Présenté au 11e festival du film policier de Beaune, The Golden Glove raconte la trajectoire macabre de Fritz Honka, tueur en série allemand des années 70. Fatih Akin dépasse les bornes du politiquement correct en mode chaos vénère. Mamies, s’abstenir.

PAR BAPTISTE LIGER (AU FESTIVAL DE BEAUNE)

Allemagne, année zéro. Ou, plutôt, Hambourg, années 70. Avec son strabisme très prononcé, ses cheveux gras, son pif pas possible et sa carrure voûtée, Fritz Honka (Jonas Dassler, très maquillé et très bon) n’a pas forcément les atouts physiques pour pouvoir séduire les femmes. Mais, voilà: il veut «pécho». Ainsi, il passe des heures dans un bar crapoteux non loin de chez lui, le «Gant d’or» (ou «Golden Glove», ou «Der goldene Handschuh»), où il enchaîne les verres et les bouteilles de schnaps dans le gosier. S’il discute avec les habitués – dont certains (anciens?) nazis – bien bourrés (l’un d’eux s’appelle Anus!), notre homme sait qu’il y aura toujours des dames d’un certain âge, seules -obèses, souvent – et, qu’à partir d’une certaine heure, celles-ci seront prêtes à le suivre jusqu’à son appartement. Son logis, parlons-en justement: l’odeur y est pestilentielle, et des photos de pin-up dénudées sont accrochées aux murs. Une fois arrivées chez notre homme, les malheureuses qui croient partager un furtif moment de plaisir vont vite déchanter: s’il a de forts désirs, l’ami Fritz souffre de problèmes érectiles qui le rendent un chouïa nerveux dans ces moments-là. Si une grosse saucisse (sic) peut faire illusion, cela ne marche pas à tous les coups. L’homme devient alors très violent et n’hésite pas à assassiner ses conquêtes, de manière particulièrement sauvage. Puis à la découper en morceaux qu’il entasse chez lui – ce qui complète les fragrances… Mais jusqu’à quand ce monstre continuera-t-il dans sa furie sexuelle meurtrière? Une ado angélique qui traîne dans le quartier fera-t-elle les frais des pulsions de ce Jean-Claude Dusse hardcore? L’existence d’une appli comme Tinder aurait-elle changé la donne?

Basé sur un fait divers bien réel, The Golden Glove a secoué plus d’un festivalier lors de la dernière Berlinale (où il était en compétition – pas sûr que Titi Frémaux ose un objet pareil dans l’équivalent cannois…). De Fatih Akin, on attendait peut-être un polar social un peu violent mais présentable. Une œuvre explicitement politique aux airs de parabole sur l’Allemagne à travers le parcours sanglant d’un lointain cousin de M le maudit. Un film personnel, somme toute, puisque le réalisateur a grandi non loin des méfaits de Fritz Honka. La surprise est de taille, quand on découvre cet objet assez radical – adapté d’un best-seller de Heinz Strunk -, dans la lignée du… Maniac de William Lustig ou Henry portrait of a serial killer de John McNaughton. Oui, oui.

Sans doute lassé de son image un peu polie, le cinéaste de Head-on et de De l’autre côté (passons In the fade…) prend une bonne partie de son public à revers avec un pur film d’exploitation, qui ne ménage pas ses efforts pour se montrer… le plus crade possible. Décors, photo, costumes: tout se révèle d’une laideur inouïe. Et ne parlons pas des corps, dont Akin cherche toujours à montrer les difformités, la saleté, l’hygiène contestable ou la mauvaise santé, faisant passer Ulrich Seidl pour un disciple de Claude Sautet. Surtout, la violence se révèle ici aussi froide que brutale, dans des dimensions rarement explorées au cinéma. Mais, paradoxalement, l’exercice semble par instants trop «appliqué», appuyé, à l’image d’un travail sonore qui souligne trop chaque coup, d’un travail sur le hors-champ et la durée trop signifiant. Aussi, The Golden Glove souffre d’une intrigue secondaire (une pseudo-romance entre deux teenagers), qui peine à pleinement s’incruster dans le récit – alors qu’elle aurait pu se révéler un contrepoint passionnant. Il n’en demeure pas moins que nous sommes face à une œuvre-limite dans l’exploration de la monstruosité humaine, indéniablement efficace dans le dégoût qu’elle provoque. Et qui vous fera revoir à la baisse votre consommation de saucisses…

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