Après le succès de la première saison The Haunting of Hill House en 2018, Mike Flanagan et son producteur Trevor Macy ont pris de nouveau la tête des audiences Netflix avec The Haunting of Bly Manor, une deuxième saison s’inspirant du Tour d’écrou de Henry James.

Devenu l’auteur maison le plus talentueux de Netflix en 2018 avec The Haunting of Hill House, Mike Flanagan, également réalisateur de N’endors pas et Jessie pour le géant du streaming, revient en ce mois d’octobre – et mois de l’horreur – pour la deuxième saison de sa série d’anthologie. Après avoir dépoussiéré le roman La Maison Hantée de Shirley Jackson, Flanagan s’attaque cette fois au Tour d’écrou d’Henry James, dont le manoir, également peuplé de fantômes, donne son nom à l’intitulé de cette nouvelle production en 9 épisodes: The Haunting of Bly Manor.

Comme avec Hill House, le défi principal du showrunner n’était pas tellement de produire une interprétation décente d’un ouvrage clef de la littérature fantastique, mais de se confronter au lourd héritage de son adaptation la plus fameuse, Les Innocents de Jack Clayton – soit le plus beau film de maison hantée de l’histoire du cinéma. Ne tournons pas longtemps autour du pot: Bly Manor ne réussit pas la prouesse de Hill House qui parvenait à concurrencer dans ses meilleurs moments La Maison du diable de Robert Wise. En effet, la nouvelle saison de The Haunting souffre de longueurs, déjà entraperçues chez sa grande sœur, qui trouvent certainement une explication dans l’ambition un brin démesurée du projet. Soit la transposition d’une nouvelle de 90 pages en 9 heures de show. Et même si Flanagan est allé chercher dans l’impressionnant répertoire fantastique d’Henry James pour enrichir son récit, les ficelles nous apparaissent plus grossières, et certains arcs scénaristiques (la romance entre Dani et Jamie, du moins dans les deux premiers tiers) peinent à nous emballer.

Si Bly Manor est décevante, elle reste toutefois loin d’être un échec. Mike Flanagan s’impose film après film, série après série, comme un auteur en marge du cinéma d’épouvante contemporain, une alternative aux grands huit horrifiques étiquetés Blumhouse et à la peur arty, chic et choc, estampillée A24. Un constat encore plus évident dans Bly Manor, qui abandonne la virtuosité du plan séquence en mouvement de Hill House, qui faisait notamment de l’épisode 6 un feu d’artifice formel, pour un classicisme à la profonde beauté. Soit un film d’horreur «à l’ancienne», et l’épisode 8, long flashback centré sur la Dame du lac au noir et blanc vaporeux qui renoue avec le chef-d’œuvre de Clayton, en est l’apothéose. La terreur n’émane pas de l’usage du son ou des jump scare mais par la composition des plans, le jeu entre ténèbres et lumières qui instaure un état constant d’hésitation propre au fantastique selon Tzvetan Todorov.

Chaque couloir, chaque placard, chaque coin d’une pièce du manoir est propice à dissimuler un fantôme. On se souvient de la folie qui avait gagné les réseaux sociaux au moment de la diffusion de Hill House. Les internautes s’amusaient à répertorier chacun des spectres que renfermaient les images de la série. La deuxième saison est plus avare en apparitions, réduites à des tâches floues, indistinctes, semant néanmoins un doute profondément fantastique. De manière générale, la série entière est dominée par cette spectralisation, qui ne se limite pas aux effets de peur. Tous les personnages sont des fantômes (en l’état, un court instant, ou en devenir). Ils hantent autant le manoir que la vie de leurs consorts. Certains sont même dans le déni (le tragique destin du personnage d’Hannah Grose au cœur d’un épisode 5 au montage expérimental).

Bly Manor, plus que Hill House, fait du deuil sa thématique intime, et se révèle explicite sur le fait qu’à la mort d’un être, ce dernier devient le fantôme de quelqu’un. Rarement un cinéaste occidental n’avait représenté des fantômes si intensément humains. Mike Flanagan n’a jamais été aussi proche du cinéma de Kiyoshi Kurosawa, notamment dans sa mise en scène de la matérialité (et de l’immatérialité) des fantômes. «You said it was a ghost story. It isn’t. It’s a love story». L’ultime échange entre Flora et Jamie cristallise l’évaporation esthétique et iconographique menée par Flanagan dans Bly Manor. Le fait de reprendre une partie du casting de Hill House (les exceptionnels Carla Gugino, Victoria Pedretti, Kate Siegel, Henry Thomas et Oliver Jackson-Cohen) était un leurre. Ce n’était pas un récit d’horreur, mais un beau mélodrame.

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