Sorti début 2016, The Mermaid de Stephen Chow avait battu un record historique en dépassant les 500 millions de dollars de recettes en seulement un mois d’exploitation sur le seul territoire chinois, tout en restant ignoré dans la quasi totalité du reste du monde (il est sorti en catimini aux Etats-Unis). Pourtant, le film n’avait rien d’inexportable comme Intouchables ou Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?

D’abord son réalisateur Stephen Chow est loin d’être un inconnu. Acteur et cinéaste hong kongais, il s’est fait connaître localement en exploitant une forme de comique nonsensique appelé mo lei tau qui a donné lieu à des parodies comme Bons baisers de Pékin (1994), avant de passer à un niveau supérieur en 2001 avec le carton planétaire Shaolin soccer, suivi de Crazy Kung fu (2004). Ses deux films suivants (la fable SF CJ7 et Journey to the west, une nouvelle version du Roi des singes), n’ont bien marché qu’en Chine (200M$, pour le dernier). Mais en renouant avec un genre simple – la comédie romantique- et un humour tous azimuts, The Mermaid semble avoir toutes les caractéristiques de l’universalité. Etrangement, les gens du marketing ont eu du mal à trouver comment le vendre. Trop bizarre? Trop chinois? Trop compliqué?

Pas vraiment: en vue d’un énorme projet immobilier, un milliardaire imagine d’aménager des terrains récupérés sur l’océan, au mépris de la faune et de la flore. C’est alors qu’apparaît un peuple sous-marin, les Merpeople ou gens de la mer, dont seules quelques représentantes (mermaids ou sirènes), s’étaient manifestées avec suffisamment de discrétion pour entretenir la légende. Cette fois, ils sont menacés d’extinction, et pour se défendre, ils décident d’envoyer sur terre Shang, une sirène chargée de séduire et de tuer l’industriel. Problème, la fille tombe amoureuse de l’horrible et réciproquement.

Il fallait quelqu’un comme Stephen Chow pour oser représenter autrement qu’en animation des hommes poulpes et des femmes-poisson à l’intérieur d’un genre balisé. Avec The Mermaid, il ne fait que poursuivre dans une voie qui consiste à adapter la comédie slapstick à des thèmes et à une esthétique d’aujourd’hui (ce qui fait de lui une sorte d’héritier contemporain de Buster Keaton et de Charles Chaplin). Puisant à toutes les sources imaginables, les gags sont en grande partie visuels, même si les effets spéciaux ont tendance à prendre le pas sur les acrobaties. Les gags verbaux tirent aussi dans tous les sens, y compris dans les domaines du sexe et de la scatologie, avec d’autant plus d’impact qu’on ne s’y attend pas.

Sur le fond, Chow se permet un soupçon de subversion, à condition de lire à travers les lignes. Comme d’habitude, son film est une fable, avec une morale proenvironnementale simple mais de bon aloi, considérant qu’elle s’adresse à un des peuples les plus polluants de la planète. Et la conclusion ne manque pas d’ironie, puisque le héros repenti se sent obligé de préciser que “les sirènes n’existent pas“, alors qu’un photo de l’héroïne apparaît immédiatement pour le contredire. La question se pose alors: faut-il croire ce qu’on vous dit ou ce que vous voyez? L’interrogation vaut aussi bien en Chine que partout ailleurs.

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