’un des monuments artistiques de l’année 2020. Après un segment «Été» partagé entre horreur et merveilleux, puis un (magnum) opus «Automne» de 12h en plan séquence et diffusé en direct sur Facebook, en forme de grande messe païenne et tarkovskienne (tellurique, aqueuse, aérienne, incendiaire), ce dernier volet joue la carte de la sobriété, tout en conservant cette atmosphère d’étrangeté inquiétante propre à la série de Dennis Kelly et Felix Barrett. Un léger changement de ton qui coïncide avec l’arrivée de la méconnue Philippa Lowthorpe à la réalisation, en lieu et place de Marc Munden.

Un choix qui n’a rien d’une décision «woke» de circonstance mais qui embarque The Third Day dans un récit plus féminin. Helen (formidable Naomie Harris), ex-vétérinaire en proie à des difficultés financières, emmène ses deux filles, Ellie et Lu, pour un weekend sur l’île d’Osea. En arrivant sur place, elle fait face à l’hostilité des habitants, en pleine guerre intestine, qui lui refusent tout accès à une chambre d’hôtel. Malgré leur réticence, Helen insiste avec une curieuse véhémence pour rester, et trouvera refuge dans l’auberge de Mr et Mme Martin. Les intentions cachées derrière ce prétendu voyage d’anniversaire seront vite découvertes: elle est la femme de Sam (Jude Law), le nouveau «Père» de l’île, disparu depuis 9 mois. Sam est d’ailleurs relégué à un second rôle, tandis que la série trouve ses nouvelles figures de proue, des femmes. Ce sont donc Helen, Ellie et Lu, ainsi que Jess (Katerine Waterston, encore une fois phénoménale), Mme Martin (Emily Watson) ou Kail (Freya Allan).

Avec ses trois nouveaux personnages, «Hiver» opère un recentrage du récit de The Third Day sur le noyau familial de Sam, Helen, Ellie et Lu, morcelé en raison de la béance produite par la disparition et la mort de Nathan. Dès lors, on comprend mieux le choix des créateurs de la série d’abandonner les expérimentations formelles radicales des trois premiers volets pour opter vers une narration et un style plus classiques, limpides, de manière à faire émerger plus âprement la tragédie qu’elle renfermait. En passant au point de vue de Helen et de ses deux filles, la caméra fait table rase des gros plans et très gros plans, et de l’usage du flou. On quitte effectivement l’esprit tourmenté et obsessionnel de Sam (Jude Law) pour celui plus rationnel de sa femme – quoique la foi d’Ellie permet de maintenir une infime tension surnaturelle. Toutefois, The Third Day n’en devient pas pour autant une série laide, et on peut d’ailleurs voir dans «Hiver» quelques-uns des plus beaux plans vus cette année, grâce notamment aux paysages d’outre-monde de l’île d’Osea.

Le fantastique fascinant des débuts se mue dans ces trois ultimes épisodes en radiographie de la folie communautaire. L’illusion s’estompe. Le retour de l’enfant Nathan est un mensonge auquel seul Sam persiste à croire, jusqu’au bout. Même l’horreur mystique, hallucinée, si séduisante du segment «Été» est remplacée par un banal survival. Le ton incrédule du chapitre «Hiver» en fait l’antithèse déceptive des précédents, ce qui rend l’expérience forcément plus convenue, mais non moins émouvante.

En effet, la fin de The Third Day nous prend aux tripes, en laissant la famille divisée pour toujours, irréconciliable. Derrière le caractère intimiste de cette conclusion, The Third Day conte brillamment une certaine histoire de notre époque: la cohésion difficile, voire impossible, entre un monde de croyance et un autre, agnostique.

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