“The scars of Ali Boulala”, documentaire stupéfiant sur un skateur excentrique des années 2000

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Présenté dans la catégorie documentaire au LUFF, The scars of Ali Boulala de Max Eriksson est un choc. Même si on n’a jamais entendu parler du personnage (il a été une des grandes stars internationales du skate board), ce premier long métrage fait entrer de plain-pied dans un univers qui a pas mal de points communs avec le rock’n’roll, et fascine du début à la fin.

Le film s’ouvre sur une voix off de Boulalala affirmant que les pires ne sont pas les cicatrices extérieures, mais celles qui sont à l’intérieur. On ne sait pas encore à quoi il fait référence, mais la sentence rappelle ces tragédies grecques qui commencent par un avertissement sibyllin suggérant que quelque chose va très mal se passer. Le documentaire alterne interviews contemporaines et images d’archives, privées pour la plupart, donc inédites. Ceux qui les ont fournies sont d’ailleurs remerciés en début de film pour leur donner plus de visibilité que sur le générique de fin, qui se déroule généralement devant une salle vidée. La qualité de ces enregistrements tient précisément à leur caractère spontané, pris sur le vif. Les premières années du parcours de Boulala y sont évoquées, depuis son adolescence dans la banlieue de Stockholm où il s’est fait repérer pour sa virtuosité, avant d’être sponsorisé et d’aller pratiquer en Californie. Boulala traverse différentes phases vestimentaires avant d’adopter un style punk, qui révèle une forme de narcissisme aigu: il passe des heures devant sa glace pour tordre une mèche, ou ajuster un trou dans son jean. Il se fait aussi un entourage d’amis fidèles, connus sous le nom de «Piss drunx», qui ont en commun leur addiction à l’adrénaline, mais aussi à l’alcool et aux drogues.

A un moment, la bande part en Australie où les rejoint Shane Cross, un gamin que tout le monde adore pour ses bonnes vibrations. Jusqu’au fameux moment qui va changer leur vie à tous. Boulala et Cross, très défoncés, décident un soir de prendre la moto pour aller faire des acrobaties. Ils se plantent gravement. Cross ne survivra pas. Boulala passera 4 mois dans le coma avant de se réveiller. Il lui faudra plusieurs mois avant de retrouver partiellement la mémoire et de réaliser ce qui est arrivé. Une fois remis sur pied, il purgera une peine de deux ans de prison pour homicide involontaire. La seconde moitié du film retrace tout ce qui se passe après, la rééducation, la mémoire qui revient par bribes, la lutte contre l’alcoolisme, qu’il partage avec d’autres membres du groupe. Dans ce cas, il est clair que l’enfer, c’est soi-même, et c’est probablement ce que voulait dire Boulala au début lorsqu’il parlait des cicatrices intérieures. Contrairement aux apparences, le film ne cherche pas à donner des leçons: il n’a rien à défendre ni personne à juger. Il ne fait que témoigner de ce qui s’est passé, en ne retenant que l’essentiel, et c’est inoubliable. La chanson de fin, une version acoustique de You can’t put your arms around a memory, est on ne peut mieux choisie. G.D.

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