En ces temps de confinement, Shellac a eu la belle initiative de sortir en VOD début avril le premier long-métrage de Eduardo Williams, The Human Surge, lauréat du Léopard d’or de la section «Réalisateurs du présent» au Festival de Locarno de 2016. Le film du réalisateur argentin a donc pris son temps, mais il tombe à pic, pour tout spectateur en mal d’œuvres expérimentales et d’art et essai.

Faisant suite à six courts-métrages, The Human Surge est lui-même divisé en 3 parties, situées sur trois continents: la première à Buenos Aires en Argentine, la deuxième au Mozambique et la dernière aux Philippines. Une propension au voyage qui n’a néanmoins nullement l’intention de flirter avec la carte postale filmée. Le projet d’Eduardo Williams est plutôt de mettre en scène des personnages issus de cultures et contrées diverses dont les vies se ressemblent cependant sur de nombreux points. En effet, Exe, Alf et le groupe de philippins sont tous de jeunes âmes errantes aliénées par la mondialisation, les technologies et le travail. Eduardo Williams se dispense toutefois de toute subjectivité appuyée et préfère laisser sa caméra quasiment documentaire tourner et naviguer au sein des quartiers pauvres, des rayons de magasins ou des forêts et steppes sauvages.

Avec son grain d’image très marqué, The Human Surge est un film très sombre, obscurité seulement percée par la lumière des néons des rues, des téléphones et des écrans d’ordinateurs. Tels des phares guidant les personnages, ces objets technologiques offrent également un semblant d’intrigue au film, créant des ponts entre chacune des parties. Alf, Exe et consorts sont des êtres flâneurs, constamment en mouvement, vers une destination dont le nom importe peu. Les rares moments où ils se posent, ils les dépensent à draguer, voire à s’offrir physiquement à des inconnus par l’intermédiaire de sites de rencontres virtuelles. Le sexe, désincarné, est devenu à la fois un moyen facile de se faire de l’argent, et un moyen de communication.

Les personnages de The Human Surge peuvent se voir comme les petit frères et sœurs digitaux des héros des films de Gus Van Sant, Larry Clark et Harmony Korine. La parenté peut d’ailleurs se justifier à travers la mise en scène d’Eduardo Williams, usant à l’extrême le plan-séquence, dénué néanmoins de toute ostentation. Pourtant, pour une œuvre aux effets cinématographiques très identifiés, ses plus beaux moments sont à chercher dans les séquences de sutures entre les différentes parties du film. On voyage de l’Argentine au Mozambique par l’entremise d’une fenêtre de tchat internet au contenu sexuel; puis du Mozambique aux Philippines, d’un trou de fourmilière à une autre, comme si on voyageait au centre de la Terre. De rares instants où le montage vole la vedette aux plans, pour distiller un brin de poésie cinématographique au quotidien peu reluisant de cette jeunesse désabusée.

TEASER THE HUMAN SURGE vod from Shellac films on Vimeo.

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