Avec son tempo groovy, ses images kitsch et sa mélancolie venue des tréfonds, ce thriller espagnol fait des cabrioles avec toutes les folies de son époque. Et, évidemment, on est là pour ça.

On pourrait longtemps disserter sur l’influence du fameux twist de Psychose, de sir Alfred, trop tordu, trop bizarre, trop fou pour être un minimum deviné à l’époque de sa sortie. Norman, pretty Norman, si brindezingue qu’il a fusionné avec Maman, dans un cas de schizophrénie et de passion œdipienne qui en laissé plus d’un blanc comme un linge. Plus étonnant de voir sa réutilisation/déformation à travers le cinéma de genre, et en particulier dans celui des années 70: on repoudre un peu la scène de crime, et voilà que le travestissement et le trouble de l’identité sexuelle deviennent une excuse pour appeler à des traumas bétons. C’est bien connu: le masculin et le féminin ne peuvent cohabiter sous peine de faire péter les fusibles ou celles/ceux qui ne se reconnaissent plus dans le miroir. Soit le grand méchant queer, you know. Un drop homophobe aussi célèbre que celui du «lesbienne = vampires» qui, avec le temps, a eu le mérite d’acquérir une certaine classe.

Plutôt que de spoiler une tripotée de titres, on peut s’arrêter ici sur The Killer of Dolls, film espagnol frappé de la carafe qui appuie entièrement sa vision de la démence sur ce cliché qu’on peut maintenant observer avec le recul nécessaire. Neurochirurgien déchu et fils du gardien d’un gigantesque parc barcelonais, Paul habite encore chez Papa et Maman et décore la maison de poupées démantibulées, indice des plus subtil quant à l’état de sa santé mentale. Lorsque des couples viennent se bécoter dans les bosquets, Paul enfile un masque ripoliné et égorge les égarées, avant de feindre la peur du sang auprès de ses proches. Alors que la voisine, une comtesse qui a faim sous la robe, lui fait un rentre dedans de tous les diables («Viens chez moi mon petit et laisse la porte ouverte»: à essayer donc), le garçon jette son dévolu sur sa jeune fille, symbole d’une féminité douce et accessible, qui apaise sa peur maladive des femmes. Parce qu’il a pris la place de sa sœur défunte, Paul ne peut vivre avec sa part féminine et se déchaîne devant ses demoiselles, passant donc son temps à mettre en pièce des poupons bouclés.

Amené à mi-parcours, le «twist» permet donc de visiter le cerveau agité de ce personnage torturé, filmé alors avec une gourmandise homo-érotique toute à fait paradoxale! Sous-pull trop serré, short trop court, démarché fébrile et longue scène de douche lascive: au Norman Bates cintré et asexué d’Hitchcock, Miguel Madrid apporte sa variante ultra-gay et érotisée. Lorsque le jeune garçon transpose son obsession des poupées sur celle des mannequins, on pense évidemment à Une hache pour la lune de miel (Mario Bava, 1970) mais SURTOUT à La vie criminelle d’Archibald de la Cruz (Luis Buñuel, 1955) – ce qui tombe bien, vu que l’acteur principal, David Rocha, fera coucou dans Cet obscur objet du désir du même Bubu.

Ce qui fait la saveur déviante de The Killer of Dolls, plus que sa psychologie fanfreluche d’un autre temps, c’est justement sa déraison, son insolence (achtung: lancer de hache sur femme enceinte!) et son surréalisme macabre assumé et spectaculaire autant imprégné de Bava que de Buñuel: toute l’action se déroule dans le Parc Güell, évidemment vide ici, dont l’architecture tentaculaire et baroque se marie à merveille avec les névroses nécrophiles du tueur. Les mannequins se superposent aux corps de chair et les masques vont et viennent dans une valse du bizarre riche en vision folles, comme ce Colisée enfumé par les hallucinations du personnage principal. Entre un tempo groovy et kitsch (effets de raccords épileptiques et invasion surprise de hippies so 70’s) et une mélancolie venue des tréfonds, The Killer of Dolls fait des cabrioles avec toutes les folies de son époque. Et on est là pour ça.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici