The Tax Collector de David Ayer s’est fait lyncher par la presse et le public US. En France, il sort dans une totale discrétion en DVD le 25 novembre, sans même les honneurs du Blu-ray. Le film ne mérite pas un tel opprobre, son auteur non plus.

Après deux blockbusters de commande (Suicide Squad et Bright), le réalisateur David Ayer avait besoin de se recentrer en regagnant son terrain de prédilection qui se trouve être South central, le quartier de Los Angeles où il a grandi, et qui lui a inspiré Training day, le scénario qui l’a lancé. The Tax Collector est donc bel et bien un projet personnel, autant en termes de sujet et de contexte qu’en termes d’autonomie puisqu’il est financé par sa propre compagnie de production, avec un budget relativement modeste (30 millions de $ quand même).

Ayer y décrit un aspect particulier du crime organisé tel qu’il est pratiqué en Californie du sud par la mafia mexicaine. Usant de sa position dominante, elle impose une taxe dont la perception est confiée à des agents impitoyables et très redoutés. Entre autres particularités, ces percepteurs sont habillés comme des hommes d’affaire (ou ce qui s’en approche), ce qui les distingue du tout venant en flanelle et baskets. Shia LaBeouf joue un de ces tax collectors, sous les ordres d’un chef local dont le père n’est autre que le véritable patron de la mafia, qui dirige les opérations depuis sa cellule où il purge une peine de prison à vie. Jusqu’au jour où un renégat qu’on croyait disparu refait surface et réclame le contrôle du territoire. Ses méthodes brutales détruisent l’équilibre fragile qui régnait et provoquent un chaos que tout le monde cherchait à éviter: exécutions, vengeances, trahisons, alliances improbables et pour finir, guerre des gangs dans un déferlement irréversible d’ultraviolence.

L’histoire est classique et a été vue mille fois dans des contextes variés, mais elle est traitée ici avec une conviction froide et un réalisme amplifié par le choix de tourner sur les véritables territoires des gangs, des endroits jamais encore filmés à Los Angeles parce que considérés comme trop dangereux. Mais c’était le moins qu’on puisse attendre d’une fiction inspirée de situations et de personnages tout ce qu’il y a de réels. Elle s’inscrit aussi dans une tradition du film de gangster qui illustre la sorte de fatalité très particulière, née des lois absurdes en vigueur dans la mafia, entraînant les personnages à agir dans un sens qu’ils n’ont pas nécessairement souhaité, mais dont ils ne peuvent pas dévier.

Là où le bât blesse, c’est sur la forme. Le format ultra compact (1H35) et la narration elliptique révèlent des problèmes de rythme, d’articulation et de fluidité. Le film souffre aussi indirectement des nouvelles habitudes prises avec la prolifération des séries télé, qui ont tout le temps pour développer des relations, ou entrer dans le détail avec un luxe impensable au cinéma, obligé d’aller à l’essentiel. Et si on compare avec une série comme Better call Saul, qui traite de motifs analogues -les luttes d’influence au sein des trafiquants de drogue, les dilemmes du narco pris entre la sécurité de sa famille et sa loyauté vis-à-vis de ses employeurs- la différence ne joue pas en faveur du film d’Ayer.

Hélas pour lui, le public n’a pas suivi, et la critique a unanimement massacré le film au point de dissuader ses distributeurs de le promouvoir. En France, il sort directement en DVD, et sans même les honneurs du Blu-ray, c’est dire à quel point les ayant-droits n’y croient pas. Tax collector était conçu comme un pilote pour une possible franchise, mais ses résultats désastreux ont enterré le projet, tout comme semble l’être la carrière d’Ayer, qui a a vu s’évanouir la possibilité de se refaire en réalisant la suite de Bright. Il est question de le remplacer par Louis Leterrier, et on peut comprendre le choix des producteurs de faire appel à ce genre de filmaker, littéralement un faiseur, dont ils attendent qu’il soit compétent et ne fasse pas de vagues, à la façon de Joel Schumacher qui en était l’archétype: les acteurs l’aimaient parce qu’il était calme et rassurant, il rendait toujours ses films à l’heure, sans conflit ni dépassement de budget. Pour sa part, Ayer a tenté de jouer sur les deux tableaux en alternant films de commande et projets personnels. La dure loi du box office qui mesure la valeur d’un cinéaste au résultat de son dernier film vient de le rappeler sévèrement à l’ordre. G.D.

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