The Forest of love de Sono Sion, qui figurait dans notre top 10 2019, est désormais disponible sur Netflix en version deep cut. Après visionnage, ce supplément maous costaud se montre pourtant aussi généreux que dispensable. Explication et comparaison entre les deux objets.

Divisé en sept parties et s’étalant sur désormais presque 5 heures, The Forest of love deep cut affiche plus de 2 heures supplémentaires au compteur, par rapport au film qui était une pure régalade chaos, que nous avions adoré à l’unanimité. Soit deux heures pour approfondir la période scolaire et la romance lesbienne de Taeko et Mitsuko envers leur Roméo, pour présenter plus en détail les rêves et aspirations de la bande à Shin le cinéaste, mais aussi et surtout pour défricher sous tous les angles les magouilles passées et la perversité sans limite de cette enflure de Murata. D’ailleurs, l’épisode 4 lui est quasi entièrement dédié. Il s’agit du repas au restaurant entre tous les protagonistes principaux. Les connaisseurs du cinéaste ne seront pas surpris par ce rallongement bien malaisant. En effet, chez Sono Sion, les repas autour d’une table n’ont généralement rien d’un moment joyeux et convivial et sont propices aux révélations. Pour les fans du cinéaste, c’est donc un plaisir que de visionner du rab d’un long métrage servi l’année dernière.

Cependant, à la fin du repas, il y a comme un arrière-goût de trop-plein. On parie que nous ne serons pas les seuls. Sono Sion dans une interview pour la sortie française de Guilty of Romance avouait préférer la version courte de son film. En comparant les deux versions du film sus-mentionné, on se rend effectivement compte des choix de coupes qu’il décide et de leurs profondes utilités. Il ne s’agit pas seulement de réduire, il s’agit de remodeler, de procurer un confort de visionnage plus adapté à un public moins connaisseur des mœurs japonaises. Et pour The Forest of love, c’est le même procédé qu’il applique en transformant la série en film. Il a cette faculté, après avoir tourné énormément, à ramener à l’essentiel son cinéma afin de le maintenir dans un équilibre entre l’explicatif et le non-dit. Avec la série, c’est donc avant tout du surplus scénaristique servant à éclaircir les zones d’ombres. Ne vous attendez pas à de nouvelles intrigues ou de nouveaux personnages. Excepté les intros à chaque début d’épisode (bien dispensables, soit dit en passant), vous serez en terrain certes conquis mais aussi connu. Cela rapproche alors son deep cut des derniers essais beaucoup plus commerciaux du cinéaste alors que le film est d’avantage à caser du côté de sa filmographie «auteuriste».

Vous remarquerez par vous-même, en comparant, les effets de mise en scène très japonisants, complètement effacés du film. Des rajouts de petites saynètes et de musiques pop piquées à son chef-d’œuvre Love Exposure. D’ailleurs, autant par sa durée que par son propos, la série semble communiquer encore plus avec le long métrage précédemment cité. Comme un miroir inversé où ici l’amour ne sauve personne. De toutes les séquences inédites au long métrage, on retiendra surtout un passage dans l’épisode 3. Dans celui-ci, Murata, s’érige en pro-féministe alors qu’il est pourtant une des pires raclures dans le domaine. Cette ambiguïté constante entre les paroles et les actions ne manquera pas d’alimenter de nouvelles interprétations. D’autant que beaucoup ont rapproché le personnage de Murata à Sono Sion lui-même. 

Vous l’aurez compris, The Forest of love deep cut n’a rien à vous dire de plus que le film qui se suffit à lui-même. Il adopte juste un autre «mood» qui s’adaptera à d’autres goûts et conforts de visionnages. Cependant, quel que soit que le chemin que vous choisirez pour entrer dans The Forest of love, l’issue restera toujours la même…

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