[THE STRANGERS] Na Hong-Jin, 2016

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Un thriller fantastique brûlant comme l’enfer. Vous n’y échapperez pas.

PAR PAIMON FOX

La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi, un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel. Certes mais lequel ?

The Strangers de Na Hong-Jin, réalisateur de The Chaser et de The Murderer, invite à une expérience du genre unique: passer 2h36 dans les ténèbres. Nous pensions le genre polar noir enterré par Kim Jee-Woon avec son remarquable J’ai rencontré le diable; nous étions loin de soupçonner qu’un vrai psychopathe (Na Hong Jin, de son nom, cinéaste méchant, au sens Friedkinien) se chargerait de bousculer nos certitudes de savoir en partant d’une enquête policière classique (un tueur en série rode) avant de basculer dans le fantastique, la métaphysique, le mysticisme, l’exorcisme, l’horreur riche en visions littérales à marquer au fer rouge. Sur une telle durée (2h36, on le répète), le spectateur n’est jamais perdu: il comprend tous les enjeux, voit tout ce qu’il faut voir, tremble pendant une longue et inoubliable séance d’exorcisme, rit devant la maladresse du héros totalement dépassé par des événements de plus en plus kafkaïens. Et pourtant, une donnée nous échappe fatalement. Comme ce phénomène climatique inexplicable. Quelque chose tapi dans l’ombre, à la périphérie du cadre, hors-champ, nous surveille tel un prédateur guettant sa proie. Quelque chose de ténébreux est en train de nous submerger, se révélant sous nos yeux exorbités dans le dernier quart-d’heure de The Strangers.

Vous aussi, faites le test, sachez-en le moins possible avant de le voir, découvrez ce film avec vos amis et recueillez les interprétations de chacun à la sortie de la projection. Mais avant de lui donner du sens, sachez que ce grand-huit se révèle atmosphérique, sensible aux climats et aux humeurs, multipliant les genres (mélodrame, humour, gore…), filmant l’invisible, l’impalpable, l’impossible, gavé de personnages secondaires qui font ou défont l’intrigue. Et que, réellement, de fausse piste en fausse piste, de genre en genre, le spectateur a l’impression de perdre pied. De s’enfoncer dans une zone d’inconfort, celle des ténèbres. Et quand on affirme ça, on ne plaisante pas: rarement a-t-on vu un film éteindre tous les feux jusqu’au dernier, se fondre dans l’obscurité, nous abandonnant tout seul avec notre conscience, à contempler un cimetière de la morale. C’est dire si, au bout de 2h36, personne n’aura réellement épuisé toutes les richesses de The Strangers, film cul-par-dessus-têtant, à dormir debout, à ne plus rendre le matin calme.

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